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Le 9 janvier 2006
Volume VIII Numéro 33

Cellules souches : des avancées importantes sur fond de controverse

Par : Jacky Goetz
Editeur : L'Express du Pacifique

Dans sa chronique, Jacky Goetz trai­te de la récente controverse autour de découvertes frauduleuses en clonage thérapeutique, qui secoue le monde scientifique.

Une polémique de grande envergure ciblant le prodige coréen, le professeur Hwang Woo-Suk, secoue actuellement le monde scientifique. Ses travaux sur le clonage thérapeutique, pré­sentés comme révolutionnaires plus tôt cette année, seraient entachés d’erreurs scientifiques, s’ajoutant à des fautes éthiques concernant certains aspects de son étude. Dans le même temps, une équipe californienne annonce avoir été capable de transplanter des cellules souches hu­maines dans des cerveaux d’embryons de souris, révélant le potentiel extraordinaire de trans­formation de ces cellules.

Quand le professeur sud-coréen Hwang Woo-Suk annonçait, au travers d’un article publié dans
la prestigieuse revue scientifique Science, le 19 mai 2005 (voir aussi l’article Clonage humain : état des lieux dans L’Express du Pacifique du lundi 20 juin 2005), avoir créé par clonage onze embryons humains et extrait onze colonies de cellules souches embryonnaires, la communauté scientifique internationale salua ce tour de force faisant du prodige coréen une idole nationale dans son pays et un candidat sérieux au futur prix Nobel de médecine et de physiologie. Depuis, un scandale éthique ainsi que des doutes quant à la validité des résultats publiés n’en finissent pas de le faire tomber de son piédestal, entraînant à la fois sa démission du consortium international sur les cellules souches humaines dont il assumait la direction, la fermeture de son laboratoire en Corée, le retrait de l’article des archives de Science et la création d’une commission d’enquête sud-coréenne destinée à vérifier la validité de ses résultats.

Gerald Schatten, un ancien collaborateur de Hwang Woo-Suk, est à l’origine de la controverse. Alors que le scientifique coréen jouit de sa notoriété grandissante, ce professeur de l’Université de Pittsburgh et collègue fidèle annonce le 13 novembre 2005 vouloir cesser toute collaboration avec lui, l’accusant d’avoir obtenu les ovocytes utilisés dans l’étude de collaboratrices rémunérées. Ce manquement à l’éthique, qui a ensuite été avoué par le Coréen, fait suite à une première accusation datant de mai 2004, lorsque la revue scientifique Nature indiquait que deux de ses collaboratrices figuraient parmi les donneuses des ovocytes utilisés dans ses premières études sur le clonage thérapeutique.

J’ai personnellement palpé cette atmosphère de controverse en assistant à la conférence annuelle de Biologie Cellulaire qui s’est tenue à San Francisco du 9 au 14 décembre. Un mini-symposium sur les cellules souches y avait été organisé par Gerald Schatten, mettant en vedette le professeur coréen. L’excitation qui m’animait la journée précédant l’événement a rapidement cédé la place à la tristesse de voir que ni son organisateur, ni le pionnier coréen n’étaient présents à celui-ci.

À mon retour de San Francisco, j’ai pu constater que les évènements s’étaient précipités et que neuf des lignées cellulaires créées par Hwang Woo-Suk avaient été déclarées fausses et les deux autres douteuses. Au cours d’une conférence de presse tenue le 16 décembre, celui-ci défendait cependant l’authenticité de ses résultats, reconnaissant que six de ces lignées avaient été contaminées par des germes bactériens ou mycoplasmes bien avant la publication officielle de l’article. Selon Marc Peschanski, spécialiste français dans le domaine et interrogé par le journal Le Monde (20 décembre 2005), le scientifique aurait mal négocié sa médiatisation, et la pression résultante l’aurait poussé à ne pas annoncer cette contamination, constituant plus une faute qu’une fraude. Les enquêteurs scientifiques désignés par l’Université de Séoul et chargés de vérifier la validité des résultats détermineront si le professeur coréen est véritablement un « maître fraudeur ». Les résultats d’un premier rapport tendent malheureusement à démontrer qu’une grande partie des résultats annoncés auraient été falsifiés.

Des cellules souches se transforment en neurones

Alors que la controverse fait rage, des scientifiques américains ont récemment publié dans la revue scientifique Proceedings of the National Academy of Sciences une étude démontrant le potentiel extraordinaire des cellules souches. Celles-ci, qualifiées de « pluripotentes », sont théoriquement capables de se transformer – ou se différencier – en tout type cellulaire de notre organisme et pourraient idéalement permettre de recréer un organe entier.

Utilisant une lignée de cellules souches humaines couramment uti­lisées dans les laboratoires et dont les capacités de différentiation en neurones ont été établies, 100 000 de ces cellules ont été transplantées dans le cerveau d’embryons de souris âgés de 14 jours. Les résultats sont surprenants : non seulement les cellules souches humaines survivent dans le cerveau des souris, mais elles acquièrent également les propriétés morphologiques et fonc­tionnelles de neurones de sou­ris, prouvant une fois de plus leur po­ten­tiel de dif­fé­ren­tia­tion. Enfin, le document montre que les cellules souches implantées se retrouvent non seulement à l’endroit même de l’injection, mais aussi dans d’autres structures du cerveau telles que le cortex, le thalamus, l’hippocampe ou le cervelet, dé­montrant qu’elles acquièrent des capacités migratoires nécessaires au développement cérébral.

Cette étude vient confirmer de précédents résultats sur la différentiation de cellules souches humaines en neurones dans le cerveau de fœtus de singes. Elle ouvre une brèche pour l’utilisation de cellules souches dans la régénération de tissus défectueux que l’on retrouve dans la maladie de Parkinson ou le diabète. Plus encore, elle pourrait permettre la création de modèles permettant d’étudier le développement neuronal in vivo dans un contexte de maladie neurodégénérative comme la maladie d’Alzheimer et autres maladies psychiatriques, mais pourrait également servir à l’évaluation de nombreux composés thérapeutiques.

Encore faut-il espérer que la controverse Hwang Woo-Suk, qui risque de servir tous ceux opposés au clonage thérapeutique, ne vienne pas enrayer les progrès de la recherche sur les cellules souches.



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