Le 30 mai 2002
Évasion - Perspectives francophones
Le terrain de jeu de la capitale nationale
Par : Yves Lusignan
Il était une fois un premier ministre canadien qui aimait beaucoup la nature et qui parlait parfois aux esprits! Celui-ci avait une résidence secondaire dans les collines de la Gatineau, à moins de trente minutes du Parlement. Deux chalets, une ferme, des jardins - bref, un domaine de 231 hectares pour se changer les idées. Catastrophé devant l’ampleur de la coupe du bois qui faisait rage dans les environs, il décide de faire tout en son pouvoir pour préserver les lieux au profit des générations futures. Ainsi est né, dans les années 30, ce qui est ensuite devenu le plus extraordinaire terrain de jeu au pays.
Autant dire les choses comme elles sont : pour qui aime le plein air, le parc de la Gatineau est un endroit unique, un petit bijou, un secret bien gardé et le meilleur outil de promotion de l’Outaouais! Rien de moins.
C’est un lieu paisible et enchanteur où il est possible de faire du canoë, du camping, de la natation, de la randonnée pédestre, du vélo de montagne ou simplement d’observer les oiseaux et d’admirer la nature tout en pique-niquant. Un endroit magique où automobilistes et motocyclistes doivent respecter les joggeurs, cyclistes et randonneurs qui envahissent les lieux durant la belle saison.
Vrai qu'il a un petit côté organisé, ordonné, propret, urbain, carte postale, qui donne l'impression que la nature est toujours au garde-à-vous, endimanchée, prête à accueillir la grande et la petite visite à toute heure du jour. D’où cette impression de bien-être quand on enfourche sa bicyclette ou entreprend une randonnée pédestre, tôt le dimanche matin, encore endormi. On quitte ses pantoufles, et hop! bonjour mère Nature, comment allez-vous ce matin?
Attention! On ne parle pas d'un simple parc public ni de nature en conserve, avec ses bancs, ses fontaines, ses allées et ses lampadaires. On parle d'un parc naturel qui pénètre au cœur de la ville de Gatineau, certes, mais qui couvre tout de même plus de 363 kilomètres carrés de forêts et de collines. Un parc de 36 300 hectares, long de 56 kilomètres, avec 125 kilomètres de sentiers récréatifs l'été.
Pas un seul nid de poule ne gâche le plaisir d'une belle randonnée en vélo jusqu'au belvédère Champlain. Les sentiers de randonnée sont bien balisés et la signalisation est adéquate. Se perdre relève de l'exploit. De toute façon, il est rare de ne pas croiser des randonneurs sur son chemin. En cas d'urgence, il est toujours possible de se réfugier dans un des huit relais de jour,où un système de communication d'urgence est en opération.
Le parc sait charmer, et même envoûter ses hôtes. Comme le chant d'une sirène, il lance d'incessants et de pressants appels. L'été, lorsque la chaude brise de juillet caresse le visage, les randonneurs s'enfoncent en silence dans ses bras, les cyclistes hument son odeur et glissent dans ses courbes à toute vitesse, les nageurs baignent dans ses eaux et les amateurs de deltaplane se laissent porter par son souffle, le long de l'escarpement Eardley.
Ici, des castors bricolent autour de leur dernier barrage. Là, des cerfs de Virginie fixent les visiteurs de leurs grands yeux étonnés. Tiens, un ours noir et son petit. Tiens, un porc-épic qui pique une sieste en haut d’un arbre. Du haut des airs, les urubus à tête rouge planent, silencieux, à la recherche d'un bon festin. On recense pas moins de deux cent trente espèces d'oiseaux, dont le grand pic, le grand héron, le huard à collier, la paruline, la gélinotte huppée, le martin-pêcheur, le corbeau, le pinson, le geai bleu et la mésange. Seize figurent sur la liste des espèces menacées ou vulnérables au Québec, comme l’aigle royal et la chouette lapone.
C'est aussi dans le parc qu’on trouve le fameux lac Meech, dont la simple évocation a fait perdre la tête aux politiciens québécois et fédéraux pendant des années. À sa vue, vous penserez à tout sauf au débat constitutionnel! Parce que c'est un lac qui a fière allure, et qui attire l'été un nombre considérable de baigneurs. Vous cherchez mieux pour la famille? Le terrain de camping familial du lac Philippe devrait répondre à vos attentes. Non loin de là se trouve la caverne Lusk, où il est possible de vivre une première expérience familiale de spéléologie. Le lac La Pêche, pour la beauté de son milieu naturel, vaut le détour. Il fera le bonheur des amateurs de canot-camping. En prime, vous êtes certain d’entendre le chant du huard.
Le domaine de l’ancien premier ministre canadien William Lyon Mackenzie King, véritable père du parc de la Gatineau, est ouvert au public. Outre les chalets restaurés et les jardins de fleurs, vous y découvrirez… des ruines! Oui, des ruines éparpilléesçà et là, construites avec des pierres du premier Parlement canadien, du Parlement britannique et de l’abbaye de Westminster. À chacun ses lubies.
L'automne venu, le parc n'est plus qu'une palette, une orgie de couleurs vives. Pendant quelques semaines, peintres et photographes s'en donnent à cœur joie. C'est le coloris automnal. On assiste alors pendant quelques fins de semaine à une longue et interminable procession d'automobilistes, venus rendre un dernier hommage à dame Nature avant la venue de l'hiver. Ah! l’hiver! Rien de moins qu’un formidable réseau de deux cents kilomètres de pistes de ski de fond.
Pour casser la croûte, on peut faire halte au village d’Old Chelsea (où est situé le Centre des visiteurs). Malgré le passage de milliers et de milliers de touristes et de promeneurs du dimanche, ne vous attendez surtout pas à tomber sur une sorte de Saint-Sauveur, version Outaouais. Les villageois ne font aucun compromis pour attirer davantage de touristes. Quelques restaurants, une petite galerie d'art sans prétention, un dépanneur et c'est à peu près tout. Ici, les citoyens préfèrent leur quiétude à l'envahissement.
Petite mise en garde : le parc de la Gatineau est surveillé et ratissé dans tous les sens. Ils ont beau être sympathiques, les agents de conservation sont redoutables quand il s’agit d’appliquer les règlements. Disons que vous avez intérêt, le printemps venu, à ne pas vous faire prendre en flagrant délit de cueillette d’ail des bois, une plante suffisamment rare et fragile pour susciter une surveillance vigilante. Les colonies d'ail des bois du parc se classent parmi les plus importantes au Québec. Le plus grand défi des employés est d'ailleurs de préserver le fragile équilibre qui existe entre la pression exercée par le million de visiteurs et d'utilisateurs et la protection de la flore et de la faune.
Évidemment, si vous n'aimez pas le plein air, si vous n'êtes pas du genre camping ou du genre à en transpirer un bon coup, vous pouvez toujours vous rabattre sur les autres attractions touristiques de la région. Mais vous regretterez de ne pas avoir eu suffisamment de temps pour profiter de ce que la nature a de meilleur à vous offrir.
Pour en savoir plus : www.capitaleducanada.gc.ca/gatineau.
Webographie
Site de la Capitale Nationale
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