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Le 7 janvier 2004
Chronique sur le bout de la langue d'Annie Bourret
Petit abécédaire de fantômes
Par : ANNIE BOURRET
Editeur : Association de la presse francophone
Qu'est-ce que se mériter* et séniorité* ont en commun? Ces fantômes hantent le français et devraient être exorcisés. Certains de ces revenants ont été assassinés par l'anglais, d'autres sont tout simplement des spectres d'emplois ou de prononciations à mauvais escient. Pour débuter l'année en bon français, faisons la chasse à ces mauvais esprits.
A - Les verbes abrévier* et s'accaparer* n'existent pas en français. Le premier découle d'une analogie avec abréviation, mais la forme correcte est abréger. Quant à accaparer, il n'a pas de forme pronominale. On doit donc dire Il a accaparé l'attention des gens et non pas Il s'est accaparé* de l'attention des gens.
B - On considère à tort bonus* comme un latinisme correct. Préférez les termes prime, cadeau, gratification ou indemnité.
C - Les expressions clairer* la table et clairer* un employé sont clairement des anglicismes. Débarrasser la table et congédier un employé seraient plus justes.
D - On est tenté d'associer débossage* et débosser* au mot bosse, mais ils dérivent de bosselé, adjectif qui désigne les objets qui ont des bosses. Les voitures passent donc au débosselage ou se font débosseler.
E – L'abréviation etc...* ne devrait être suivie que d'un seul point, car c'est une abréviation (etc.).
F - À l'avenir, abstenez-vous d'employer l'expression dans le futur*.
G - La graduation* n'est pas synonyme de remise de diplômes. Par contre, graduation désigne une mesure en degrés, comme sur les tasses et certains ustensiles de cuisine.
H – L'aspiration du h dans le mot dehors est un réflexe « normal » pour les francophones parlant l'anglais fréquemment, mais la prononciation française est de-or et non pas deHors*.
I - Gardez l'impression que être sous l'impression* est bel et bien un anglicisme (to be under the impression that). Autre possibilité : avoir l'impression que.
J - Non, ce n'est pas un jack*! C'est un cric pour la voiture, un valet de pique, une prise d'écouteurs ou un (grand) homme maigre.
K – Le kodak* et le kleenex* ne sont pas des noms communs français mais des marques déposées d'appareil-photo et de mouchoir de papier, respectivement.
L - Laissez-moi vous dire* que le français préfère je vous assure que, croyez-moi ou il faut vous dire que au calque de let me tell you.
M - Attention à se mériter* (un prix), qui devrait vous faire perdre des points en français! La tournure correcte est avoir mérité un prix.
N – N/A* (non applicable) est une abréviation anglaise à remplacer par s.b. (sans objet) .
O – Insidieux, cet orégano* (oregano). Je vous mets au parfum : c'est origan.
P - Pallier cette faute courante me ferait plaisir. C'est qu'il est tenace, le petit à fautif qui suit souvent pallier!
Q – Un point questionnable*, en français, est plutôt contestable, discutable, incertain ou douteux.
R – Non, l'état du français ne peut rempirer*. Mais rien ne l'empêche d'empirer ou de s'aggraver, tout comme une maladie ou une situation.
S – La séniorité* a chassé l'ancienneté au travail. Vivement que cette dernière reprenne son poste!
T- Quant à moi, je me garderai maintenant d'employer tant qu'à moi*, un barbarisme sur le modèle d'infractus* pour infarctus.
U – Devinez ce qu'est un demi-tour en voiture? Un virage en U*!
V – Laissez les voyagements* aux effets littéraires ou poétiques. La langue quotidienne préfère les déplacements.
W - Avis aux bricoleurs : votre wrench*, c'est tout bonnement une clé anglaise!
X-Y – On ne peut diviser avant ou après ces lettres si elles sont placées entre deux voyelles (ex/emple* et tutoy/er*, exem/ple et tu/toyer).
Z – La prononciation zou* pour zoo est un anglicisme phonétique. Le mot rime avec beau.
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