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Publié le jeudi 20 août 2009 | Mis à jour le mercredi 19 août 2009

Dans les coulisses du pavillon francophone de Folkfest à Saskatoon

Françoise Kartha

C’est dans le bâtiment du niveau secondaire de l’École canadienne française, bientôt l’école Gustave-Dubois, qu’était situé le pavillon francophone du Folkfest cette année. Plus de 1200 personnes ont passé les portes du pavillon le jeudi soir, environ 1800 le vendredi et près de 2000 le samedi. Elles ont pu apprécier l’accueil chaleureux offert par les membres de la chorale le Chœur des Plaines et la bonne humeur de tous les bénévoles présents.

Un des premiers exercices proposés aux représentants des diverses associations aux réunions de Folkfest est un remue-méninges sur le thème Un festival comme Folkfest peut-il changer le monde? Oui, répond la majorité. On ne fait évidemment pas autant de bénévolat sans être fondamentalement bourré d’optimisme. Non, répond une minorité assez nombreuse. Nous ne parlons plus notre langue depuis près d’un siècle, nous ne sommes jamais allés dans notre pays d’origine. Savons-nous seulement si les éléments de lointains souvenirs que nous conservons de notre culture ont encore vie quelque part ou ne sont en fait que le rabâchage de stéréotypes? Une telle réflexion pourrait peut-être à elle seule changer le monde.

Pour les francophones de Saskatoon, après 400 ans de présence française en Amérique du Nord, des centaines d’années de voyageurs et de fermes en Saskatchewan, des origines aussi diverses dans tous les coins de la planète, il n’y a pas qu’une culture à représenter mais des milliers, toutes enrichies par le milieu dans lequel elles se sont développées. Être francophone, c’est avant tout partager une langue, une immense littérature et des valeurs avec des centaines de millions de personnes dans un monde dont le centre – du moins si l’on en croit les ajouts sur la carte affichée sur un des murs – est un rayonnant Prud’homme!

La convivialité s’installe autour d’une bonne table. Laurette Lefol, responsable de la cuisine et d’une armée de bénévoles à toute épreuve, a mitonné des plats aussi délicieux qu’abordables. Poutine, tourtière, crêpes végétariennes aux champignons, assiette garnie de fromage québécois incroyable... Tout avait disparu chaque soir bien avant la fermeture. En dessert, moelleux au chocolat, tartelettes au sucre, crème glacée ou sucre à la crème, un choix bien difficile... mais sous une pluie battante, on ne pouvait manquer de venir se réchauffer avec un bon bol de soupe au pois!

Un bon repas s’accompagne facilement d’un verre de vin français ou d’un jus de fruit. Certains demandent la recette du Caribou, mais les bières « importées » du Québec suscitent aussi beaucoup d’intérêt, ne serait-ce que par leur nom.
- La Maudite! Il faut absolument qu’on goûte ça!
- Regarde. Il y a aussi la Fin du monde...

Le kiosque de la Troupe du jour, celui de la Fédération des francophones de Saskatoon et l’étalage de livres, malheureusement trop rares, de la Bouquinerie Gravel confirmaient que la francophonie se vit et se cultive toute l’année. Ceux de CPF, de la Coalition pour la langue française et du Conseil culturel fransaskois renseignaient les nombreux parents qui voudraient que leurs enfants apprennent le français. Le kiosque de Kahmaria Pingue ajoutait une touche d’exotisme tout en présentant ses différentes entreprises sous le nom de Studio Sankofa : cours de danse africaine, conception de vêtements hauts en couleurs ou brodés, colliers de cotonnades africaines, adorables chaussons pour bébés.

Spectacles en tout genre

La démonstration d’escrime en a surpris plusieurs et vraiment passionné d’autres sans doute férus de romans de cape et d’épée, des Trois Mousquetaires et de pirates ou corsaires. Le combat au sabre est le plus flamboyant. Jeremy Warren, journaliste au Star Phoenix, a même revêtu l’uniforme pour avoir droit à sa première leçon! Deux des membres du club, Aimée et Élise, sont des élèves de l’École canadienne-française et les ordres de l’arbitre se donnent toujours en français.

Le groupe de Kahmaria Pingue a donné une très belle et authentique prestation de danses africaines et jamaïcaines, parmi lesquelles un gospel en swahili, un chant en français du Congo et des chansons hip-hop, Africa Remix de Karl Wolf. Leurs musiciens aux percussions s’intéressent à la musique africaine et jouent du tam-tam depuis une dizaine d’années. Kahmaria encourage et partage son intérêt dans les danses africaines comme une bonne forme d’exercice qui permet aussi d’explorer un tout nouveau contexte à Saskatoon.

Michelle Cousin et Véronique Eberhart ont démontré avec talent la polyvalence de la voix humaine et ont suscité des réactions enthousiastes du public. Elles chantent des classiques en français mais aussi en anglais et en italien. Être francophone, c’est le plus souvent parler au moins deux langues, souvent bien plus. Accompagnée de la belle musique jazz de Maurice Drouin, Michelle interprète avec bonne humeur et sensualité J’attendrais toujours ton retour, la Vie en rose, Ça, c’est l’amour, Tout doucement, C’est si bon, La Luna. Véronique chante la Quête de l’Homme de la Mancha, Sparkling Diamonds, la prière de la Tosca, L’amour est enfant de Bohème de Biset.
- Vous êtes la femme de mes rêves, dit en anglais un jeune homme en baisant la main de la cantatrice.
- You made my day, répond-elle, avec un grand sourire.

Comme Alexis Normand, Malika Sellami a interprété des chansons de sa propre composition en français et en anglais. Elles chantent l’amitié, la vie et partagent leur amour de la musique avec les enfants.

Le groupe Drisk a ses propres fans, des mordus qui s’arrangent pour occuper les premières tables. Deux d’entre eux arrêtent les jeunes visiteurs à la sortie.
- Vous ne pouvez pas partir quand le meilleur groupe de punk rock est sur le point de donner son spectacle!

Assise à la table de la Fédération des francophones de Saskatoon, une ancienne élève d’immersion parle de son amour pour les langues romanes, ces « romance languages ». Elle raconte ses voyages en Espagne et en France, ses plans pour l’Italie où elle voudrait perfectionner son italien. Elle étudie la politique internationale.

À Saskatoon, comme en France, tout commence et finit par des chansons. Un festival comme celui de Folkfest peut-il changer le monde? Quand les hommes vivront d’amour, les soldats seront-ils troubadours?

Editeur : L'Eau vive


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