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Publié le jeudi 28 avril 2011 | Mis à jour le mercredi 27 avril 2011

Le festival, l'un des premiers de ce genre en Amérique du Nord, ne se donne pas pour simple vocation de divertir la jeunesse calgaréenne. La directrice artistique du Festival, Kate Newbi, inscrit l'évènement dans une portée bien plus large, soit celle de découvrir ce que les adultes choisissent de transmettre à leurs enfants et de, par conséquent, ce que ces adultes de demain choisiront d'apporter à leur culture ainsi qu'à eux-mêmes.

Quelle est la philosophie du Festival international des enfants?
L'idée sous-jacente à ce festival est que l'art est très important pour un enfant. Souvent, les enfants sont très créatifs, jusqu'à ce qu'ils entrent à l'école. Ensuite, ils sont orientés vers une autre voie, une autre direction dans laquelle ils utilisent plus le cérébral. Nous pensons que l'art est très important dans la vie et que les performances artistiques sont exceptionnellement importantes pour l'imagination et le processus créatif des enfants.

C'est quelque chose qu'ils ont naturellement et nous voulons continuer à explorer cela, en les inspirant, en les stimulant. Les travaux que nous présentons sont des performances au travers desquelles ils peuvent être partie prenante, dans les discussions qu'elles provoquent par la suite.

Ce n'est pas simplement du divertissement, ce que l'on voit beaucoup pour les enfants. Ici, c'est divertissant, mais c'est aussi stimulant et cela provoque la réflexion. C'est une façon de faire aimer le théâtre aux enfants à leur niveau, propre à leur développement.

Certaines pièces parlent de la vie, de la mort, des voyages, d'autres cultures, de toutes ces choses qui font vibrer leur imagination, la compréhension qu'ils ont du monde qui les entoure. Je pense que les enfants sont bien plus malins et intuitifs que nous le sommes en tant qu'adultes. Parfois, nous les protégeons trop, et ce faisant, nous ne les aidons pas à réfléchir. Je pense que les enfants ont beaucoup de questions, de sentiments et qu'il devrait leur être possible d'exprimer tout cela parce qu'il font entièrement partie de la société.

Quels spectacles illustrent cette démarche?
Il y a des spectacles qui parlent de voyages et de solitude pour se découvrir soi-même. The tragical life of Cheeseboy est une pièce magnifique. Elle est jouée par un conteur dans une tente sous laquelle les enfants sont invités à entrer. Et on voit un petit garçon marcher dans le désert, il a perdu sa planète, la planète Cheese qui a fondu. Un peu comme Le Petit Prince, il voyage à travers l'univers et rencontre des gens.

Il veut rentrer chez lui, mais quel est le sens de cette appartenance? Où veux-je aller? Qui suis-je? Ce sont de grandes questions qui interrogent les enfants. Je me souviens de mon fils qui me posait des questions à propos de la mort quand il avait 5 ans. Ce sont des questions qui viennent nécessairement un jour. Ils y pensent très tôt, et se questionnent sur de nombreux sujets.

Il y a aussi une magnifique histoire intitulée La robe de ma mère, qui nous vient du Québec. C'est une histoire qui introduit la notion d'opéra aux enfants, mais qui pose aussi un sujet existentiel. Il y a deux garçons qui arrivent sur une plage et qui attendent tous les deux une femme. Et on découvre qu'ils sont jumeaux et qu'ils attendent leur mère. Cela parle de la connexion que nous avons avec nos mères, qui est aussi variée qu'il y a de gens, mais qui est un lien tellement fort.

Le message est qu'il y a ce cordon ombilical, qui peut être invisible ou coupé, mais qui demeure toujours entre une mère et son enfant. C'est beau et profond. C'est une pièce stupéfiante et très drôle aussi, les enfants l'adorent.

C'est du théâtre existentiel et ils connectent immédiatement, quand nous, les adultes, essayons d'avoir une compréhension linéaire, de tout compartimenter, au lieu de simplement apprécier ce qui nous est donné. Je choisis des pièces qui doivent avoir du sens, pour les adultes et les enfants. Elles doivent aussi être excellentes artistiquement. On doit ressentir qu'on entre dans un monde magique merveilleux qui vous emmène quelque part.

L'idée est aussi que des enfants familiarisés avec l'art deviendront peut-être des adultes qui y seront aussi sensibles. Vous travaillez pour l'avenir?
Ce seront aussi des adultes qui n'auront pas peur de penser, mais qui embrasseront la vie et l'idée qu'ils peuvent penser par eux-mêmes. Et le théâtre vivant, lorsqu'il est bien réalisé, est un média pour ressentir, pour expérimenter. Sensibiliser les enfants à l'art dès maintenant c'est leur permettre de continuer à l'âge adulte.

Nous essayons d'inspirer la culture et de dire que ce n'est pas une chose effrayante. Si vous avez expérimenté cela enfant, vous grandissez avec, et cela ne vous paraitra pas élitiste, vous ne serez pas effrayés par le fait de ne pas tout comprendre, vous l'accepterez mieux. C'est incroyablement important. Et c'est intéressant parce que nous vivons dans un territoire très proche des États-Unis, qui est une machine marketing du divertissement.

Et en tant que Canadiens, nous devons trouver le moyen de soutenir et développer notre propre culture. C'est la responsabilité des artistes ici, de rester et de lutter pour ça, pour ne pas nous « américaniser ». C'est un vrai défi pour notre pays de trouver sa voie et son identité. Ce n'est pas facile, mais des évènements comme ce festival font partie de cela.

Plus d’informations sur le festival sont disponibles à www.calgarychildfest.org.

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Editeur : Le Franco