Le 12 septembre 2005
Volume VIII
Numéro 18
Bébés livrés à domicile
Par : Cécile Lepage
Editeur : L'Express du Pacifique
De plus en plus de femmes optent pour accoucher à la maison afin d’éviter ce qu’elles considèrent comme le traumatisme des établissements médicaux. Cécile Lepage nous parle de ce choix et ses répercussions.
Dans les pays industrialisés, les naissances sont devenues la prérogative des obstétriciens et des hôpitaux. Cependant, l’accouchement à domicile demeure une option vers laquelle de plus en plus de femmes se tournent.
«J’ai été traumatisée par mon accouchement, non pas par la douleur de l’enfantement, mais par les gestes accomplis par l’équipe médicale et la liberté que ces personnes ont pris avec mon corps et celui de mon enfant. En effet, mon souhait d’un accouchement naturel n’a pas été respecté. Outre l’absence d’accompagnement physiologique, j’ai subi un certain nombre de gestes iatrogènes [qui sont provoqués par le médecin, ndlr] : touchers vaginaux répétés, rupture artificielle des membranes, injections d’ocytocine, position gynécologique avec étriers pendant le travail, sondage de la vessie, poussée dirigée dès diagnostic de dilatation complète. Tous ces gestes m’ont conduite à demander une péridurale, alors que je ne la souhaitais pas initialement et qu’aucun autre moyen de soulager la douleur supplémentaire occasionnée par ces pratiques ne m’a été proposé. Tout ceci a entraîné l’extraction de mon enfant par forceps, d’où une épisiotomie qui se rappelle à mon bon souvenir à chaque rapport amoureux, et sous une péridurale tellement forte que j’ai été privée des sensations de la naissance de mon enfant, ce qui m’a extrêmement déçue. » Ce passage est extrait d’une missive adressée en mai 2004 à la maternité d’un hôpital de la ville de Grenoble en France… Combien de parturientes, de nos jours, passent par ce type de déconvenue dans les hôpitaux ?
Pour éviter ce genre de mésaventure, certaines choisissent d’accoucher à domicile. « J’ai fait ce choix parce que, d’après ce que j’ai lu, c’est une façon très sûre d’enfanter quand on est en bonne santé, explique Dominique qui a mis au monde son deuxième enfant chez elle, le 25 août dernier. Les contractions ont commencé vers minuit, j’ai appelé ma mère et mon assistante de naissance, et le bébé est arrivé à 4 heures du matin. Mon aînée a observé la scène avec mon mari, tous deux installés sur le canapé. Elle n’avait pas du tout peur. »
Selon Gloria Lemay, l’assistante à laquelle Dominique a fait appel, le foyer est l’endroit le plus fiable pour mettre au monde un nouveau-né : il n’y a pas de bactéries que le corps ne connaît pas, les risques d’erreurs de médicalisation sont inexistants et les lieux sont familiers. Prosaïque, Mme Lemay résume ainsi son avis : « Quand on souhaite déféquer, l’endroit le plus confortable, c’est chez soi. L’accouchement est une autre fonction d’élimination de notre organisme, quand on y pense ! ».
Césariennes en hausse
Gloria Lemay exerce son métier depuis 29 ans. Elle a assisté à quelque 1 100 naissances ! Elle estime qu’aujourd’hui, en Colombie-Britannique, environ 1 000 naissances par an ont lieu à domicile. Un nombre croissant depuis les années 90 et leurs 300 accouchements à la maison par an. Certes, mais c’est faible en regard des 40 000 nouveau-nés annuels. Ce timide essor est sans doute dû à la régularisation de la profession de sage-femme dans la province en 1998. Gloria Lemay, néanmoins, a choisi de ne pas s’inscrire au registre des sages-femmes, d’où l’appellation inusitée de sa profession d’assistante de naissance (birth attendant). Ce refus signale son hostilité envers le milieu hospitalier. « Les hôpitaux sont gérés de façon à perdre le moins de temps possible, désapprouve-t-elle. Le personnel cherche donc à accélérer les accouchements. On donne des hormones à la mère, les contractions s’intensifient et le bébé reçoit moins d’oxygène. Cela le met en détresse, ce qui justifie une intervention d’urgence telle qu’une césarienne… On appelle cela la cascade d’effets, où toute intervention en entraîne une autre. »
Le taux de césariennes pratiquées lors des accouchements en Colombie-Britannique est en constante augmentation. Il est aujourd’hui de 25 %. Cependant, le Dr Robert Liston, chef du département d’obstétrique et de gynécologie à UBC, a une analyse différente de la situation : « Le personnel hospitalier ne précipite plus les accouchements. Cette pratique remonte aux années 80. Nous avons mené une étude pour comprendre les raisons de l’augmentation de césariennes et il est apparu que les obstétriciens n’intervenaient pas en avance, au contraire. Les facteurs qui expliquent ce taux croissant de césariennes sont l’âge de plus en plus élevé des femmes enceintes et surtout de celles qui attendent leur premier enfant, le fait que les femmes sont de plus en plus fortes et donc que leurs bébés le sont aussi, l’usage répandu de la péridurale et l’intolérance à la douleur de plus en plus fréquente », soutient-il.
Le Dr Liston convient que les accouchements à domicile se déroulent bien dans les cas où la mère et l’enfant sont en bonne santé, mais il affirme que certaines complications comme les hémorragies sont imprévisibles. Rares sont les médecins qui encouragent ce choix. « Ils ne veulent pas être privés de ce travail, le seul réjouissant dans les hôpitaux ! », commente Gloria Lemay, malicieuse.
Accouchement sous hypnose
Tout le monde s’accorde cependant à dire que l’anxiété amplifie sensiblement la douleur. Les tensions qui en résultent empêchent l’utérus de se contracter et de se détendre librement. Être informé de ce qui se passe physiologiquement pendant une naissance est un premier pas vers l’éradication de la peur. Des méthodes alternatives ont aussi été développées afin de favoriser la détente de la femme pendant l’accouchement. Ainsi, beaucoup de naissances à domicile se font dans l’eau : pendant le travail, la femme est installée dans une piscine gonflable remplie d’eau chaude, un analgésique naturel. Depuis 3 ans, Coastal Academy enseigne aux couples la méthode HypnoBirthing, une technique de respiration et d’hypnose, qui « permet de garder la mère dans un état profond de relaxation pendant l’accouchement afin de ne jamais laisser la peur s’installer », explique Leslie McIntosh de Coastal Academy.
Les futures mamans ont aussi recours à l’acupuncture ou au yoga prénatal, le but étant souvent de rendre la naissance la plus naturelle – et, par la même occasion – la moins douloureuse possible.
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