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Le 30 mai 2002

Évasion - Perspectives francophones

Le tour de l’Île

Par : Jacinthe Laforest Jacinthe Laforest

Sortez des sentiers battus et aventurez-vous dans les régions acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard.  La région Évangéline, située à quelque 30 km au sud-ouest de Summerside, est la plus développée sur le plan touristique, avec notamment le centre de villégiature Le Village de l’Acadie, situé au bord de la mer, sur la côte sud-ouest de l’Île, dans le village de Mont-Carmel.  En plus de son restaurant L’Étoile de mer et de l’hébergement disponible à l’Auberge du Grand-Ruisseau et dans les motels affiliés, c’est là qu’on offre le plus ancien et le seul souper-théâtre professionnel en français à l’Île-du-Prince-Édouard. 
 
D’ailleurs, le scénario de la 18e édition de La Cuisine à Mémé sera écrit par nulle autre qu’Angèle Arsenault, auteure-compositrice-interprète native d’Abram-Village dans la région Évangéline.  Connue pour des chansons comme «Je veux toute la vivre ma vie», «Moi je mange» et «Le monde de par chez nous», Angèle Arsenault a eu une grande carrière dont on peut suivre l’évolution en visitant le musée-boutique qui lui est consacré, qu’on a  aménagé au Village de l’Acadie.  Avez-vous déjà vu de véritables disques d’or et platine?  C’est l’occasion rêvée.
 
La plage qui longe Le Village de l’Acadie n’est pas la plus belle ni la mieux aménagée de l’Île.  En revanche, elle regorge de vie.  Rien de plus agréable que de faire une promenade au coucher du soleil, les soirs de grande marée, alors que les lueurs du soleil allument littéralement l’horizon tandis que se profilent les silhouettes des chalets, des maisons et de l’église Notre-Dame-du-Mont-Carmel.  Si cela ne suffit pas à vous émerveiller, découvrez à vos pieds, dans une eau peu profonde, le ballet des bernard-l’ermite, ces minuscules crabes qui squattent les coquillages vides pour s’en faire des abris.  Ah oui! si vous y êtes durant  les soirs de grande marée, tentez l’expérience de la pêche aux coques.  Le personnel du Village de l’Acadie vous aidera à trouver un guide. 
 
Des maisons de bouteilles
 
La plus belle attraction de la région Évangéline est sans doute les Maisons de bouteilles, à Cap-Egmont.  Comme le nom l’indique, les Maisons de bouteilles sont des maisons, petites mais assez grandes pour qu’on puisse y entrer, entièrement construites en bouteilles de couleurs différentes et de toutes provenances, assemblées avec un mortier. 
 
Les Maisons de bouteilles sont l’œuvre d’Edouard Arsenault de Cap-Egmont, un pêcheur qui les a construites de ses propres mains au début des années 80, y investissant les quatre dernières années de sa vie.  Dans l’une des maisons (il y a une chapelle, une maison ainsi qu’un bar), on trouve une plaque indiquant les noms des nombreuses personnes qui ont donné des bouteilles, certaines venant d’aussi loin qu’Alma au Québec. 
 
Un arrêt à la Promenade acadienne, à l’entrée de la région, permet de visiter l’économusée de la courtepointe, l’une des deux entreprises économuséales de l’île faisant partie du réseau canadien des économusées.  L’autre est située à Borden-Carleton, une région que nous gardons pour la fin de notre itinéraire. 
 
La plus grande manifestation culturelle de la région Évangéline a lieu chaque année durant la fin de semaine de la fête du Travail.  Pas de congé pour les 800 à 1 000 bénévoles qui donnent leur temps et leur sourire pour que tout soit parfait.  Durant cette fin de semaine, la région reçoit environ cinq fois le total de sa population, soit plus de 10 000 personnes.  L’exposition agricole où l’on juge les plus belles bêtes de l’Île, le Festival acadien où la gigue et le violon sont reine et roi, c’est bien peu de mots pour décrire l’événement, qu’il faut vivre pour apprécier pleinement.  (Pour de l’information sur la région Évangéline, composer le 902-854-3321 ou faites le www.regionévangéline.com.)
 
Tignish
 
Un séjour dans la région Évangéline est incontournable, mais il doit être complété par des visites dans les autres régions typiquement acadiennes de l’Île.  En poussant la découverte vers la pointe nord-ouest de l’Île, vous trouverez le village de Tignish et ses environs.  On y offre quelques soirs par semaine en haute saison le second souper-théâtre acadien, dont le nom générique est V’nez chou nous, et qui est écrit, mis en scène et joué par des Acadiens de cette région. (Pour de l’information sur le souper-spectacle «V’nez chou nous», composer le 902-882-0475. NDLR : L’événement a été créé en 1989 dans le but de promouvoir le tourisme culturel acadien dans la région Prince-Ouest.)
 
Une fois à Tignish, il faut faire quelques kilomètres de plus et se rendre à Cap Nord (North Cape) pour y admirer les éoliennes majestueuses et étonnamment silencieuses, qui ont été installées en 2001.  Elles produisent une quantité d’électricité suffisante pour alimenter la totalité des édifices fédéraux de l’Île.
 
La région Prince-Ouest est la seule région de l’Île où l’on pratique encore régulièrement la récolte d’une algue appelée la mousse irlandaise, dont on tire la carraghénine, une substance coagulante et stabilisante utilisée notamment dans la fabrication de la crème glacée.  Après les tempêtes, les pêcheurs d’algues attellent leurs chevaux à des râteaux immenses qui ratissent les eaux brassées où les algues sont en suspension.  C’est une pratique difficile à observer, car il faut se trouver au bon endroit au bon moment.
 
Miscouche
 
En revenant de la région Prince-Ouest en direction de l’est, vers Charlottetown, il faut faire une pause au Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard à Miscouche.  Retenez ce nom : Miscouche.  C’est dans ce village historique qu’en 1884, le peuple acadien des Maritimes s’est donné un drapeau national, le tricolore français orné de l’étoile de la mer dans la partie bleue, et un hymne national, l’«Ave Maris Stella», un chant dédié à la patronne des Acadiens, Notre-Dame de l’Assomption. 
 
Le Musée acadien de l’Île est ni plus ni moins le centre d’interprétation de l’histoire acadienne de l’Île.  En visitant l’exposition permanente ou en participant aux activités du Festival Folk-Acadie, en juillet et août, le visiteur pourra un peu s’imbiber de la culture et de l’histoire acadienne.
 
Rustico
 
En poursuivant votre chemin sur la route 6, vous arriverez à un village de pêcheurs au nom pittoresque de Rustico.  La majorité de ses habitants sont d’origine acadienne, mais l’assimilation, à l’instar des autres régions dites acadiennes de l’Île, a fait énormément de ravages.  Ce village est aussi très axé sur l’accueil des visiteurs et de nombreux pêcheurs offrent des voyages de pêche en haute mer, une activité relaxante et éducative. 
 
Après Rustico-Nord, on arrive à Rustico-Sud, au patrimoine historique très riche.  On y trouve le musée de la Banque des fermiers.  Cette banque, qui a fonctionné des années 1860 jusqu’à la fin du 19e siècle, est de plus en plus reconnue comme l’ancêtre du Mouvement Desjardins.  On dit qu’Alphonse Desjardins aurait entendu parler de la Banque des fermiers et de son concept innovateur alors qu’il travaillait au Parlement à Ottawa et qu’il l’aurait ensuite adapté pour fonder le mouvement que l’on connaît aujourd’hui. 
                                   
L’édifice même de la Banque des fermiers, construit en pierres de l’Île, a été totalement refait et préservé pour la postérité.  À l’intérieur, l’on a aménagé une exposition permanente qui raconte l’histoire du crédit agricole.  Directement à côté de ce bel édifice rouge, se trouvent l’église Saint-Augustin de même que la petite école française Saint-Augustin, fondée en 2000 par la Commission scolaire de langue française. 
 
La communauté acadienne de Rustico revit et fait des progrès énormes dans le «réapprentissage» de sa langue, de sa culture, et dans la prise de conscience de son héritage acadien, grâce entre autres à cette nouvelle école et à la visibilité que lui procure son festival annuel, le Rendez-vous Rustico, qui a toujours lieu la dernière fin de semaine du mois de juillet. (Information : 902-963-3252.)
 
Charlottetown
 
Prochain arrêt, Charlottetown.  Tout le monde descend.  De dimension modeste si on la compare à d’autres capitales, Charlottetown est construite sur le bord de la mer, comme Summerside et la majorité des villages de l’île, où la mer n’est jamais bien loin. 
 
Il faut découvrir l’édifice qui abrite le gouvernement et où les Pères de la Confédération avaient tenu leurs pourparlers, Province House.  Il y a aussi bien sûr le Centre des arts de la Confédération, où l’on présente depuis près de 40 ans la comédie musicale Anne la maison aux pignons verts (Anne of Green Gables), la marque de commerce du Festival de Charlottetown.  Ce festival inclura cette année les spectacles de deux groupes acadiens, Barachois qui jouit d’une renommée mondiale et Celtitude qui suit une trajectoire intéressante. 
 
On a inauguré en 2001 un tout nouveau centre d’interprétation historique haut de gamme, la Salle des fondateurs, aménagée dans un ancien atelier de chemin de fer, dans le port de Charlottetown.  Fait à signaler, depuis le début des années 90, les trains ne circulent plus à l’Île.  Les voies ferrées ont été enlevées et ont cédé la place à la portion insulaire du Sentier de la Confédération, un parc linéaire d’une longueur de plus de 200 km qui relie un bout à l’autre de l’Île.  Selon la saison, il  sert de piste cyclable, de sentier de randonnée pédestre ou même de circuit de motoneige.  Le sentier ne s’éloigne jamais beaucoup de la civilisation.
 
La communauté francophone et acadienne a pignon sur rue à Charlottetown dans le Carrefour de l’Isle Saint-Jean, nommé ainsi en mémoire de l’appellation de l’Île sous le régime français (1720-1758).  Jacques Cartier lui aurait donné ce nom.  Le Carrefour a été inauguré en 1992 et abrite une école de la 1re à la 12e année, un centre préscolaire, une garderie, des entreprises communautaires.  C’est le lieu de rendez-vous de la communauté. Le visiteur s’y rendra pour rencontrer les gens de la place, selon les activités. (Pour de l’information sur la communauté francophone de Charlottetown, composer le 902-368-1895.) 
 
Vous avez fait le tour de l’Île et vous êtes sur votre départ.  Attention!  Avant de franchir le poste de péage du pont de la Confédération, prévoyez quelques heures pour visiter le Village Gateway à Borden-Carleton et, surtout, les ateliers du second économusée de l’Île, Cavendish Figurines.  Exploitant de façon très artistique la renommée d’Anne, la gamine aux tresses rousses et rebelles, Jeannette Arsenault a créé une entreprise qui produit des porcelaines fines et peintes à la main très recherchées par les collectionneurs.
 
Vous pouvez maintenant franchir le pont de la Confédération et poursuivre votre route.  Inauguré au début de juin 1997,  il mesure treize kilomètres et a coûté un milliard de dollars.  C’est un pont à péage dont le tarif pour une automobile est inférieur à 40 $, aller-retour.  On paie seulement lorsqu’on quitte l’Île.  Les tarifs varient selon la grosseur du véhicule.  Pas besoin de réservation.
 
Cet article ne saurait présenter l’ensemble de toutes les attractions, activités et curiosités de l’Île.  Pour cela, il faut obtenir Le Guide de l’Île, un guide du visiteur produit en français, publié par le ministère provincial du Tourisme.  On peut le commander par la poste gratuitement en composant le 1-800-877-L’ÎLE (5453).  L’adresse du site Web du Guide de l’Île en français est le www.ipevacances.com.



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