Le 13 mai 2004
C'est quoi Bellevue ?
Par : Robert J. GAREAU
Editeur : L'Eau vive
La semaine dernière, il est venu deux visiteurs qui m’ont fait réfléchir. Le premier était un journaliste venu de France qui était en train de faire un rapport au sujet des francophones ayant leurs origines en France il y a de cela quelques quatre cents ans. L’autre était un professeur, originaire du Sénégal, venu au Canada pour y faire carrière. Les deux m’ont posé à peu près la même question, c’est-à-dire : «Comment avez-vous fait pour conserver votre langue et votre culture dans un milieu comme le vôtre dans l’Ouest du Canada?»
Conserver notre langue? On la parle couramment tous les jours tout simplement parce que c’est comme ça que nous vivons.
Conserver notre culture? On la vit tous les jours tout simplement parce qu’est comme ça que nous vivons.
Si on a besoin d’école, de centre culturel, de paroisse, de foyer d’ainés, on y voit et on le fait tout simplement parce que c’est comme ça. On a les services professionnels qu’il nous faut pour survivre.
Il existe des tas de théories dans ce bas-monde. Nous, on s’en fiche un peu des théories; on aime mieux vivre dans une communauté de gens libres.
Une communauté est composée d’individus forts qui vivent ensemble; pour le faire il faut que ces individus de ce groupe soient assez forts pour ne pas être engloutis par les autres et en même temps assez sociables pour faire partie de l’ensemble. Il est essentiel que chacun reste personnel et privé tout en faisant partie de la communauté. C’est un peu comme le mariage : deux êtres indépendants qui sont interdépendants l’un de l’autre.
Ce qui intéresse tout le monde c’est l’ordinaire de la vie. Pour nous, ce sont les naissances et les décès, les mariages et les nouvelles de ce qui arrive à tout un chacun. Puis c’est l’agriculture, l’économie locale : la température, la pluie, le beau temps, les semences, les récoltes, le grain et les animaux. Mais ce qui fascine tout le monde ce sont les nouvelles de la parenté et des amis. Pas les commérages mais bel et bien les nouvelles car, remarquons-le bien: on est intéressé au bien-être des autres.
Ce qu’il y a d’extraordinaire à Bellevue, c’est la coopération de tous dans les projets communautaires d’envergure. D’abord on a bâti un centre culturel et on l’a payé; ensuite on se paye un foyer d’accueil pour ainés. C’est beau de voir les gens s’intégrer aux projets chacun à leur façon : soit au niveau de la construction bénévole, du prélèvement de fonds, de siéger sur un comité ou de travailler aux menus et multiples détails du projet. Pour certains, c’est de travailler avec le public parce que c’est nécessaire, tandis que pour d’autres c’est de travailler en solitude parce que c’est aussi nécessaire. On a reconnu qu’il faut des personnes qui possèdent de l’imagination, d’autres qui savent planifier et d’autres qui exécutent.
Il y en aura toujours qui chiâlent, qui ne veulent rien savoir, qui font des chambardages de toutes sortes. On n’a qu’à les ignorer: les négatifs n’aboutissent jamais à rien.
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