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Le 12 novembre 2003
Chronique sur le bout de la langue d'Annie Bourret
Le tic verbal par le biais de
Par : ANNIE BOURRET
Editeur : Association de la presse francophone
J'ai entendu la phrase « Vous pouvez nous rejoindre par le biais de notre répondeur téléphonique » à Toronto en septembre 1990. Cet énoncé en apparence innocent m'est revenu à l'esprit dernièrement, parce que le tic verbal de m'assaille de partout depuis quelques mois : dans des textes français, dans des courriels, dans des traductions officielles et même dans le Dictionnaire de sociologie (Le Robert/Seuil, 1999)!
Voici d'ailleurs le passage en question, de même que d'autres exemples, tous authentiques :
- « Ce terme [genre, au sens de « sexe social »] a fait son entrée dans le vocabulaire de la sociologie par le biais des études féministes. » - Tous les employés ont accès au glossaire (...) par le biais du serveur. - Les ateliers peuvent également être offerts par le biais de modules de travail... - ... faire parvenir les étiquettes jaunes et le prix de vente final (...) au Service des finances et de l'administration par le biais de la boîte des transactions... - [Nom d'un logiciel de simulation routière] combine la vitesse, le dévers et la friction latérale par le biais de trois modes de gestion de trajectoire distincts. - On raccorde la radio au système téléphonique par le biais des centres de Services de communication et de trafic maritimes. - Ainsi, chaque participant et participante doit analyser une ressource documentaire sur le sujet et la présenter à ses collègues par le biais d'audioconférences...
Tous ces énoncés me font grrrincer des dents parce que, en français, par le biais n'a que deux sens figurés. Le premier signifie « par quel angle, par quel aspect » (C'est par ce biais qu'on peut comprendre le dossier). Le second désigne un moyen détourné ou artificieux d'atteindre un but (par le biais d'accointances politiques). Le premier sens ne s'applique à aucun des exemples. Quant au deuxième sens, disons qu'il aurait le mérite de produire des énoncés assez cocasses... Ces deux sens figurés sont plutôt rares au Canada, tandis que le tic verbal est omniprésent, de même que dans une grande partie de la francophonie.
Pour ne pas alors s'incliner devant ce « nouvel » usage, comme on s'est résigné à le faire pour sur Internet (qui devrait être dans Internet)? Parce que le français compte un grand nombre de tournures permettant d'exprimer exactement ce qu'on essaie de dire avec par le biais de, et ce, sans commettre de barbarisme de sens.
Dans tous les exemples cités, on pourrait (devrait) remplacer l'expression par le biais de par par, au moyen de, par l'intermédiaire de, par le truchement de ou grâce à. La locution par l'entremise de conviendraient également, mais avec des êtres humains (Il a obtenu ce poste par l'entremise d'un ami.).
Le plus ironique, c'est que j'ai bien failli faire un jeu de mots facile en intitulant ce texte Chronique biaisée. J'aurais eu l'air fin, car cet anglicisme (biased) signifie « partial, qui a un préjugé, subjectif ou tendancieux ». Comme quoi il faut se méfier des tics verbaux.
P.-S. : Certains des exemples cités gagneraient probablement à être reformulés, mais c'est là justement le danger d'utiliser des contextes réels : ils ne sont pas fignolés pour les besoins de la cause et relèvent de la langue vivante.
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