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Sur le bout de la langue

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Le 7 mai 2003

Sur le bout de la langue

Le loustic et la maniaque (chronique complètement loufoque)

Par : ANNIE BOURRET
Editeur : Association de la presse francophone

Ma femme, il faut toujours qu'elle m'estomaque. Moi je suis le genre mastoc (qu'elle me surnomme affectueusement), mais elle, pourtant pas plus grosse qu'un moustique, est sans équivoque une génie de l'arnaque. Tout de même, quand elle m'avait décrit l'attaque contre Sherlock, j'ai cru qu'elle me faisait tourner en bourrique.
_ Du plastique?, avais-je hésité, tout en maudissant d'avance un possible cul-de-sac rhétorique.
_ Du plastic, avait-elle corrigé, catégorique, à mon grand soulagement.

Notez qu'à mon humble avis, ce macaque de Sherlock méritait un traitement moins sympathique que la mort en déclic. Et je suis certain que c'est réciproque. Mais ma maniaque était aussi inébranlable qu'un roc : pas question que je le matraque et lui disloque les membres. Cette signature trop caractéristique attirerait les flics. Elle nous dressa donc un plan ad hoc , digne d'un film de cinoque. Je vous l'ai dit, le génie de l'arnaque.

* * *


Comme à son habitude, Sherlock se parlait en soliloque. Que lui voulait donc la maniaque? Car enfin, ce n'est pas pour rien que son loustic de complice le traque! Du coin de l'oeil, on pouvait d'ailleurs le voir, mal protégé par un pébroque. Pour se calmer les nerfs, il décida de récapituler le dossier de celle qu'on avait surnommé la maniaque pour ses meurtres aux mises en scène démoniaques. Bernique! Malgré le ronronnement rassurant du disque dur de son Mac, son coeur continuait à battre la breloque. Eh bien, le médoc ferait office d'analgésique...

* * *


Flic floc, flic floc, heureusement que j'ai un peu de cognac, parce que je commence à en avoir ma claque de la flotte! Maintenant que je sais que Sherlock bivouaque dans le passage à sens unique, je n'ai plus qu'à me faire passer pour un indic et l'envoyer sur une fausse piste. Quand il reviendra à sa bicoque... il ne restera même pas de quoi en faire une pendeloque – à moins qu'un truc se détraque.


* * *


Le toctoctoc tira Sherlock de son hamac. Il avait mal au bloc – résultat de son traitement de choc « médoc » contre la panique –, mais pas au point de ne pas reconnaître le loustic sous son déguisement loufoque. Non mais, quelle défroque! En vrac : une barbe de porc-épic, des cheveux rouge brique et un anorak aux couleurs cacophoniques. Le loustic devait avoir le trac, son histoire sycophantique pour mettre la patte sur la maniaque avait des couacs. Ce que Sherlock ignorait, c'est que la maniaque les observait de la rue, ce qui rendait son mastoc tout patraque.

Pendant que Sherlock lui tournait le dos pour réunir ses affaires dans un havresac, le loustic entendit À l'attaque! Surpris, il se retourna et Sherlock en profita pour lui assener un coup de matraque. Dehors, la maniaque hésitait. Un instinct atavique lui dictait la fuite, mais le désir de sauver son mastoc l'emporta (leurs signes de zodiaque étaient compatibles sur le plan aphrodisiaque). Son indécision lui coûta la liberté : Sherlock lui sauta sur le bloc, car il l'avait repérée durant l'attaque.

Ainsi se termine ce bric-à-brac de broc, grâce au talent peu connu de ventriloque de Sherlock. On n'a jamais élucidé l'affaire de la maniaque. Celle-ci goba une pilule d'arsenic dès qu'elle fut mise au bloc (l'arsenic était caché dans son ombilic). Son mastoc quitta ce monde d'un arrêt cardiaque, causé par le choc de la mort de la maniaque. Quant à Sherlock, il classa ce cas sous la rubrique « Le loustic et la maniaque », sans jamais déduire l'affectueux surnom de mastoc.

P.S. : Ça fait longtemps qu'elle me démange, cette chronique folle braque...

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