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Le 1er octobre 2003
Chronique sur le bout de la langue d'Annie Bourret
Quelques phénomènes de langue,
d'anacoluthe à zeugme (1re partie)
Par : ANNIE BOURRET
Editeur : Association de la presse francophone
de la langue de tous les jours que la présente chronique et la suivante exploreront.
Pour piquer votre intérêt, disons que la battologie est synonyme de périssologie dont vous lirez la définition dans la prochaine chronique. L'explétion consiste à utiliser des mots redondants quant au sens, mais qui « remplissent » une phrase. L'exemple par excellence est l'article des tournures commençant par l'on (si l'on veut bien). Il est inutile, mais pas fautif. Dans les exemples suivants, le ne et le moi sont explétifs : je crains qu'il ne soit absent, goûtez-moi cela.
Tout le monde comprend bien que l'hypallage rendre quelqu'un à la vie signifie, en réalité, « rendre la vie à quelqu'un ». L'hypallage consiste à transférer les propriétés de certains mots d'une phrase aux autres mots, mais sans qu'il soit possible de se méprendre sur le sens. On entend un bel exemple d'hypercorrection dans la belle chanson Harmonium (sur l'album du même nom) quand Fiori prononce la liaison en z dans chargé par ses mille_z_instruments. L'hypercorrection est un réflexe mental qui entraîne, dans ce cas, une marque de pluriel superflue, puisque le mot mille devrait suffire à l'indiquer. L'exemple classique est l'expression entre quat_z_yeux.
Vice de langage produisant des amphibologies causées par des hyperbates, le janotisme (ou jeannotisme) se commet fréquemment... En réalité, c'est tout simple : les inversions (hyperbates) de ces phrases produisent un sens douteux (une amphibologie). Savourez donc celle-ci : Je viens chercher du bouillon pour ma mère qui est malade dans un petit pot.
On définit souvent la litote comme une figure de style consistant à en dire moins pour en dire plus, avec un exemple du Cid de Corneille (Chimène clamant à Rodrigue « Va, je ne te hais pas », au lieu de lui dire qu'elle l'aime.) La vie quotidienne fourmille de litotes moins dramatiques, mais tout aussi pleines de sens détourné, comme déclarer que la soupe n'est pas mauvaise au lieu d'affirmer qu'elle est bonne.
La ligature désigne le caractère de deux lettres liées ensemble qu'on retrouve dans curriculum vitæ et mise en œuvre. D'origine latine, la ligature æ est moins commune et a subi une simplification partielle (l'orthographe ténia a succédé à tænia). Mais le digramme œ, pour utiliser le terme privilégié par les linguistes, provient à la fois du latin et du grec. Cela en explique la variation de prononciation, soit les deux /eu/ de œuf et cœur et le /é/ dans œdème ou Œdipe.
Je vous ai épargné la catachrèse (c'est pratiquement une métonymie) et l'épanorthose (je le regrette, d'ailleurs, mais je ne sais plus dans quel Mafalda « mon » exemple se trouve). La prochaine chronique traitera peut-être du polyptote, certainement de la métonymie et de la tmèse pour laquelle j'ai un gros faible, sans oublier le zeugme et la périssologie annoncés au début.
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