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Le 17 avril 2006
Volume IX Numéro 2

Un opéra brûlant d’actualité

Par : René Brisebois
Editeur : L'Express du Pacifique

Près de 150 ans après sa création, Faust, l’opéra de Charles Gounod inspiré du texte de Goethe, reste d’actualité. René Brisebois nous raconte pourquoi cette œuvre sur le bien et le mal fascine encore les mélomanes..

Du 22 avril au 2 mai prochain, l’Opéra de Vancouver présente le Faust de Charles Gounod sous la direction du jeune et charismatique chef d’orchestre québécois Yannick Nézet-Séguin. Une œuvre dont le thème universel de la soif du pouvoir assure, aujourd’hui encore, la pérennité.

Nous connaissons tous la légende de Faust dont l’opéra de Charles Gounod s’inspire, racontant l’histoire de ce vieux savant qui, au crépuscule de sa vie, décide de vendre son âme au diable en échange de l’amour et de la jeunesse. Selon la petite histoire, c’est grâce à une femme que l’œuvre de Gounod existe. En effet, alors que celui-ci voulait se faire prêtre et organiste, Pauline Viardot, célèbre cantatrice et amie intime de l’écrivaine George Sand, fit tout pour convaincre le compositeur français de ne pas abandonner la musique de théâtre qui, semble-t-il, avait davantage besoin de lui que l’Église !

Il ne fait aucun doute que pour Gounod, croyant, la figure tentatrice de Méphistophélès n’est ni un symbole, ni un personnage emprunté à un folklore éculé, mais bien le mal incarné en personne, c’est-à-dire le diable lui-même. À trois ans du 150e anniversaire de sa création en 1859, qui en fit rapidement et pendant plus d’un demi-siècle l’opéra le plus populaire au monde, la production vancouveroise de l’œuvre nous offre donc l’occasion de nous interroger sur sa pertinence, du point de vue de notre époque. Curieusement, cet opéra eut encore plus de succès à l’étranger qu’en France, ce qui inspira au compositeur Debussy la fameuse formule que l’on retrouve dans son Monsieur Croche antidilettante, ouvrage publié en 1921 : « Nous aimons tant de choses en France que nous en aimons peu la musique », – formule qui fait curieusement écho au commentaire entendu récemment de la bouche d’un célèbre pianiste français, de passage ici pour un concert avec l’orchestre symphonique de Vancouver.

« Émouvoir ses contemporains »

Ainsi, les thèmes repris de l’œuvre de Goethe par Gounod, qui sont la tentation d’immortalité et la soif du pouvoir, de la gloire et de la richesse absolus, sont encore plus près de nous que des contemporains du compositeur. De même, la contrepartie de cette tentation – son prix à payer – se trouve au cœur du drame faustien : la destruction de ce que l’on aime le plus et finalement la perte de ce que l’on a de plus cher.

Aux yeux du compositeur Richard Wagner et des autres rares adversaires de l’opéra de Gounod du temps de sa création, l’air le plus fameux du Faust, celui des bijoux chanté par Marguerite au troisième acte – dont on retrouve d’ailleurs l’écho jusque dans le Tintin des Bijoux de la Castafiore – pourrait symboliser à lui seul toute la frivolité de l’œuvre. Il faudrait y voir, au contraire, la magnifique leçon de légèreté toute française qui parvient à nous rendre par la musique le rêve candide d’un être simple et pur s’imaginant échapper à sa condition.

Redonnons la parole au musicien et auteur du Prélude à l’après-midi d’un Faune qui, toujours dans son Monsieur Croche, après avoir pris le temps de saluer le nom du compositeur, prend celui de répondre de façon définitive aux dogmatiques d’alors – les Wagnériens, qui se demandent « pourquoi l’Opéra s’obstine à jouer Faust » : « Constatons encore que les raisons de durer dans la mémoire des hommes sont multiples et n’ont pas toujours besoin d’être considérables ; émouvoir une grande partie de ses contemporains est un des meilleurs moyens ».

Souhaitons que par ses thèmes immortels touchant à l’aventure humaine bien au-delà de toutes considérations théologiques, le Faust de Gounod saura encore nous troubler par sa magie. L’Opéra de Vancouver reprend ici la mise en scène raffinée, toute en couleurs, en grandeur, en perspective et en géométrie, d’une production moderne originale de l’Opéra de Cincinnati. Avec, dans les rôles principaux : le ténor Dario Schmunck (Faust), les barytons Peter Volpe (Méphistophélès) et Aaron St. Clair Nicholson (Valentin), ainsi que la soprano Erin Wall (Marguerite).


Faust de Charles Gounod, par l’Opéra de Vancouver, au Queen Elizabeth Theatre, les 22, 25, 27 et 29 avril, ainsi que le 2 mai 2006, à 19 h 30.
Info et billets : www.vancouveropera.ca.



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