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3 octobre 2001

Journal de Cornwall

Diane Lavictoire, une femme qui déplace de l'air

Par : Huguette Burroughs
Editeur : Journal de Cornwall

Depuis quatre ans, Diane Lavictoire ne compte ni les heures ni les milles pour rencontrer les exigences du métier. Elle est chauffeur de poids lourds. Lorsque nous l'avons rattrapée à Cornwall samedi dernier en escale chez des parents après plusieurs semaines de tentatives de contact, elle rentrait de la Caroline du nord et, à peine 24 heures plus tard, elle devait prendre la route avec une autre cargaison, cette fois, à destination de la Caroline du sud.

Devenue veuve au tournant de la quarantaine, elle ne voulait pas moisir dans la pauvreté à 380$ par mois comme il arrive à tant d'autres femmes de sa condition. « Je me retrouvais donc seule avec mes fils et mes meubles et je me suis botté les fesses », explique cette fière future grand-maman qui a trouvé dans le transport routier plus qu'une solution à sa solitude.
Vivant au Québec, Diane se dit que, pour s'en sortir, il lui faudrait commencer par aller apprendre un peu d'anglais. C'est à la fin d'un premier cours d'anglais qu'elle aperçoit dans une revue, une annonce demandant des conducteurs de poids lourds. Ne sachant pas si on considérerait qu'elle répondrait aux critères, elle se met de l'avant et elle s'inscrit à des cours de conduite de camions. Très tôt, elle se rend compte que conduire un camion, c'est plusieurs changements de vitesse, c'est une manoeuvre différente que de prendre le volant d'une automobile sur une rue du quartier en raison de la longueur et de la largeur du véhicule dont il faut sans cesse tenir compte.

« Moi qui ai toujours voulu voyager, affirme-t-elle, j'ai tout de suite allumer, malgré mes fils qui tentaient de me décourager, moi qui ne connaissais rien à la mécanique, même la plus rudimentaire. J'avais toujours voyagé. Mon mari étant un marin, c'est moi qui allais le reconduire à son navire que ce soit à Matane, à Rimouski ou en Ontario. »
Elle explique également qu'étant impliqué dans l'élevage de chiens de race, elle participait à des compétitions canines au Québec, en Ontario et aux États-Unis, une activité requérant plusieurs déplacements.

Envers et contre tous, Diane débute le cours avec 53 autres personnes: 14 compagnons et une compagne.
Dans plusieurs des disciplines enseignées, c'est elle qui obtient les meilleures notes de sa classe.
Forte en théorie comme en pratique, après avoir réussi tous les examens et effectué les stages requis, elle obtient sa certification. A peine deux jours plus tard, elle obtient son premier emploi de « truckeur ». Elle est maintenant un des boys.
Elle sait qu'en entrant dans ce monde d'hommes, elle doit travailler comme un homme sans espérer de considération spéciale. « C'est bien facile, conduire à longueur de journée », lui avait dit un de ses garçons. Celle-ci s'empresse toutefois de dire que celui-ci s'est vite ravisé après l'avoir accompagnée dans un seul trajet où il a été à même de constater tout ce que comporte le métier.
La route est longue, ce n'est pas peu dire. Pour échapper à la monotonie ou pour tromper le stress, Diane chante en même temps que les cassettes qu'elle transporte avec elle. Du country, du rock et du bon vieux Québécois. Et lorsqu'il faut encourager le sommeil, c'est dans un bon roman qu'elle se plonge.
Le camionnage est-il un métier dangereux? Pour Diane, il y a les hasards de la météo, les conditions routières qui sont les mêmes qu'on soit homme ou femme. En dehors de la route, elle dit qu'elle doit toujours se montrer alerte et prudente, ayant même déjà été forcée de recourir à l'aide de collègues canadiens pour éloigner d'elle des gars un peu trop entreprenants.

En dépit du fait qu'elle dit ne pas compter les heures, elle doit s'en tenir aux limites prescrites pour la sécurité - 13 heures par jour au Canada et 10 heures aux États-Unis. Pour elle, une huitaine de travail (semaine de huit jours) peut représenter entre 2800 et 5000 milles la plupart du temps entre le Canada et les États-Unis: Caroline, Texas, Illinois.
Lorsqu'elle n'est pas sur la route ou en attente d'un prochain voyage, elle bénéficie de quatre jours consécutifs de congé. Congé, il faut le dire vite, car durant ces 96 heures, il lui faut nettoyer son camion, puisque c'est en quelque sorte son petit logis sur roues, laver ses vêtements, refaire ses provisions, cuisiner des petits plats et effectuer toutes les fonctions que doivent faire les gens sédentaires, telles que payer les comptes, répondre au courrier, garder le contact avec la famille et décompresser un peu...
Au soir des événements terroristes du mois dernier, elle passait justement près de Washington et la fumée noire dans le ciel au dessus de la ville en disait plus long que tout ce qu'elle avait pu apercevoir à la télévision lors de ses arrêts dans des haltes de camionneurs.

Pour elle qui voyage régulièrement entre le Canada et les USA, il est évident que la sécurité est plus serrée, même au sol. Il faut prendre plus de précautions pour protéger la cargaison qui, si elle tombait aux mains de gens malintentionnés, pourrait causer tout un dégât. Mais elle avoue que c'est lorsqu'elle aperçoit un avion au-dessus du territoire où elle se trouve qu'elle se sent le plus en perte de contrôle de ses moyens et qu'elle sent trembler sa jambe au point d'avoir de la difficulté à appuyer sur l'accélérateur.
Mais elle ne laisse pas l'arrêter. Veuve d'un timonier de la Garde côtière canadienne, elle avoue ne jamais avoir eu le pied marin. Même avant les tragiques événements du 11 septembre dernier, elle n'était jamais montée à bord d'un avion et ce n'est pas dans ses plans ni à court ni à plus long terme.
Diane Lavictoire la « truckeur » demeure une femme tout à fait terre à terre et le premier petit-enfant attendue d'ici deux semaines, soit vers le 14 octobre, (elle souhaite que ce sera une petite-fille) pourra certes se targuer de dire en plus d'une façon, que sa grand-mère a fait beaucoup de chemin et à 46 ans, elle n'est pas prête de s'arrêter, si Dieu lui prête vigilance et santé.



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