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Publié le jeudi 21 septembre 2006 | Mis à jour le jeudi 21 septembre 2006

Semeurs de paix

Cécile Lepage

Loin de la guerre au Proche-Orient, des adolescents venus d’Israël, de Palestine et du Canada ont cohabité cet été sur l’île de Galiano. Leur but : produire des films et tenter de mieux se comprendre. Cécile Lepage est partie est à la rencontre de ces semeurs de paix.

Alors que la confusion règne encore au Proche-Orient, des Territoires occupés au Liban, tout message d’espoir est le bienvenu. Ainsi en est-il de ces sept films, réunis sous le titre de Reel perspectives, produits par dix jeunes Israéliens, autant de jeunes Palestiniens et neuf jeunes Canadiens.

Peace It Together… Sous ce nom de bon augure, 29 adolescents entre 15 et 18 ans, venus d’Israël, de Palestine et du Canada, ont cohabité pendant trois semaines d’août sur l’île de Galiano. Le but de cette initiative : échanger et réaliser des films sur leur expérience du conflit israélo-palestinien. Et leur propre rencontre au bout du monde. Sept œuvres cinématographiques sont le résultat de cette collaboration particulière parrainée par Gulf Islands Film and Television School. Révélées au public vancouvérois lors d’un gala au théâtre Stanley, elles illustrent les différentes étapes des dialogues tenus pendant le camp.

« En tant qu’organisateurs, nous nous efforçons d’offrir un con­texte de sécurité pour que ces jeu­nes puissent s’exprimer, expose Adri Hamael, directeur d’origine pa­les­ti­nien­ne de Creative Peace Net­work, l’organisme à l’origine de ce programme. Ils ont fait part de leurs opinions, sont tombés d’accord ou en désaccord… Ils sont passés par diverses phases : des accusations réciproques à la comparaison de leurs souffrances respectives, pour finalement se rendre compte qu’il y a deux lectures de l’histoire. »

Leurs œuvres, documentaires, fiction et même animations 2D, abordent les clichés et stéréotypes dont chaque communauté affuble « l’ennemi », la peur vécue au quotidien des attentats pour les jeunes Israéliens, des maltraitances et de l’oppression pour les jeunes Palestiniens. « Nous avons baptisé ce que nous faisons “transformation de conflit”, précise Reena Lazar, co-directrice avec Adri Hamael de Creative Peace Network. Quand des jeunes gens sont engagés dans une activité artistique ou sportive, les nationalités ou la couleur de peau sont transcendées. »

L’équipe de Creative Peace Network elle-même est mixte : personnes d’origine israélienne et palestinienne s’y côtoient sans revendiquer d’issue politique au conflit. Mais pourquoi faire franchir des milliers de kilomètres à cette vingtaine d’adolescents qui vivent à côté les uns des autres ? Il y a certes la commodité de se trouver sur un sol neutre mais aussi d’arracher ces jeunes à un contexte nuisible. Car, bien que voisines, les communautés israéliennes et palestiniennes vivent repliées sur elles-mêmes.

« Au Proche-Orient, dans ce contexte de danger perpétuel, il faut se mettre en mode de survie, commente une organisatrice. On vit au jour le jour… »

Ala’a Abu Dawud, une participante palestinienne mais de nationalité israélienne, continue : « Les juifs israéliens et les musulmans vivent côte à côte, c’est vrai, mais chacun dans sa propre culture. Je suis musulmane et pratiquante : je porte le voile. Quand un Israélien me croise dans la rue, tout de suite, il se méfie et change de trottoir ».

Au revoir ?

Adri Hamael en convient : plus la violence connaît une nouvelle escalade, plus les citoyens sont polarisés, phénomène contre lequel le Creative Peace Network lutte : « Il faut donner un visage humain au conflit ».

En fin de soirée, chaque délégation s’est engagée à diffuser le message appris lors de ce séjour, d’œuvrer en faveur de la paix et, si les circonstances le permettent, de se revoir… Le plus dur reste à faire.

Editeur : L'Express du Pacifique


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