Le 20 mars 2006
Volume VIII
Numéro 38
La violence mise en échec
Par : Raphaël Perdriau
Editeur : L'Express du Pacifique
À Nanaimo, finies les bagarres à l’entraînement : l’équipe mineure de hockey s’est dotée d’un code anti-violence. Raphaël Perdriau s’est entretenu avec l’instigateur du projet, un avocat soucieux de la sécurité des jeunes joueurs.
À la patinoire des Clippers mineurs, on entend désormais les pucks voler.
Todd Bertuzzi aurait filé doux s’il avait grandi à Nanaimo en ce début de siècle. Depuis deux ans et demi, l’organisation de hockey mineur de la ville fait appliquer un code de tolérance zéro pour la violence sur et en dehors de la glace. Une initiative qui vise à débarrasser le club des comportements irrespectueux ayant cours dans le sport national et dont le joueur des Canucks de Vancouver, réputé pour son agressivité en match, est devenu le symbole.
« J’en avais assez d’avoir à traiter de cas de pénalités de combat et d’abus à l’arbitre », raconte Chuck Blanaru, qui a introduit le code en septembre 2003 alors qu’il était président de cet organisme. « Le code vise à apprendre de manière éducative aux enfants que la violence n’est pas acceptable au hockey, et à fixer une limite entre une conduite acceptable et une conduite inacceptable, poursuit l’instigateur du projet. Les jeunes hockeyeurs de Nanaimo devraient pouvoir jouer en sécurité tout en restant compétitifs. »
À chaque début de saison, l’Organisation de hockey mineur de Nanaimo remet le code de bonne conduite à ses quelque 800 joueurs, âgés de 4 à 19 ans, ainsi qu’aux entraîneurs et aux parents. Ce code stipule notamment que les hockeyeurs doivent se comporter avec respect envers l’arbitre, faire attention à la sécurité de leur adversaire et se contrôler sur la glace. Le code des entraîneurs souligne en outre que ceux-ci ne doivent ni tolérer de violence entre les joueurs, ni se montrer hostiles envers d’autres personnes dans la patinoire. Similaire à celui des entraîneurs, le code des parents oblige ces derniers à quitter l’aréna en cas de comportement déplacé. Chuck Blanaru estime que l’agressivité est avant tout le fait des adultes.
« Certains parents vivent à travers leurs enfants : les accomplissements et les échecs de ces derniers sont leurs accomplissements et leurs échecs, affirme-t-il. Ils en viennent à perdre toute perspective, oubliant que le hockey est un jeu dans lequel les jeunes sont supposés s’amuser ! Prenez un garçon grand et costaud pour son âge : beaucoup de parents et d’entraîneurs l’encourageront à être un joueur agressif contre ses adversaires. »
Tous doivent donc accepter d’adhérer au code afin de recevoir leur jersey de l’équipe. Pour Chuck Blanaru, l’efficacité du code réside cependant dans les conséquences qu’il entraîne pour ceux qui l’enfreignent. « C’est bien beau d’avoir un code, encore faut-il qu’il y ait un suivi pour le faire appliquer, souligne-t-il. Le club envoie une lettre à tout joueur, entraîneur ou parent qui se montre irrespectueux ou violent, lui exigeant de fournir une réponse écrite pour expliquer ses actes. Nous pouvons aussi convoquer une personne pour un entretien après plusieurs incidents. Tout acte violent ou irrespectueux est réprimandé et peut entraîner la suspension de son auteur. Le code veut apprendre aux enfants que ce genre de comportement n’est pas quelque chose qui arrive simplement sur la glace et qui est oublié le lendemain, mais qu’il est passible de réprimande quelques semaines plus tard, afin de leur rappeler qu’ils sont responsables de leurs actions. »
Rétention des arbitres
Depuis la mise en application du code, un jeune a été renvoyé pour mauvaise conduite aux dires de M. Blanaru. L’ancien président du club souligne que la majorité des réponses écrites sont des mots d’excuse et que leur nombre a sensiblement diminué au cours des années, un signe selon lui que l’initiative porte déjà ses fruits : « Nous avons remarqué que les joueurs les plus âgés sont aussi les plus résistants aux changements que le code introduit dans leur pratique du hockey, parce qu’ils sont habitués à un autre mode de jeu. En revanche, les plus jeunes grandissent avec le code et ils le comprennent : l’éducation a bien lieu ». Il ajoute avec fierté : « Dans nos patinoires, vous n’entendrez jamais un parent vociférer ».
Selon Chuck Blanaru, un bénéfice indirect important de cette initiative est la rétention des arbitres au sein du club. « Au Canada, dans les organisations de hockey amateur, la moitié des arbitres quittent leur fonction chaque année à cause de la violence dont ils font l’objet. Nous, nous gardons dorénavant nos arbitres car les cas d’abus envers leur personne ont beaucoup diminué », se félicite-t-il pour conclure.
Un fair-play digne d’une future province olympique comme la nôtre !
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