Un élan de sororité
Cécile Lepage
Deux jeunes femmes de 16 et 26 ans se retrouvent régulièrement pour passer du temps ensemble, discuter de choses et d’autres, cuisiner ou regarder un film. Comme deux sœurs ! Pourtant, Muryn et Naomi ne sont pas apparentées ; elles se sont rencontrées par le biais de l’association Big Sisters.
Depuis 1960, l’association Big Sisters of BC Lower Mainland propose à ses bénévoles de plus de 19 ans de bâtir une amitié avec une jeune fille. Une façon simple d’aider son prochain.
Naomi, timide, jette un coup d’œil vers Muryn pour vérifier qu’elle a bien son approbation : « Ça va si je dis cela, n’est-ce pas ? » L’adolescente de 16 ans, réservée, préfère en fait laisser sa « grande sœur », de dix ans son aînée, s’exprimer à sa place. « Naomi n’aime pas trop parler de ses sentiments », explique Muryn, bienveillante. La complicité de Muryn et Naomi saute aux yeux : Naomi est comme chez elle dans l’appartement de Muryn. Les deux jeunes femmes se fréquentent depuis une année à raison d’une fois par semaine. « Quand on se voit, on ne fait pas grand-chose en fait, plaisante Naomi. On marche, on cuisine, on mange, on fait du shopping ou on regarde des films de filles. Cela dépend. Bref, on traîne ensemble. »
C’est l’association Big Sisters qui les a mises en relation. Big Sisters s’occupe de jumeler des jeunes filles de 7 à 17 ans à des femmes adultes de leur région. Les membres de l’association croient profondément qu’une amitié chaleureuse avec une adulte attentive peut jouer un rôle positif dans la vie des adolescentes : les jeunes gagnent en estime et en confiance en soi grâce à une telle fréquentation.
« Nous nous souvenons tous qu’étant enfants, nous avions parfois des questions auxquelles nos amies ne pouvaient répondre et que nous ne voulions pas poser à nos parents, raconte Lisa O’Neill, responsable de la communication de Big Sisters of BC Lower Mainland. Des questions sur les garçons, sur l’alcool ou sur la drogue… Une grande sœur peut aider à faire face à ce genre de situation. »
Les jeunes filles inscrites dans ce programme cherchent donc un soutien solide en dehors de leur famille, un modèle et une amie vers qui elle peuvent se tourner et passer de bons moments. Le père de Naomi, célibataire, a pris l’initiative d’affilier ses trois filles à Big Sisters. La majorité des « petites sœurs » de Vancouver, soit 82 %, viennent d’ailleurs de foyers monoparentaux. « Attention, prévient Lisa O’Neill, une grande sœur n’est absolument pas un substitut parental. Nos conseillers s’assurent que tout le monde, depuis l’enfant jusqu’au parent ou au tuteur, est à l’aise avec cette situation. »
Paires et impairs…
Pour ce faire, les règles de fonctionnement sont strictes. Les grandes sœurs sont triées sur le volet. Après avoir assisté à une séance d’information et rempli un dossier de candidature comprenant une copie du casier judiciaire et trois lettres de référence, les postulantes se rendent à un entretien avec un des conseillers de l’équipe. Les tandems sont ensuite déterminés en fonction des goûts et des milieux des deux individus. La grande sœur doit pouvoir s’engager à être disponible une fois par semaine, elle doit se rendre au domicile de l’enfant pour l’emmener et la déposer et les rencontres doivent être des tête-à-tête. Elle ne peut inviter sa petite sœur en week-end qu’après un an de visites. Autant de conditions pour rendre la relation la plus positive possible.
« Nous encourageons les grandes sœurs à ne pas faire trop de dépenses, précise Lisa O’Neill. Nous souhaitons qu’elles trouvent des activités gratuites afin que l’argent n’intervienne pas dans la relation. » Dans ce but, l’association organise régulièrement des rendez-vous et des événements où sont conviées les 260 paires actuelles de sœurs.
Hélas, les tandems ne sont pas toujours bien assortis : Muryn a eu une première expérience négative avant de rencontrer Naomi. « J’avais trop de différences culturelles avec ma première petite sœur, âgée de 10 ans. Elle était d’origine indienne et certaines personnes de sa famille ne parlaient pas anglais. Cela ne collait pas, j’avais l’impression de faire du baby-sitting », résume Muryn. Les rencontres n’ont duré que quelques semaines et Muryn a attendu plusieurs mois avant de se relancer. « Naomi est une personne vraie et déterminée, conclut Muryn. Elle m’a appris à respecter les adolescents. »
Une centaine de jeunes filles patientent en ce moment sur la liste d’attente de Big Sisters. Avis aux âmes sœurs !
Infos : www.bigsisters.bc.ca
Un programme parallèle, baptisé Big Brothers, s’occupe des jeunes garçons.
Editeur : L'Express du Pacifique
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