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Le 2 mars 2004

Chronique sur le bout de la langue d'Annie Bourret

En avoir pour son argent

Par : Annie Bourret
Editeur : Association de la presse francophone

Vous le gagnez, vous le dépensez, vous en manquez ou vous l'épargnez – l'argent, alias le bacon, les bidous, le foin, le fric, le blé ou les sous, occupe une place centrale dans l'esprit de la plupart des gens. C'est l'un des mots qui possède le plus grand nombre de synonymes familiers et argotiers de notre langue. Voilà qui mérite bien que j'investisse une petite chronique sur le bon usage de certains emplois.

Par exemple, il est fort possible que la phrase suivante ne vous fasse pas sourciller : « Je vais déposer un montant d'argent dans mon compte de banque ». Malheureusement, elle comprend deux erreurs. La première est compte de banque, qui devrait être compte en banque (ou compte bancaire). La tournure montant d'argent mérite un petit bilan. Tout d'abord, la faute est attestée au Canada depuis 1897 (Dictionnaire historique du français québécois). C'est dire que son usage fait partie de notre capital linguistique. Elle est pléonastique (comme murmurer tout bas), à cause du sens de montant, qui a pour synonymes chiffre, somme et total. L'ajout du mot argent est donc inutile, à moins de vouloir préciser la somme exacte (un montant de dix dollars). La phrase revue serait : « un gros montant/une grosse somme à déposer dans mon compte en banque ».

Le mot argent est attesté depuis longtemps, car il a fait son entrée en français dès le IXe siècle, dans l'un des tout premiers textes écrits en français (Eulalie, an 881). Son sens actuel de « toute sorte de monnaie » vient de l'importance qu'accordaient les financiers à la monnaie en argent, même par rapport à l'or, dès le XIIe siècle. Au fil du temps, la notion d'argent est devenue de plus en plus abstraite et en est arrivée à désigner du papier (autrefois des assignats, aujourd'hui, des billets et des chèques). L'expression en espèces sonnantes et trébuchantes rappelle donc une réalité très vieille, celle de la monnaie métallique.

Le mot argent entre dans de nombreuses locutions : bourreau d'argent (1690); le temps, c'est de l'argent (1748); des argents (1767); aucun argent comptant à verser (1772); faire de l'argent (1837); jouer à l'argent (1877), argent de poche (1894); prix en argent (1923) et l'argent ne pousse pas dans les arbres (1974), pour n'en nommer que quelques-unes.

Voir l'expression des argents dans la liste précédente vous a peut-être rassuré, surtout si je mentionne que Verlaine (1844-1896) l'a utilisée. Cependant, pratiquement aucun ouvrage de référence sur la langue française n'agrée la tournure des argents. On recommande crédits, fonds, financement, ressources financières, deniers (publics) et somme. Comme on peut le voir, le choix ne manque pas pour remplacer l'erreur dans des expressions fautives comme dépenser, obtenir ou allouer des argents.

Maintenant, avec toutes ces données, espérons que vous en aurez eu pour votre argent...


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Coûteux, onéreux ou dispendieux?

On hésite souvent entre ces trois adjectifs, alors qu'ils sont tous trois synonymes. Considéré comme vieilli ou littéraire à l'extérieur du Canada, dispendieux est pourtant le plus proche du sens de ces trois termes : qui exige des dépenses (en latin dispendiosus, de dispendium, « dépense »).

Le véritable piège, en fait, est l'adjectif cher, car il signifie « d'un prix élevé ».
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