Le 8 novembre 2007 Volume 12
Éducation postsecondaire
Service social manitobain à l’heure du français
Nathalie Forgues
Au Canada, la demande de professionnels dans les domaines de la santé et des services sociaux est à la hausse, principalement dans les milieux minoritaires francophones. Le Collège universitaire de Saint-Boniface (CUSB) au Manitoba remédie à la situation. Depuis septembre, un nouveau programme de baccalauréat en service social permet de former une relève francophone. C’est le premier du genre dans la province.
Plusieurs mouvements corroborent ce besoin. Avec le vieillissement de la population et l’augmentation des populations autochtones et immigrante francophones dans la province, il existe une pénurie de travailleurs sociaux francophones ou bilingues.
« Ces personnes ne parlent pas nécessairement en anglais », reconnaît la coordonnatrice du programme de baccalauréat en service social au CUSB, Lucie Corriveau. « Ce n’est pas comme la plupart des Franco-Manitobains qui peuvent s’exprimer en anglais. Mais pour reprendre une citation de Jocelyne Lafournaise, "offrir des services, c’est plus que donner des services dans une langue, c’est aussi donner des services dans une culture". »
D’une durée de quatre ans, le programme mise sur trois grands champs d’études déterminés selon les principaux besoins de la communauté francophone : la santé, la famille et la diversité. À ces domaines, s’ajoute le counseling. Le programme accueillera de 12 à 15 étudiants par année qui termineront la première année de formation générale (Université 1).
« Notre programme est ensuite construit en trois années en service social », explique Lucie Corriveau. « Il y a des cours de fondement et des cours d’analyse de la politique du bien-être social. Les étudiants suivent aussi des stages pratiques en troisième et quatrième années de la formation. La moitié des crédits est orientée vers la pratique. »
Le programme est issu d’une collaboration entre l’Université du Manitoba et le CUSB. Déjà offert en anglais dans la province, le programme du CUSB est adapté à la réalité francophone. Il détient aussi l’agrément national de l’Association canadienne des écoles de service social.
« C’est un programme solide, qui est déjà expérimenté », avance Lucie Corriveau. « Les bases sont déjà là et je continue à travailler en étroite collaboration avec les membres de la faculté de travail social de l’Université du Manitoba. »
Le taux de placement des diplômés est également élevé. Il se chiffrait à 80% en 2001. Les possibilités de carrières ne manquent pas pour les futurs diplômés, autant dans les réseaux institutionnels que communautaires. Il y a une demande notamment dans les milieux de la protection de l’enfance et de la jeunesse (child welfare system), de la santé, du counseling, de la santé mentale, des écoles de gérontologie et de la justice criminelle et correctionnelle.
Au Manitoba, comme dans d’autres provinces, il existe peu d’emplois offerts dans un environnement uniquement francophone. Bien que la formation soit offerte en français, les étudiants doivent avoir une bonne maîtrise de l’anglais.
« Beaucoup d’écrits de référence sont en anglais », indique Lucie Corriveau. « Il faut développer notre bibliothèque francophone manitobaine, parce qu’on a des documents de France ou du Québec, mais ça ne correspond pas nécessairement à la réalité manitobaine. Nos étudiants doivent être en mesure de comprendre les documents et travailler dans un milieu bilingue. On va s’assurer autant que possible que la promotion du français soit faite de différentes façons. Offrir le programme en français est déjà un beau témoignage à la francophonie. »
Editeur : Association de la presse francophone
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