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Publié le jeudi 5 novembre 2009 | Mis à jour le mercredi 4 novembre 2009

Les défis littéraires en milieu minoritaire francophone

Pierre-Guy Veer

Partout au pays, les communautés francophones minoritaires ont des problèmes semblables : isolement, manque d'argent ou de ressources humaines, rayonnement limité de leur culture... Le domaine littéraire n'est pas exempt de ces problèmes. Dans le cadre de son premier Cercle université communauté de la saison, l'Institut français s'est penché sur les défis de faire vivre la littérature en milieu minoritaire francophone.

« La littérature en milieu minoritaire représente un défi de tous les jours; l'industrie change vite et radicalement. Entre autres, les librairies et l'édition deviennent de plus en plus centralisées. Aussi les nouvelles technologies représentent-elles à la fois un atout et un obstacle », résume Marcel Ouellette, éditeur du N.-B. depuis 25 ans. Voici les principaux obstacles que lui et les participants au cercle ont identifiés :

• Les maisons d'édition sont très limitées, et celles de l'extérieur du milieu sont souvent réticentes à recevoir des auteurs d'ailleurs (fussent-ils de la province voisine). Françoise Sigur-Cloutier, des Éditions de la Nouvelle plume, ajoute à ce sujet qu'il est parfois difficile d'accepter des gens de l'extérieur – la Nouvelle plume ne publie que quatre livres par année
• Même si elle n'aime pas complètement une oeuvre, une maison d'édition peut se sentir obligée de la publier
• Un auteur qui tente de percer un marché comme le Québec est automatiquement étiqueté comme venant d'ailleurs. Ses origines sont plus importantes que son oeuvre
• Parlant du Québec : ce marché est très fermé aux autres auteurs francophones. Une loi de 1981 oblige les institutions publiques à acheter dans des librairies locales; elle accorde également des crédits d'impôts à l'édition. Cela lui donne un avantage disproportionné par rapport au reste du Canada
• La couverture médiatique de la littérature est restreinte
• Nul n'est prophète en son pays. En Saskatchewan, la littérature locale (anglaise ou française) trouve difficilement son chemin sur les étagères des librairies
• Le rayonnement des librairies locales est pénible. Afin de rejoindre son public potentiel, la Bouquinerie Gravel doit sans cesse se déplacer; elle a ainsi plus de chance de rejoindre des clients.

Des pistes de solutions

Pour remédier à la situation, plusieurs solutions ont été proposées, notamment :

• Commencer à intéresser les gens à la lecture dès le plus jeune âge. En promouvant aux enseignants la lecture d'auteurs locaux, on intéresse parents ET enfants à la lecture de talents de chez eux
- Cela permettrait de créer une mémoire collective. Les jeunes finiront par être enseignant un jour. Si on n'enracine pas la culture, elle meurt
- Aussi, on devrait ramener un minimum de lecture contingentée pour permettre l'obtention d'un diplôme au secondaire. Récompenser les meilleures critiques sur un livre nouvellement lancée serait un autre bon incitatif à la lecture.
• Favoriser l'éclosion de talents locaux en invitant des artistes en résidence dès le primaire. Cela se fait déjà : Martine Noël-Maw a écrit un livre en collaboration avec des élèves d'une école
• La promotion du livre ne doit pas se faire que dans les écoles. On pense qu'en publiant un livre en entier en ligne, les gens finiront par l'acheter après quelques pages
• La créativité littéraire devrait primer sur la qualité du français dans les classes. Si bonne une histoire soit-elle, un enseignant moyen ne s'en souciera pas si elle est pleine de fautes
• Une tournée des auteurs au lancement de leur livre permettrait de les faire découvrir
• Enfin, dans les villages, on devrait laisser aux bibliothécaires le soin de choisir les livres. Il semble que plusieurs libraires manquent de proactivité.

Un résumé de cette conférence sera bientôt disponible sur le site Web de l'Institut au institutfrancais.uregina.ca.

Editeur : L'Eau vive