Le 14 octobre 2005
Volume 20
Numéro 40
L'Aquilon
Trop d’argent
Par : Batiste W. Foisy
Editeur : L'Aquilon
Est-que ça vous arrive de lire le New York Times? Moi non plus. Il y a pourtant des trucs pertinents, parfois. Prenez cette jolie citation dans l’édition du 9 octobre.
« Il n’y a pas un seul ministre de l’Environnement sur cette planète qui puisse empêcher le pétrole de se faire extraire de la terre. Il y a trop d’argent en jeu. »(1)
C’est du solide le New York Times, je vous avais prévenu.
Et puis la personne qui dit ça, elle sait de quoi elle parle : c’est Stéphane Dion, le ministre de l’Environnement du Canada. Oui, oui. Ça prenait un journal américain pour mettre des paroles honnêtes dans la bouche d’un de nos politiciens.
Vous l’avez entendu, le ministre? Le politique ne peut rien contre l’économique. Rien. Nada. Pantoute. C’est comme ça. Faites-vous à l’idée.
Dire qu’il y a encore des australopithèques qui pensent que voter ou, plus dérisoire, militer dans un groupe de pression peut changer quelque chose à la société. Arrivez au 21e Siècle! Ça prend du pognon pour changer le monde; pas des idées. C’est votre ministre de l’Environnement qui le dit.
Quand on veut faire son smatte, on appelle ça un régime ploutocrate. En grec ploutos., l’argent, cratos, le pouvoir.
Le cratos c’est pas gratos et le gouvernement, qui porte le plus souvent vers lui, le sais. C’est pour ça qu’il s’obstine à emmagasiner le plus de fric possible. Il a, à juste titre, décidé de mesurer son développement à sa capcité de trouver du cash. Dans cette échelle, les gens pourvus sont les plus fréquentables. Les plus profitables aussi.
Parmi ces gens développés assez pour qu’on les aime, il y a Exxon Mobil et Royal Dutch/Shell. Ce sont les sociétés-mères des canadiennes Imperial Oil, Exxon Canada et Shell Canada. Tsé là, les promoteurs du Projet gazier du Mackenzie.
En 2004, elles ont réalisé des ventes de 379 et 376 milliards de dollars canadiens. Des profits net de 35 et 25 milliards. En 2004, le gouvernement du Canada, lui, a empoché des revenus de 195 milliards. Le gouvernement des TNO de son côté… Ouf.
L’article dans lequel l’honorable Dion nous confie son impotence vis à vis des nantis, détaille les conséquences de l’industrie des sables bitumineux sur le paysage du nord de l’Alberta. « Des cratères profonds large comme des terrains de football. » « Un lac toxique géant. » Ça devrait attirer les touristes américains.
Il paraît qu’on pourrait sextupler notre production de sables bitumineux en 30 ans. Wow! Il y a déjà des compagnies prêtes à nous aider. Des certaines Imperial Oil et Shell. Il suffirait qu’on assure un approvisionnement en gaz naturel à l’industrie et l’affaire serait dans le sac. Ah, si seulement le Projet gazier du Mackenzie n’était pas devenu inéconomique. Est-ce qu’il va falloir que le gouvernement paye à la place des compagnies pour y arriver? Ça commence à faire cher la piastre. Combien est-ce que ça va coûter ces profits-là? Un milliard? Dix milliard? Le droit de respirer?
Vous savez, ce n’est un ministre de l’Environnement qui va empêcher qu’on extraie le gaz du Mackenzie. Surtout s’il y a trop d’argent en jeu.
(1)KRAUSS, Clifford. « In Canada’s Wildernes, Measuring the Cost of Oil Profits », The New York Times, 9 octobre 2005
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