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Le 6 mars 2006
Volume VIII Numéro 37

Le Drive s’affiche équitable

Par : Cécile Lepage
Editeur : L'Express du Pacifique

Sur Commercial Drive à Vancouver, le commerce équi­table est en plein boom. Cécile Lepage revient sur cette approche des affaires qui fait rimer consommation et engagement citoyen.

Des riverains et des commer­çants de Commercial Drive se mobi­lisent pour faire de leur quar­tier la vitrine du commerce équitable en Amérique du Nord.

« Fair trade drive » clame fière­ment une ribambelle d’auto­collants qui ornent désor­mais certaines vitrines de Commercial Drive. Ce slogan est celui d’une campagne de mobili­sation lancée en mai 2005 à l’oc­casion de la quinzaine du commer­ce équitable. Elle vise à instituer les abords de la rue Commercial en zone de commerce équitable, ce qui serait une première en Amérique du Nord.

« Café, thé, sucre, chocolat, ba­nanes, artisanat et fleurs… Il y a une diversité et une concentration remarquables de marchandises équitables en vente dans cette rue, c’est vraiment inhabituel pour un mouvement qui émerge à peine au Canada », observe Sean Osborne, le directeur de Fair Trade Chocolate Company et l’instigateur de la campagne.

L’idée de créer une telle zone à Vancouver s’est imposée à Sean alors qu’il montait sa propre entreprise en 2004 : l’une de ses collaboratrices avait justement par­­ti­cipé en 2000 à la proclamation de Garstang au Royaume-Uni, la première ville équitable du monde. Il était donc naturel de transposer l’initiative sur la Côte Ouest, 17 boutiques installées sur Commercial Drive vendant déjà au moins un produit issu du commerce équitable. Sur les 80 négo­ciants sondés sur le concept, 78 % se sont prononcés en sa faveur. Faute de moyens cependant, l’as­so­ciation n’a pu consulter qu’un tiers à peine des quelque 300 ma­gasins du quartier.

« Quand nous avons fait notre porte-à-porte, nous voulions sur­tout sensibiliser les commerçants à cette alternative au néolibéra­lis­me, explique M. Osborne. Nous ne prétendons pas du tout nous immiscer dans leurs affaires ! Mais il s’agit simplement de leur pré­sen­­ter cette option pour qu’ils puissent faire un choix informé. »

Bien entendu, tous n’ont pas vocation à commercialiser de la nourriture mais même les com­merces qui ne sont pas de bouche peuvent soutenir le mouvement en achetant pour leurs employés du café ou du thé équitable. Il ne reste plus qu’à convaincre le conseil municipal de déclarer offi­ciel­lement Commercial Drive zone de commerce équitable… et le tour sera joué !

Retard américain

En attendant de formuler cette demande, l’association Fair Trade Drive continue de promouvoir l’idée et la faisabilité d’un commerce juste. Le principe, mis au point dans les années 60 au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, en est simple : il s’agit de garantir aux petits producteurs de matières pre­mières des pays du Sud une rémunération décente pour leurs marchandises. Ce sys­tème est su­­pervisé par un orga­nisme international, FLO (Fair Trade Labelling Organizations International), qui certifie que les producteurs res­pectent leur cahier des charges. Dans chaque pays occidental, des organismes nationaux, tel Transfair au Canada, prennent le relais : ils distribuent les licences aux importateurs et apposent leur logo sur les aliments commercialisés. Il existe aujourd’hui 151 détenteurs de licence au Canada et les ventes de produits équitables ne cessent de grimper. Transfair avance que celles-ci représenteraient plus de 45 millions $ de chiffre d’affai­res pour l’année 2005 ! Malgré tout, ces résultats sont dérisoires face à l’engouement que connaît le commerce équitable en Europe.

« Le commerce équi­table a pris son essor plus tard en Amérique du Nord, reconnaît Chantal Havard, responsable des commu­nications de Transfair. Nous avons reçu moins de soutien financier de la part de notre gou­vernement. Et cela ne fait qu’un an ou deux que les produits équi­tables sont présents en grande surface. Mais plus il y a une demande de la part des consom­mateurs, plus les distributeurs se tournent vers ces produits. »

Aujourd’hui, neuf types de den­­rées sont accessibles sur le mar­ché canadien : le café, le thé, le sucre, le cacao, le riz, la quinoa, des fruits tels que les bananes et les mangues, et des fleurs et des ballons de sport – exception à la règle alimentaire. Le coton et les épices devraient suivre prochai­nement.

« Voter avec son argent »

La vogue du commerce équi­table ne fait cependant pas l’una­­nimité. Ses détracteurs souli­gnent son efficacité réduite pour réfor­mer les déséquilibres des échanges internationaux. Tel n’est pas l’avis de Bruce Macdonald, l’un des mem­bres de Fair Trade Drive : « Les esprits progressistes ont perdu beaucoup de terrain depuis les années 60. Voter ne signifie plus rien, les manifestations n’ont plus d’impact. Il ne reste plus qu’un seul moyen d’action pour les gens ordinaires qui, comme moi, veu­lent rendre le monde plus juste : celui de voter avec leur argent. C’est le seul langage que l’Orga­nisation Mondiale du Commerce comprenne ! »
Rien de plus aisé que de con­sommer équitable, il suffit de s’as­surer que le produit acheté est estampillé du logo de Transfair Canada. Et de consommateur, vous serez devenu « consomm’ac­teur » !



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