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Sur le bout de la langue

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Le 9 juillet 2003

Sur le bout de la langue

Bizarre autant qu’étrange (2)

Par : ANNIE BOURRET
Editeur : Association de la presse francophone

La première grammaire française a été écrite par un Anglais. John Palsgrave a publié, en 1530, un volume intitulé Esclarcissement de la langue françoyse. Le livre était destiné aux gens pour qui le français était une langue étrangère. À cette époque, le français se parlait dans toute l'Europe, particulièrement en Hollande et en Allemagne.                   En 1531, la première grammaire rédigée par un Français est publiée. Médecin et alphabétiste, Jacques Dubois publia son ouvrage en latin, sous le pseudonyme de Sylvius. Il recommandait l'emploi de deux lettres différentes pour différencier le I du J et le U du V, qui étaient confondus dans l'écriture cursive – le mot usage s'écrivait alors vsage. Il réclamait aussi des accents sur les E, pour distinguer entre E muet, É fermé et È ouvert. L'Académie française n'accepta ces réformes qu'en 1762, bien après la Hollande, qui les avait déjà agréées en 1620.

* * *
    Je n'ai jamais eu de chance avec mon prénom. Petite, j'ai eu droit à toutes les adaptations possibles de la chanson Ahâni, couhouni, shaha wa ani... En voici quelques-unes, pour votre délectation personnelle : mange du riz pourri, fait pipi au lit, met son bikini (je n'ai jamais très bien compris cette dernière, je vous la transmets par pur acquit de conscience de linguiste – admirez, au passage, un acquis qui se perd). Côté nom de famille, je n'ai pas été plus épargnée, avec les quolibets tabouret et bourrée. Je me suis consolée grâce à la généalogie, quand j'ai su que mon ancêtre s'appelait Gilles Bourré dit Lespine. Et un peu d'humour linguistique m'a aidée à surmonter le M'zelle Bourrette dont m'avait affublée un de mes voisins à Québec.                   Je pensais laisser tout ça derrière moi en m'établissant au Canada anglais. Peine perdue, car à la rareté de mon nom de famille s'ajoute la dimension de la langue anglaise. Je dispose maintenant de plusieurs identités différentes : Bourget, Bournet, Boornett et Bourrett. Les gens filtrent mon nom à travers leurs connaissances du français ou de l'anglais : Purolator m'a déjà livré une enveloppe adressée à une certaine Annie Bowvret. J'ai longtemps gardé le connaissement, en souvenir.                   La leçon finale, je l'ai reçue au Grand Theatre de Kingston où, pour retrouver des billets que j'avais réservés par téléphone, le préposé et moi avions dû supputer toutes les variations possibles. Aujourd'hui, j'ai le réflexe d'épeler mon nom de famille immédiatement après l'avoir prononcé. Le Canada anglais m'a quand même offert un petit réconfort : si les anglophones raccourcissent souvent mon prénom en Anne, au moins, ils ne le prononcent pas Âne comme certains francophones!  
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  La plupart des gens ne me croient pas quand je leur dis que l'expression « prendre pour acquis » est fautive. Il s'agit pourtant d'un calque (terme désignant une traduction littérale) de l'anglais to take for granted  . La tournure correcte, qui est « tenir pour acquis », dérive d'une vénérable série de locutions figées remontant au XIe siècle sur le modèle de « tenir (quelqu'un ou quelque chose) pour... ».                   Ceux qui souhaitent utiliser le terme gaminet peuvent aller se rhabiller : le mot tee-shirt (tee-shirts, au pluriel) et sa variante T-shirt sont tout à fait acceptés. On accuse régulièrement l'Office de la langue française de cette création, mais c'est là une erreur fort répandue. En fait, gaminet a été proposé à la blague en 1974 par Jacques Cellard, linguiste ayant beaucoup publié sur la langue française, notamment un dictionnaire d'éponymes intitulé Godillot, silhouette & cie: dictionnaire thématique des noms communs venus de noms propres.    



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