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Le 17 avril 2006
Volume IX Numéro 2

La loi et l’ordre, selon Stephen Harper

Par : Jean-François Bertrand
Editeur : L'Express du Pacifique

Le Premier ministre canadien fait les yeux doux au lobby policier en lui promettant d’adopter la ligne dure dans la lutte contre le crime. Jean-François Bertrand fait le point sur ce que les Conservateurs entendent par « loi et ordre ».

Le Premier ministre et le minis­tre de la Justice s’adressent à des policiers et leur disent exac­te­ment ce qu’ils veulent entendre.

Le Premier ministre et le ministre de la Justice sont intervenus lundi 3 avril, à l’ouverture d’une conférence de l’Association canadienne de la police professionnelle (ACPP). Dans un discours très bien reçu – l’auditoire était des plus réceptifs – Stephen Harper a réitéré sa volonté de prendre la ligne dure quant à la loi et l’ordre. Sans rien annoncer de nouveau, M. Harper a confirmé les engagements que le Parti conservateur a pris pendant la campagne électorale. Le Premier ministre a souligné que les criminels feront face à des sentences minimales dans le cas de crimes graves, que la « clause de la dernière chance » serait révoquée, que les libérations conditionnelles seraient méritées – et non plus accordées automatiquement –, qu’il y aura plus de policiers dans les rues, que le registre des armes à feu serait éliminé et que la marijuana ne sera pas décriminalisée. Le ministre de la Justice, Vic Toews, a ensuite expliqué en détails la position du gouvernement.

« Les Canadiens nous ont dit qu’ils voulaient que nous nous attaquions pour de vrai au problème de la criminalité. Ils veulent que l’on mette un terme à la violence liée aux gangs, aux armes à feu et aux drogues. Ils veulent des actions, pas d’autres belles paroles », a dit M. Harper, en français.

Le président de l’ACPP, Tony Cannavino, a déclaré à l’issue des discours qu’il était très heureux des messages qu’il avait entendus. « Des messages qu’ils nous ont tenus tout au long de la campagne électorale, c’est toujours bon à savoir que, l’élection terminée, ce message n’a pas changé », a dit celui qui représente 56 000 policiers canadiens.

Pour sa part, le ministre de la Justice considère que la situation est grave. « Des cas hautement visibles de crimes violents commis à l’aide d’armes à feu, dans tous les coins du pays, nous ont envoyé le message clair et tragique qu’il ne nous est pas possible de tenir la sécurité de nos citoyens pour acquise. Ce genre de crime armé existe dans notre pays, et le danger est bien réel. »

M. Toews a parlé d’une société qui ne tolère pas les actes violents, d’une société où il faut se protéger des criminels violents qui ne doivent pas être renvoyés dans la communauté pour y commettre d’autres crimes.

La centaine de policiers participant à la Conférence législative de l’ACPP, pour y orienter leur lobbying, ont applaudi le plus fortement lorsque M. Harper a déclaré qu’il abolirait la clause de la dernière chance. Cette dernière, adoptée en 1976, permet à ceux déclarés coupables de meurtre d’obtenir une libération conditionnelle après 15 ans de détention, même s’ils ont été condamnés à la prison à vie sans possibilité de libération avant 25 ans.

Les policiers appuient sans réserve la position des conservateurs en matière de justice pénale, à une exception près. M. Harper a dit vouloir éliminer le coûteux registre des armes à feu, et réinvestir ces économies dans l’embauche de nouveaux policiers. Comme l’explique le président de l’ACPP cependant, le registre des armes à feu est un outil d’enquête indispensable. Chaque jour, les policiers canadiens y font plus de 5 000 demandes de renseignements. De plus, le ministre de la Justice a souligné en point de presse qu’il ne sera pas facile d’abolir ce registre, établi pendant le gouvernement de Jean Chrétien.

« Le registre des armes à feu est un échec total, un gaspillage de l’argent des contribuables. Pour l’éliminer, il y a des règlements, qui sont du ressort de l’exécutif, mais également des dispositions législatives », a dit M. Toews.
C’est le Parlement qui devra prendre cette décision mais le ministre croit pouvoir obtenir assez d’appui à la Chambre des communes.

Non à la marijuana

En ce qui concerne le cannabis, les conservateurs n’ont pas du tout l’intention d’en décriminaliser la possession, comme les libéraux l’avaient proposé dans deux projets de loi, tous deux morts au feuilleton. « Si nous légalisons des drogues comme la marijuana, il sera plus facile pour nos enfants de s’en procurer. C’est pourquoi mon gouvernement s’oppose à la légalisation des drogues, en particulier à cause du tort qu’elles peuvent causer à nos villes et à nos communautés, par un accroissement à la dépendance et au crime », a dit le Premier ministre.

Mais pour Russell Barth et Christine Lowe, deux détenteurs d’un permis pour produire et consommer du cannabis pour raisons médicales, il ne faut pas adopter la ligne dure dans ce dossier. « J’applaudis les efforts de tous pour réduire l’utilisation des drogues et la criminalité dans notre société, mais la recherche et l’histoire démontrent que la prohibition est le pire moyen d’y arriver », a dit M. Barth, en conférence de presse.



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