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Janvier 2005


Louise Richer. Photo de Sophie-Frédérique Côté

École nationale de l'humour
Ce n'est pas une blague

Par : Danika Landry
Editeur : Association de la presse francophone

À dix-sept ans, diplôme d’études secondaires en main, plusieurs étudiants décident de quitter le nid familial pour emménager dans leur premier appartement. À l’aube de ses dix-huit ans, l’École nationale de l’humour (ÉNH), située à Montréal, leur emboîte le pas. C’est entre de nouveaux murs que les élèves explorent, depuis septembre 2004, les programmes révisés de Techniques de création humoristique et de Techniques d’écriture humoristique.

L’ÉNH est née en 1988 de l’initiative de Juste pour rire. On a confié le mandat à Louise Richer, sa présente directrice pédagogique, de mettre sur pied une institution où l’on puisse étudier l’humour, alors qu’elle prenait part à l’organisation de soirées humoristiques de l’époque. «En marinant dans ce contexte-là, où les jeunes venaient passer des auditions, on était à même de constater à quel point aucune ressource ne s’offrait aux jeunes humoristes, d’où l’idée de créer un centre de formation», se souvient la psychologue de formation.

L’ÉNH s’est dissociée de Juste pour rire en 1993, quelque mois après avoir obtenu son accréditation du ministère de l’Éducation du Québec. Une attestation d’études collégiales (AEC) certifie que les apprenants ont mené à bien une des deux formations de l’ÉNH. Puisqu’il s’agit d’une formation axée sur la pratique, cette reconnaissance ne donne pas un accès direct aux études universitaires, au Québec.

Il faut être âgé de dix-huit ans et détenir un diplôme d’études secondaires pour suivre une formation à l’ÉNH. Les candidats aux Techniques de création humoristique doivent participer aux auditions de l’institution. Quant aux futurs écrivains, ils ont à soumettre des textes comiques pour participer au processus de sélection. Puisque l’ÉNH est une école privée, les droits de scolarité sont plus élevés que dans la plupart des collèges et universités du Québec. On parle de 7 000 $ pour trois sessions.

L’ÉNH vue par des anciens…
Pour Laurent Paquin, étudier l’humour a été la meilleure décision de sa vie. Après trois ans d’études collégiales en communication et un début de formation universitaire en science politique, il savait qu’il faisait fausse route. «Je n’étais pas certain que je voulais rester longtemps aux études. J’avais notamment le goût de faire de la radio.»

Celui qui a animé la plus récente émission estivale de la télévision d’État, Une émission couleur de Radio-Canada, a entamé sa formation en Techniques de création humoristique à l’automne 1994. Ce programme s’échelonnait sur trois sessions : deux en classe et une en tournée.

Depuis, la formation a été prolongée d’une session. «Par exemple, au lieu d’avoir un cours d’interprétation, il y en a deux, explique Louise Richer. On ajoute des objectifs aussi dans la formation. Je me plais à décrire l’humoriste comme un chroniqueur de son temps. Alors s’il veut avoir un regard sur son monde environnant, il doit avoir des notions pour le comprendre.»

Les futurs humoristes doivent maintenant réussir un cours de 25 heures de science politique. Ensuite on explore l’humour politique, afin de franchir le pont entre la théorie et la pratique. Des cours d’écriture et de jeu s’inscrivent également au programme, puisque l’humoriste est auteur et interprète aux yeux de l’ÉNH.

Mais Laurent Paquin considère avoir surtout acquis une méthode de travail. «On apprend à analyser notre travail, à nous détacher de notre texte, à distinguer ce qui est drôle de ce qui ne l’est pas. Il faut inventer à partir de rien. Je n’étais pas habitué à ça. En communication, je n’avais pas à inventer, je devais rapporter.»

Nouvellement diplômé de l’ÉNH, Cédric Audet a plutôt opté pour la formation de trois sessions en Techniques d’écriture humoristique. Il a notamment exploré la composition pour la scène, la radio, les comédies de situation, ainsi que pour l’imprimé. «Ça ne m’intéressait pas de devenir humoriste. Ce que j’aime, c’est écrire, parce que tu peux toucher à plusieurs styles», explique celui qui a ensuite effectué un stage en publicité chez le Groupe Cossette Communication.

L’École nationale de l’humour n’est pas seulement une pépinière d’humoristes et d’auteurs québécois. L’Est ontarien, par exemple, a profité de cette formation, puisque deux de ses citoyens sont en train de percer : Julien Tremblay de Hawkesbury et Jean-Christian Thibodeau d’Ottawa.

Les deux ex-étudiants ont apprécié que leurs professeurs soient des artistes du milieu. Selon Laurent Paquin, «en humour, il faut être à jour [c’est-à-dire au goût du jour]. On ne peut pas se permettre de faire de l’humour dépassé. Puis mine de rien, c’est des contacts que l’on fait [lie, établit, alimente, entretient]…». Opinion que partage Cédric Audet. «Ça a de bons côtés de se faire dire comment ça marche dans le milieu. Ça peut par contre en décourager certains…»

Selon ce dernier, l’emploi du temps divers des professeurs apporte certains points négatifs. «S’ils travaillent trop [à l’extérieur de l’ÉNH], ils n’ont pas toujours le temps de corriger nos travaux. On va avoir un retour, mais ça risque d’être plus long.»

Malgré cette réalité, les futurs humoristes doivent nécessairement faire preuve de créativité pour impressionner et, ultimement… faire rire.


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