L'Eau vive

<< Retour | Archives
Le 12 novembre 2009 Volume 38 Numéro 43

Du multiculturalisme à l'interculturalisme

Par Pierre-Guy Veer
Editeur : L'Eau vive
Dans les années 70, pour faire taire certaines prétentions du Québec, Trudeau adoptait une politique de multiculturalisme. Ainsi, on prétendait qu'il n'y avait aucune culture majoritaire au Canada; elle appartenait à tout un, chacun. Évidemment, le Québec (quelque soit le parti politique au pouvoir) a toujours rejeté cet politique et a plutôt opté pour l'interculturalisme. Gérard Bouchard, coauteur d'une récente commission d'enquête sur l'intégration des immigrants, était de passage à l'Institut français pour nous en parler. Contrairement au multiculturalisme, l'inter­culturalisme prend pour acquis qu'il y a une culture dominante. Depuis les années 60, les Québécois francophones se voient comme une majorité au niveau provincial mais comme une minorité menacée au niveau continental. C'est pourquoi ils ont ressenti le besoin de se doter de mesures protectionnistes pour la langue. De ces mesures protectionnistes est né l'interculturalisme. Ainsi, les Québécois encouragent fortement les « autres » (qui ne sont pas nés dans la province) à s'intégrer. « La culture majoritaire craint la division; on valorise les échanges avec les « autres » afin de ne pas créer d'îlots isolés », résume M. Bouchard. Cette volonté d'intégration est très vive dans la Belle Province. Régulièrement, on tient de grands Sommets sur des sujets de société (éducation, économie) où tous les groupes de pressions – femmes, étudiants, syndicats – sont invités afin d'arriver à un consensus. Ce dernier est vital; « L'absence d'un consensus révèle un échec, et la nation s'en retrouve affaiblie », affirme M. Bouchard. Vivre avec les tensions Inévitablement, cette dualité majorité/minorité crée des tensions : la minorité peut être réfractaire à s'adapter à la majorité, et la majorité, craignant cette diversité, veut se doter de moyens de se préserver. Toutefois, cette tension n'est pas mauvaise. « L'absence de tensions révèle qu'un des deux groupes a disparu », précise M. Bouchard. À long terme, les tensions, même si elles sont toujours là, finissent par s'apaiser. En résulte une métaidentité, où tous finissent par vivre une culture unique, née des échanges entre la majorité et la minorité. Toutefois, même si une « nouvelle » culture apparaît, cela n'empêche pas la majorité de faire certains compromis... si, évidemment, ils ne viennent pas à l'encontre des valeurs fondamentales de la société (égalité homme-femme, laïcité, langue française...) et que cela est possible. Si cela ne nuit pas aux autres patients, on peut tourner le lit d'un musulman vers La Mecque; si l'on offre des menus végétariens, pourquoi ne pas en offrir des cashers aussi? Toutefois, réserver un local dans une école uniquement pour la prière violerait la séparation de l'Église et de l'État. Si on explique clairement un refus, les gens devraient être en mesure de bien comprendre. Un projet de société viable D'après M. Bouchard, les récents gouvernements fédéraux – et particulièrement l'actuel – semblent laisser de facto tomber le multiculturalisme pour adopter l'interculturalisme. En effet, on semble vouloir créer une identité canadienne afin d'augmenter la cohésion de la société. Le ministre de l'Immigration aurait même sonné le glas du multiculturalisme. L'Europe aussi trouve ce concept intéressant. Les pays qui adopté, à divers degrés, le multiculturalisme constatent son échec. Il a fragmenté les populations et semble, selon M. Bouchard, avoir favorisé une mouvance terroriste musulmane. Aussi, l'ouverture vers l'Est (l'ancien bloc socialiste) a ouvert les mannes d'un barrage (humain) qui déferle vers l'Ouest. Comme l'assimilation obligatoire est considérée un peu brutale – et que le multiculturalisme est vu comme un échec –, l'interculturalisme semble un excellent compromis. L'interculturalisme fransaskois Puisque le multi­culturalisme banalise les cultures, l'interculturalisme semble une avenue intéressante pour la survie des francophones en milieu minoritaire. D'ailleurs, les Fransaskois sont des pionniers dans ce domaine au Canada; ils ont été les premiers francophones hors Québec à se pencher sur l'inclusion. Plusieurs associations s'ouvrent aux nouveaux arrivants (peu importe leur provenance) afin d'élargir leur communauté. Toutefois, les tensions sont encore vives; il semble que le racisme soit encore très présent. Il faudra que tous mettent de l'eau dans leur vin afin de créer un développement harmonieux de notre communauté.
[Facebook] [Twitter] [Google+] [LinkedIn] [MySpace]


 

Nouvelles