Quand les femmes de la base se rencontrent…
Julie Fortier
Elles sont originaires des quatre coins du Québec, du Bas St-Laurent jusqu’à la Beauce en passant par l’Estrie. Elles ont 20, 30, 40 ans. Certaines ont des enfants, d’autres pas. Si ces dix femmes sont ensemble au restaurant Sorrentino’s d’Edmonton en ce vendredi soir du 16 juin, c’est qu’elles ont trois points en commun : la base militaire d’Edmonton, le fait d’être une femme, et la langue française.
C’est ainsi que chaque mois, elles se rencontrent lors de ce qu’elles ont baptisé les « Soupers franco-femmes ». Celles qui participent aux soupers sont des militaires, des conjointes de militaires ou encore des amies en mal d’interrelation en français qu’on a recrutées au fil des rencontres.
Ces sorties avaient déjà existé auparavant à la base, mais ne se déroulaient plus faute d’organisatrice. C’est Guylaine Jacques, fraîchement débarquée à Edmonton en août dernier pour suivre son mari militaire, qui a décidé de reprendre le flambeau. Comme elle avait déjà été à l’origine du même concept en Allemagne, elle n’a pas hésité à remettre ces sorties à l’horaire. « Je voulais le faire pour moi, mais aussi pour mes copines », relate Mme Jacques. Chaque fois, les soupers se déroulent dans un restaurant différent. « Ça nous permet aussi de découvrir des endroits dans Edmonton », fait-elle observer.
Mais encore plus qu’une découverte culinaire, le souper se veut un endroit où les femmes peuvent échanger sur tout et sur rien… en français. « Chaque mois, j’ai hâte, parce que ça me permet de parler de choses personnelles dans ma langue », raconte Paula Tellier, une conjointe de militaire à Edmonton depuis près de deux ans. Lise Sénécal, elle-même militaire à la base d’Edmonton, voit aussi ces soupers comme une façon d’élargir son cercle social. « On rencontre toujours de nouvelles personnes aux soupers et souvent, on les recroise ailleurs », souligne-t-elle. Ginette Gauthier, militaire elle aussi, renchérit : « Ça me fait sortir de la maison et ça me permet de voir d’autres champs civils. Ça montre qu’il y a une vie en sortant de l’armée. »
Le cœur est à la fête, le sourire et la gaieté sont omniprésents à la table qu’occupent ces Québécoises en exil. On discute, on rit, on partage. « C’est une véritable détente pour moi de venir ici », témoigne Paula Tellier.
Guylaine Jacques estime le nombre de francophones à la base d’Edmonton à environ 5 à 7 %. « C’est vraiment pauvre en activité pour les francophones sur la base », signale-t-elle. Si, auparavant, elle avait une barrière à cause de la langue qu’elle ne maîtrisait pas, aujourd’hui, c’est chose du passé. « Mais ma vie sociale, ça se passe en français », résume celle qui travaille comme ajointe administrative pour l’Association canadienne-française de l’Alberta régionale de Centralta.
Julie Rouleau, originaire de St-Georges de Beauce et vivant à Edmonton depuis environ neufmois, avait apporté avec elle le seul homme admis aux soupers franco-femmes, le petit Esteban, âgé de trois semaines. Elle avait hésité à se présenter à ces soupers la première fois à l’automne, craignant que ce soit un souper de « matantes », comme elle l’explique en riant. « Je me suis rendu compte que peu importe l’âge, ça ne fait pas de différences, tant que ça clique », raconte la jeune maman. Cette dernière croit que les soupers lui ont permis de mieux connaître la ville et surtout, de s’adapter à sa nouvelle vie en Alberta.
Les liens créés ne s’arrêtent pas au souper mensuel, comme le mentionne Lise Sénécal. « Certaines sont devenues comme des sœurs, on s’aide parce qu’on n’a personne d’autres ici. On s’appelle, on se revoit, on garde les enfants de l’une, etc. Nos amies deviennent notre famille », constate-t-elle avec un brin de nostalgie, car elle quitte bientôt Edmonton pour la base de Valcartier. Monique Pouliot, qui n’a pas de lien avec la base d’Edmonton, mais qui a elle aussi suivi son mari jusqu’à Edmonton il y a cinq ans, abonde dans le même sens : « On est toutes dans la même situation. On est venues ici avec notre petit baluchon. Chacun partage ses expériences, nos enfants se rencontrent et développent des amitiés. On sait qu’on n’est pas toute seule dans le même bateau. »
Si les liens deviennent forts, les conjointes de militaires et les militaires doivent par contre apprendre à les rompre et à s’adapter rapidement à d’autres bases. « Mais après plusieurs transferts, on finit toujours par se retrouver dans une autre base », explique Chantale Larouche, qui avait connu Guylaine Jacques en Allemagne alors que leurs deux maris y étaient basés. Monique Pouliot poursuit dans le même sens : « On dit que le monde est petit. Ici, on se rend compte que c’est vraiment vrai. »
Les « Soupers franco-femmes » s’arrêteront pour l’été, mais recommenceront de façon mensuelle dès le mois de septembre. « Au moins jusqu’à ce qu’on soit changé de base! », assure Mme Jacques.
Editeur : Le Franco
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