Les 22, 23 et 24 octobre avait lieu à Regina une « Exposition sur la santé au naturel ». De nombreux conférenciers et exposants sont venus suggérer des modes de vie sains, naturels et alternatifs pour soigner divers maux modernes. Les spécialistes canadiens ont également discuté du système de santé actuel et des possibilités qu’offrent les médecines alternatives. L’Eau vive a assisté à une présentation donnée par l’Association des Sages-Femmes de la Saskatchewan.
L’accouchement est un des actes les plus naturels au monde. Signe de vie et de perennité de l’espèce humaine. Alors pourquoi le traiter comme une maladie qui requière hospitalisation, assistance et intervention médicales? Les sages-femmes s’inspirent de ce principe fondamental dans la pratique de leur métier.
Mme Eileen Mckenzie, conférencière et elle-même sage-femme, explique ainsi le rôle de la sage-femme : « les sages-femmes sont avant tout des personnes ressources, des éducatrices. L’accouchement en lui-même n’est qu’une étape d’un processus qui commence dès le début de la grossesse et qui se poursuit également après. Une relation de confiance s’installe entre la sage-femme et les parents. Le but est alors de conseiller et d’accompagner les futurs parents pour une grossesse sereine ».
Francis Marchildon nous explique les raisons pour lesquelles lui et sa compagne ont choisi l’accouchement à la maison : « nous voulions un cadre plus intime et surtout une expérience plus spirituelle. Sandra avait fait beaucoup de recherches et de lecture à ce sujet. Nous ne voulions pas passer par l’expérience médicale où l’on propose à la femme de soulager sa douleur rapidement à l’aide d’une péridurale. Ceci a tendance à déconnecter de la réalité et peut donner suite à un enchaînement d’autres interventions médicales ».
Une véritable structure de soutien s’organise alors autour des parents et comme le précise Francis : « la sage-femme a commencé à nous rencontrer une fois par mois au début. Plus la grossesse avancait plus le nombre de visites s’intensifiait. En plus d’encadrer Sandra sur le plan médical, notre sage-femme nous a donné accès à toute une gamme de littérature alternative destinée à nous préparer et à nous éduquer sur divers aspects de la grossesse et de l’accouchement ».
Les sages-femmes offrent un service personnalisé, fait « sur mesure » qui respecte les lois de la nature.
Il existe cependant plusieurs bémols à cette pratique, entre autres, le statut de la sage-femme en Saskatchewan. Et comme le déplore Mme Mckenzie : « Bien que les sages-femmes soient reconnues en Saskatchewan, elle ne sont pas intégrées au système de santé et donc non financées. Les parents qui choisissent cette voie devront donc défrayer les coûts. Cependant l’intervention d’une sage-femme coûte en moyenne 600$ de moins à la société que celle d’un obstétricien ».
Les services de sage-femmerie varient entre 1000 $ et 1500 $ pour un accouchement à la maison.
En 1999, le gouvernement de la Saskatchewan a passé la Loi sur les Sages-femmes, loi qui normalisait la pratique de l’accouchement à la maison par les sages-femmes. Seulement la loi n’a jamais été proclamée ou mise en vigueur. Reste que la sage-femmerie n’est pas considérée comme un service essentiel à la femme. Dans ces conditions le nombre de sage-femme est nettement inférieur à la demande : « Il y a seulement 5 sages-femmes qui exercent leur métier en Saskatchewan. En réalité il y en a beaucoup plus qui occupent présentement des postes d’infirmières par exemple, mais avec ce manque de reconnaissance du gouvernement, peu de femmes décident de s’engager dans cette voie », affirme Mme Mckenzie. Celle-ci précise également qu’une sage-femme doit suivre une formation de quatre années qui n’est, pour l’instant, disponible qu’en Ontario et en Colombie-Britannique. « Ce qui m’inquiète c’est que de plus en plus de Doulas pratiquent les accouchements alors qu’elles sont censées être seulement des accompagnatrices et n’ont pas la formation requise pour ce genre d’intervention. On augmente ainsi les possibilités d’accidents et de même la méfiance du gouvernement envers l’accouchement hors hôpital ».
L’accouchement à la maison devient ainsi un phénomène marginal ou plutôt marginalisé par notre conception de la naissance. Pour tous parents intéressés par la sage-femmerie, contactez l’Association des Sages-Femmes de la Saskatchewan, située à Saskatoon au (306) 653-3755.
Saviez-vous que…
Les hommes sages-femmes sont appelés des « maïeuticiens » du mot grec « maieutikê » qui signifie l’art de faire accoucher. La maïeutique est également la méthode par laquelle Socrate, fils de sage-femme, disait accoucher les esprits des pensées qu’ils contiennent sans le savoir.