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Publié le mercredi 30 mai 2007 | Mis à jour le mardi 29 mai 2007

Nouvelles

Un Sommet attendu

Sylviane Lanthier

Les organisateurs du Sommet de la francophonie qui débute cette semaine à Ottawa sont heureux. D’abord parce que toutes les places seront occupées. Plus de 700 personnes sont inscrites, et de nombreux autres auraient aussi voulu se rendre à cet événement qui s’annonce le plus couru de la francophonie canadienne depuis longtemps.
Dommage pour ceux qui s’y sont pris trop tard: impossible désormais de s’inscrire, il n’y a plus de place.
Quoi qu’il soit le fait du hasard, les organisateurs n’auraient pu imaginer un meilleur timing pour leur événement.
La francophonie et les langues officielles ont en effet été à l’ordre du jour parlementaire ces dernières semaines, avec le cafouillage du comité permanent sur les langues officielles qui, n’ayant plus de président, ne siège plus. (Placés devant un gouvernement qui refuse de nommer un autre président, ce qui paralyse les travaux du comité, les partis d’opposition ont choisi de mettre sur pied un comité consultatif).
Il pourrait donc y avoir, dans les médias et la société en général, des gens suffisamment curieux de cette francophonie pour vouloir s’y intéresser. Cette francophonie dont on parle trop peu et qu’on connaît bien peu dans la société en général.
L’intérêt officiel de ce sommet est qu’il permettra de discuter des grands enjeux des communautés francophones dans une perspective d’avenir fondée sur leur croissance. Déjà, en soi, il y a là tout un défi. Il y aura donc des rêves de plus imaginés lors de ce sommet. Ces rêves s’ajouteront à d’autres rêves, d’autres utopies, d’autres nécessaires objectifs à atteindre sur l’avenir d’une francophonie bien fragile et trop souvent au bord de l’assimilation, malgré tout un train d’indéniables progrès réalisés depuis les dix dernières années.
Ces progrès s’appuient sur la gestion scolaire et l’appropriation des écoles françaises, sur des efforts de développement économique, sur une scène culturelle dynamique, sur un sentiment d’urgence qui entraîne beaucoup d’actions. Mais toute cette agitation arrive-t-elle à atteindre le plus essentiel des résultats : mettre fin à l’affaissement des nombres? On saura au début de juin, avec les données du recensement de 2006 sur les langues officielles, jusqu’à quel point les communautés francophones se sont effritées se sont maintenues ou sont arrivées à croître entre 2001 et 2006.
La semaine dernière, lors d’un colloque réunissant des intervenants en éducation, le professeur Paul Dubé a appelé les porte-parole des associations à remettre la langue française, son importance symbolique et culturelle, au cœur d’une stratégie de renaissance du fait français. Seule solution pour y parvenir dans un monde multi et transculturel, dit-il : redonner du lustre au français, trouver les moyens de le rendre pertinent, pas seulement sur le plan utilitaire et économique, mais dans tous les aspects de la vie privée et publique. Tout un appel, tout un programme.
Lors du Sommet, ils seront ainsi plus de 600 à réfléchir sur les conditions à réunir pour permettre à la francophonie canadienne de continuer d’exister, dans des conditions qui lui permettront de croître et non seulement de survivre.
Ce seront des discussions intéressantes, sûrement passionnantes. Et ce qui ajoute à l’intérêt qu’elles présenteront, c’est aussi qu’elles auront lieu à la suite d’une succession d’événements récents : le discours du premier ministre Stephen Harper sur la francophonie canadienne prononcé en mars; la paralysie du Comité permanent des langues officielles aux Communes, alors que le Programme de contestation judiciaire est toujours aboli et toujours pas remplacé; et le récent dépôt du rapport annuel du commissaire aux langues officielles, qui vient de dire au gouvernement qu’on attend de lui qu’il pose les gestes compatibles avec ses belles paroles.
Le Sommet de la francophonie représente ainsi une occasion de rassembler plusieurs joueurs à un moment qui apparaît stratégique. Ces joueurs se donneront une voix commune pour dire que cette francophonie, bien vivante en dépit de ses nombreux défis, veut travailler activement à assurer son avenir. S’il est vrai que le gouvernement conservateur lui offre son appui et estime que sa présence figure parmi les grandes valeurs canadiennes, ce sera pour lui un bon moment de le montrer. Avec des gestes concrets.
Il y aura pas mal de monde pour l’écouter.

Editeur : La Liberté


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