L'Express du Pacifique



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Le 20 mars 2006
Volume VIII Numéro 38

Hommage aux femmes disparues

Cécile Lepage

Une exposition actuellement à la galerie Gachet de Vancouver rend hommage aux Mexicaines assassinées de la ville de Juarez. Cécile Lepage fait le rapprochement avec le drame des femmes disparues du Downtown Eastside.

La Journée internationale de la femme, le 8 mars, est l’occasion de se réjouir de l’avancée des droits des femmes dans le monde mais aussi de protester contre les injustices qui perdurent. Le scandale des femmes disparues de Ciudad Juarez au Mexique en est un, relaté actuellement à la galerie Gachet.

De modestes coupes de terre cuite sont alignées pour former une spirale. Irma, Fabiola, Miriam, Erika… Chaque récipient porte le prénom d’une femme, quoique certains soient frappés du terme « desconocida » qui signifie « inconnue » en espagnol. En tout, ce sont quelque 300 vases qui se déploient dans l’espace d’exposition de la galerie Gachet, soit un pour chaque corps de femme assassinée retrouvé ces dernières années dans les environs de la ville de Ciudad Juarez, au Mexique.

L’artiste montréalaise d’origine colombienne Claudia Bernal a consulté un à un les rapports de la police locale qui consignent ces découvertes… Dans son installation, chaque vase, qui évoque une urne funéraire précolombienne, est dédicacé à l’une des victimes, identifiée ou non. En périphérie, sont érigées deux croix, hautes et graciles, maintenues par un amoncellement de pierres, comme celles qui signalent les tombes en Amérique latine. Au-dessus, l’artiste a suspendu un drap blanc, un linceul, qui sert aussi d’écran à la projection d’une vidéo réalisée à Ciudad Juarez même. On y voit défiler les rues de cette ville frontalière avec les États-Unis, pendant d’El Paso au Texas, le désert, le regard sombre d’une enfant…

« Je voulais offrir un enterre­ment symbolique à ces femmes », explique Claudia Bernal, qui a rencontré plusieurs mères de victimes.

Au cours des entretiens, l’artiste a été frappée par le désespoir de ces femmes souvent encore plongées dans l’incertitude ou qui refusent d’accepter l’inacceptable. Lors de ses performances, l’artiste interdisciplinaire, en habits de deuil, dépose sur chaque urne une tortilla, symbole de la dépouille de ces jeunes martyres. Un hommage simple, éphémère, apaisant, donné pour la première fois le 8 mars 2002 sur la place centrale de la capitale mexicaine, le Zocalo.

« Les gens se sont appropriés l’œuvre, se rappelle Claudia, émue. Ils ont fait des offrandes et ont déposé des bougies… Ils ne voulaient pas que l’œuvre soit désinstallée ! »

À Ciudad Juarez, en revanche, un mémorial en l’honneur des victimes n’a été dressé que très récemment. Et pourtant, voilà treize ans que les crimes, commis en toute impunité, ont commencé. Aujourd’hui, on recense plus de 400 femmes disparues. Les jeunes femmes enlevées, souvent d’origine modeste, sont d’abord séquestrées plusieurs jours avant d’être sauvagement assassinées. Les cadavres retrouvés, environ 300, portent les traces de terribles tortures : viols, mutilations, strangulation...

Faillite de la justice

Malgré quelques arrestations hâtives, le fait divers qui défraie la chronique est loin d’être élucidé. Diverses hypothèses ont été évoquées : œuvre de deux meurtriers en série, trafic d’organes, méfaits liés au narcotrafic, réseau de production de snuff movies – ces films réalité d’un sacrifice humain ? La justice piétine, peu pressée semble-t-il de résoudre ces meurtres.

C’est aussi cela le scandale de Ciudad Juarez : la faillite de la police et de la justice à protéger ses concitoyennes. Comment alors ne pas faire le rapprochement avec le scandale des femmes disparues du Downtown Eastside, ici même, à Vancouver ? L’installation de Claudia Bernal au cœur de ce quartier défavorisé résonne fort. Elle offre l’occasion de se recueillir sur les femmes maltraitées d’ici ou d’ailleurs.

Monument à Ciudad Juarez : seules celles qui meurent de mort violente vont directement à l’un des paradis, installation de Claudia Bernal à la galerie Gachet (88 rue Cordova Est à Vancouver) jusqu’au 2 avril.
Horaires : du mercredi au dimanche, de 12 h à 18 h.
Renseignements : (604) 687-2468 ou www.gachet.org

Editeur : L'Express du Pacifique


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