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Le 26 novembre 2003
Chronique sur le bout de la langue d'Annie Bourret
Petit blues puriste
Par : ANNIE BOURRET
Editeur : Association de la presse francophone
Ah, l'hiver à Vancouver. Avec les nuages qui se traînent pratiquement sur l'asphalte mouillé, tout est un camaïeu de gris... De quoi « avoir les bleus », comme chantait Pauline Julien dans La croqueuse de 222*, et prétexte parfait pour m'adonner à un petit accès de purisme sur quelques anglicismes qui pourrait vous en faire voir de toutes les couleurs.
Commençons par régler le cas de l'anglicisme syntaxique « avoir les bleus » (to have the blues). Si ce québécisme convient à une chanson rédigée en langue populaire, il doit toutefois céder la place aux expressions être déprimé, avoir le cafard ou broyer du noir en français du dimanche. Il est intéressant de souligner que le français hexagonal a préféré le calque « avoir le blues » (to feel blue). Le Grand Robert critique cet emploi.
Cela dit, on pourrait considérer le titre de ma chronique comme un anglicisme. Mais, gris au ciel**, je peux me rabattre sur l'étymologie et prétendre que j'utilise le mot dans le sens du mot emprunté à l'américain depuis 1919 pour désigner la formule musicale élaborée par les Noirs des États-Unis!
Passons à quelques anglicismes qui me font voir rouge, dont le « blanc de mémoire », calque de l'anglais memory blank et qui est trou de mémoire en français. L'expression fautive « blanc de chèque » mérite aussi d'être signalée, car elle est responsable de deux erreurs. Le chèque signé dont le montant ou le bénéficiaire n'est pas précisé s'appelle un chèque en blanc. Pour le chèque totalement vierge (blank cheque), il faudrait utiliser formule de chèque.
Ajoutons maintenant le vert à cette palette d'anglicismes, avec la tournure « avoir le pouce vert », que je lis un peu partout. Pour jardiner en français, utilisez plutôt les expressions avoir la main verte ou avoir les doigts verts. Je m'étais toujours méfiée de la locution donner le feu vert, la trouvant trop près de l'anglais to give the green light. J'avais tort : la tournure française date d'avant l'automatisation des feux de circulation tricolores, de l'époque où un agent donnait le feu vert aux automobilistes en appuyant sur un bouton. Le sens métaphorique de l'autorisation date des années 1950.
Enfin, je m'en voudrais de ne pas parler de l'accord des adjectifs de couleur. En voici donc les quatre règles. Les adjectifs de couleur simples s'accordent en genre et en nombre (des chapeaux verts, des jupes bleues). Les adjectifs de couleur composés, avec un nom ou un autre adjectif, sont invariables (des jupes bleu foncé, des jupes bleu marine). Les adjectifs qui dérivent d'adjectifs de couleur (rosé) ou de noms de couleur (cuivré) s'accordent en genre et en nombre (des champs verdoyants, des écorces mordorées). Les noms simples ou composés qu'on emploie comme adjectifs de couleur sont invariables (une jupe améthyste, des murs citron).
* Pour lire les paroles de la chanson, voir le site suivant : cominfo.ca/troubadour/chansons/francais/J/J0004.htm
** Expression piquée à Hilarion Lefuneste, dans une bande où Achille Talon, mon héros à moi, décidait de lutter contre la pollution.
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