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Bienvenue sur le site de la chronique «Sur le bout de la langue»
Le 4 février 2004
Chronique sur le bout de la langue d'Annie Bourret
Faites affaires avec un banquier ayant pognon sur rue
Par : Annie Bourret
Editeur : Association de la presse francophone
Les jeux de mots exploitent allègrement les similarités de son et de sens d'une langue. En voici quelques-uns qui me semblent bien illustrer le caractère schizophrène de notre langue, à savoir que l'on peut considérer les mots d'esprit comme des maux d'esprit, comme les deux côtés d'une même médaille. À vous d'en décider...
L'antanaclase est un mot savant désignant une technique assez simple qui consiste à répéter le même mot pris dans différents sens ou à rapprocher deux homonymes à significations différentes. En fait, il s'agit d'une figure de rhétorique et c'est probablement pourquoi on peut en citer plusieurs exemples très sérieux, voire philosophiques, dont Tu es Pierre et sur cette pierre je construirai mon église de la Bible, le dicton Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger de Socrate et la maxime Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas de Pascal.
D'autres auteurs moins « sérieux » ont également commis des antanaclases, notamment ce commentaire du commissaire San-Antonio : Elle s'est trouvée mal (moi je la trouvais bien). De plus, il n'est pas absolument nécessaire de répéter le mot, on peut le laisser deviner, comme dans Puisque trop parler nuit, je vous en souhaite une bonne (anonyme).
Alors que l'antanaclase repose sur l'homonymie stricte, le calembour exploite l'équivoque sonore et sémantique à des fins humoristiques. Véritable gymnaste dérivant du mot calembredaine, il joue sur les liaisons phonétiques et le découpage des mots dans la phrase, la similitude sonore et le double sens.
La phrase Je suis né sous le signe du Gémeau vaise conscience est un calembour dans sa forme la plus classique, peut-être plus facile à saisir si on lit la phrase à voix haute. Le titre de la chronique rappelle un autre mécanisme courant, qui consiste à changer un son ou un mot dans un proverbe ou une formule connue (avoir pignon sur rue, dans ce cas). En voici quelques autres exemples : Dites à un cycliste : Chassez le naturel, il revient au vélo; Rappelez aux humoristes qu'ils sont des jumeaux d'esprit; et Un voilier qui perd sa voile se trouve en état de foc.
Peu répandue au Canada, la rime interne poil au..., m'a toujours fascinée, à cause de ma passion pour les bandes dessinées des années soixante et soixante-dix et de ses contraintes de forme. En effet, le terme doit rimer avec le dernier mot prononcé (poil au nez), être une partie du corps (poil au pore) ou un animal (poil au chacal). L'exercice se corse (poil au torse) lorsqu'il faut insérer cette rime dans le discours d'une personne qui parle (poil au harle), au hasard des respirations et de l'inspiration éclair (poil au ver de terre). Le meilleur exemple qui soit, d'ailleurs, se trouve dans le dénouement d'un album de Spirou et Fantasio** où le comte de Champignac et son ami Zorglub trafiquent la bande enregistrée d'un discours du maire du village.
Cela dit, il existe des rimes internes très sérieuses, appelée holorimes, dont on attribue la paternité à Victor Hugo. Les vers holorimes, qui se prononcent de la même façon tout en étant formés de mots différents, se pratiquent généralement à l'écrit. En voici l'exemple le plus célèbre, à lire à voix haute :
Dans ces meubles laqués, rideaux et dais moroses,
Danse, aime, bleu laquais, ris d'oser des mots roses.
** Dans Panade à Champignac, si ma mémoire est bonne.
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