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Le 26 mai 2004
Chronique sur le bout de la langue d'Annie Bourret
Le parcours linguistique du mot Web
Par : Annie Bourret
Editeur : Association de la presse francophone
On m'a déjà demandé pourquoi les formes webmaître et webmaîtresse n'existaient pas. La question était d'ailleurs très logique et s'inscrit bien dans l'esprit du français, puisque le genre grammatical est au cœur de notre langue.
Mais webmestre, dont on prononce le « s », possède plusieurs qualités, dont l'une est d'être épicène, ce qui signifie que sa finale est invariable dans les deux genres grammaticaux, la seconde, de procéder par analogie avec vaguemestre et la troisième, d'être un terme court.
On pourrait aussi mentionner qu'il constitue une heureuse adaptation de l'anglais webmaster, ce qui est assez rare en langue technique. En raison de l'omniprésence du Web, il a fallu créer de nombreux termes relatifs à cette réalité, un usage tout nouveau** encore en train de fluctuer, se cherchant entre les préfixes web, hyper et cyber (webographie, hypertexte et cybercafé) ou l'apposition du nom propre Web (cours Web).
C'est en 1995 que les ouvrages de référence du français commencent à statuer sur le sort de Web. On a commencé par déterminer la forme à retenir en français, en indiquant bien qu'il fallait garder la majuscule (le Web ou le W3) et éviter le sigle WWW. Aujourd'hui, le maintien de cette majuscule commence à s'estomper dans quelques ouvrages de référence, dont l'édition 2002 du Petit Robert, probablement parce qu'on utilise web comme préfixe pour créer des noms, des adjectifs et même des verbes (voir l'encadré).
La préfixation respecte bien les mécanismes normaux de formation des mots français. Il est plus facile de créer le verbe webdiffuser et ses adjectifs, ou le nom webdiffusion, que de tenter de créer des dérivés à partir de diffusion Web. Mais il vaut la peine de rappeler que les ancêtres de ces termes sont site Web ou page Web, dont le vénérable usage (dix ans!) a influencé quelques autres mots dont cours Web, caméra Web, diffusion Web et même éditique Web. Il existe même un mécanoWeb qui demeurera probablement toujours le hapax (attestation isolée) qu'il est. On peut pratiquement prédire que la webonomie (pour évoquer le concept de « webéconomie » ou de « cyberéconomie ») subira le même sort.
D'après mes recherches impressionnistes, la préfixation commence à l'emporter pour les mots formés avec web. Dans 15 ans, il sera d'ailleurs intéressant de vérifier si la liste de 98 termes commençant par la lettre « w » et agréés au Petit Robert se sera allongée de beaucoup. Une période d'usage de 25 ans permettra à l'euphonie de jouer son rôle : si webcommerce est « logique », cybercommerce et commerce électronique sont mieux reçus, car peut-être plus agréables à l'oreille.
Le mot de la fin : les apparences peuvent être trompeuses. Le mot webérite, authentique, ne désigne pas un utilisateur émérite du Web. Il s'agit d'un minéral d'un blanc grisâtre translucide...
** En effet, qui se rappelle que le Web est né en 1993? Cette initiative du Conseil européen de recherche nucléaire (Suisse) a débuté en 1989, mais ce n'est qu'en octobre 1993 que des versions Macintosh et Windows font leur apparition « grand public » et en 1995 que les fureteurs facilitent l'exploration de ce nouvel univers.
Début de l'encadré
Ah, webomanie... quand tu nous tiens!
webagence*
webcaméra*
webcarte *
webcentrisme
webcommerçant, webmarchand*
webdiffusion
webdiffusion (+ adjectif et verbe)*
webéconomie
webécriture
webification (+ adjectif et verbe)
webinaire
webjournal
weblibrairie
webmestre
webmestrerie
webonomie
webothèque
webrairie
* Dans l'ordre, en concurrence avec agence Web, caméra Web, carte virtuelle, cybermarchand et diffusion Web.
Tous ces dérivés sont attestés dans un ou plusieurs ouvrages de référence du français.
Fin de l'encadré
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