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Le 1er mai 2006
Volume IX Numéro 3

Cobayes humains : attention danger !

Par : Daniel Hubert
Editeur : L'Express du Pacifique

Les essais de produits pharmaceutiques sur des cobayes humains se multiplient. Daniel Hubert nous fait découvrir les dessous parfois peu reluisants de cette industrie.

Les compagnies pharmaceutiques effectuent partout dans le monde des essais cliniques de médicaments avant commercialisation. Cette pratique peut tourner au tragique comme récemment à Londres.

Dans son roman The Constant Gardener, l’écrivain John le Carré raconte comment une entreprise pharmaceutique utilise des Kényans pauvres comme cobayes pour faire des essais de médicaments, tout en cachant les effets secondaires dangereux. Ce qui s’est passé à Londres le 13 mars ne tient pourtant pas de la fiction. Le laboratoire TeGenero AG voulant tester un médicament, le TGN 1412, en vue du traitement de certaines maladies de nature cancéreuse ou immunitaire, recrute huit volontaires, payés chacun environ 4 500 dollars. Au hasard, six d’entre eux reçoivent le médicament et les deux autres un placebo. Rapidement, les six cobayes placés sous TGN 1412 commencent à trembler et vomir, demandant de l’aide. Ils ont le sentiment d’exploser, de brûler. La peau change de couleur, comme le rapportent les deux personnes ayant reçu le placebo. L’un d’eux a la tête qui triple de volume. Transportés dans le service des soins intensifs à l’hôpital Northwick Park de Londres, le chef de ce service ne savait pas formuler un pronostic cinq jours après l’accident. Un mois après cet événement, un des volontaires est encore hospitalisé et tous présenteraient des séquelles.

En général, les compagnies pharmaceutiques procèdent par petites annonces pour recruter des volontaires. Les sélectionnés, après entretien et avertissement sur les risques, signent un contrat et reçoivent une indemnité. Dans les pays développés, ces cobayes sont souvent des étudiants en médecine en manque d’argent, des chômeurs, des immigrants sans permis de travail.

Depuis quelques années les essais cliniques se déplacent vers d’autres horizons, par exemple l’Afrique, les pays de l’ex-URSS, les pays émergeants comme l’Inde. À cela, il y a des raisons économiques : un cobaye ukrainien coûte moins cher qu’un Canadien par exemple. Il y également des raisons scientifiques. Un « bon » cobaye doit avoir consommé peu de médicament au moment de la sélection, afin de rendre des résultats plus probants. Ces personnes se trouvent en général dans les pays peu industrialisés. Mais d’autres raisons demeurent moins avouables. En effet, si un essai tourne mal dans un pays où les moyens d’information sont faibles, comme ceux cités ci-dessus, il y aura peu d’écho. Ainsi l’image de la compagnie effectuant les essais ne sera pas ternie dans les pays où celle-ci vend ses médicaments.

Protocole

Santé Canada a élaboré un protocole d’évaluation de l’innocuité et de l’efficacité des nouveaux médicaments avant la mise en vente au Canada. L’agent de Santé Canada précise que, dans un premier temps, la molécule active d’un médicament est testée sur des espèces animales différentes, des mammifères en général. Vient la phase des essais cliniques sur des humains adultes, volontaires et en bonne santé : le but est alors de vérifier la similitude des effets observés sur l’animal et de définir les doses. Dans un second temps, la molécule est appliquée à moyenne échelle à des malades pouvant en retirer un bénéfice direct. Puis la molécule est administrée à grande échelle. Au total, 10 à 15 % des molécules sont exploitables. Ainsi les essais cliniques représentent un coût important dans la mise au point d’un médicament.

Si des améliorations au niveau éthique ont été constatées, comme l’information sur les risques et la signature de contrat, il reste beaucoup à faire. Certains experts soulignent que la phase des essais cliniques sur des personnes en bonne santé pourrait être éliminée. En attendant, des questions demeurent : peut-on vraiment soutenir que des personnes isolées et peu éduquées ont conscience des risques pour leur propre santé ? Et qu’en est-il des effets secondaires à terme ?


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