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Publié le mercredi 3 février 2010 | Mis à jour le mercredi 3 février 2010

Nouvelles

Kevin Ei-ichi deForest.
Kevin Ei-ichi deForest.

Racines vinyles

Paul Ruban

La Maison des artistes visuels francophones (MDA) se transforme en boutique de disquaire, le temps d’une exposition de Kevin Ei-ichi deForest. Un voyage, au fil de pochettes d’albums, sur les traces des origines eurasiennes de l’artiste.

Plonger dans ses racines, en transformant des pochettes de disques vinyles de 12 pouces en œuvres d’art. C’est le projet que s’est donné Kevin Ei-ichi deForest, à travers sa récente exposition, Chez le disquaire. (1)
« Le cœur de mon travail est centré autour du thème de l’identité », souligne l’artiste manitobain, japonais de par sa mère et suisse de par son père. Un thème qui avait été très en vogue dans certains milieux artistiques des années 1990, avant qu’il ne cède le pas à d’autres tendances.
« C’est un thème qui reste encore très pertinent, assure ce professeur d’arts visuels à l’Université de Brandon. Mais il faut savoir réinventer le dialogue autour de l’identité, afin qu’il suscite la réflexion, et qu’il aille au-delà de la simple revendication politique. »
Kevin Ei-ichi deForest ne cache pas que Chez le disquaire découle de son penchant musical, nourri par la scène punk winnipégoise de la fin des années 1970, et du début de la décennie 1980.
« Mon premier amour, c’était la musique punk », confie-t-il. L’aspect « bricoleur et do-it-yourself » de cette culture lui est resté, en plus d’avoir informé le style inventif de Chez le disquaire.
« Dans les ventes de garage, on voit souvent le nom des propriétaires étiquetés sur les pochettes de disques vinyles, fait-il remarquer. Moi, je peins à l’huile et je dessine sur les pochettes. C’est ma façon à moi d’y inscrire mon nom, comme pour dire : “Ce disque, il m’appartient.” »
Il s’approprie les disques ainsi, en les modifiant à sa guise, tantôt à coups de peinture, mais aussi au stylo-bille, ou en y collant des photocopies en couleur.
Or, ces matériaux mixtes ne sont que le moyen à travers duquel Kevin Ei-ichi deForest recrée tout son univers personnel.
Il n’hésite pas, ainsi, à superposer son visage sur ceux de George, John, Ringo et Paul, sur un album des Beatles. Ou de prendre la liberté de changer le nom du groupe rock Boston, à celui de Brandon, ville manitobaine dans laquelle il s’est installé depuis 2005.
L’un des grands atouts de son œuvre, selon lui, consiste en ce qu’elle reste « très accessible et simple ».
En effet, en plus d’une quarantaine de disques accrochés aux murs de la galerie, plus de 120 disques sont rangés dans des caisses afin d’inviter au toucher.
Pour le directeur artistique de la MDA, Denis Prieur, « le fait qu’on puisse interagir avec les pochettes » se présente comme l’une des grandes forces de l’exposition.
« Le grand défi de l’art conceptuel, c’est d’aller au-delà d’un club privé d’admirateurs et de rejoindre un public plus large, renchérit Kevin Ei-ichi deForest, qui a une maîtrise en beaux-arts de l’Université Concordia de Montréal, en plus d’avoir étudié au Rijksakademie van Beeldende Kunsten, à Amsterdam, ainsi qu’à l’Université Seika, au Japon. Or à l’inverse, une œuvre trop simple peut tout simplement tomber dans la catégorie du mauvais art. »
Dans un coin de l’« arrière-boutique » du disquaire, Kevin Ei-ichi deForest a également installé une tente de chasseur. Le visiteur est invité à retirer ses chaussures, et à pénétrer à l’intérieur… pour y découvrir un sol de tatami, revêtement traditionnel des planchers des habitations japonaises. Mis à part l’installation hybride, on y trouve projetée, en boucle, une adaptation réalisée par l’artiste du film japonais de Koboō Abe, La face de l’autre (1966).

(1) Jusqu’au 10 mars, à La Maison des artistes visuels francophones, 219, boul. Provencher. Entrée libre.

Editeur : La Liberté