Sur les pas de l’Afrique
Charlotte Renaud
La danse africaine ne cesse de gagner en popularité à Vancouver. Charlotte Renaud vous fait découvrir cette discipline envoûtante.
Lorsque nous évoquons les danses africaines, nous avons tous immédiatement en tête les images de ces danseurs rassemblés en cercle au centre du village. Parés de leurs tenues de fête, dos courbés et genoux fléchis, ils frappent le sol au son des tam-tams et se livrent à des gestuelles endiablées jusqu’à parfois entrer en transe. Tout cela semble bien loin de Vancouver... et pourtant ces danses suscitent aujourd’hui un fort engouement en Occident et font de plus en plus d’adeptes.
En Afrique, on apprend à danser comme on apprend à parler, et dans les paisibles villages aux cases rondes, la danse n’est pas une distraction mais un art sacré. Elle permet d’entrer en communication avec l’au-delà, dans le cadre des danses de transe, et de rétablir ainsi le contact avec les ancêtres et les divinités. Plusieurs ethnies attribuent aussi à la danse des vertus thérapeutiques. Mais elle joue surtout un rôle de régulateur social important.
« Quand il y a un conflit, on ne le règle pas par l’affrontement ou la discussion, mais en partageant une séance de danses, raconte Jacky Essombe, professeur de danse à Vancouver d’origine camerounaise. C’est déjà l’ouverture d’un processus de réconciliation, puisque chez nous on ne peut pas danser avec son ennemi. »
Les danses permettent de transmettre des messages aussi variés que l’annonce d’une naissance, le bilan de la dernière pêche ou la peine d’un villageois qui vient de perdre un proche. Le corps, en Afrique, est donc un moyen d’expression privilégié. Or, en Occident, depuis le début des années 1990, on redécouvre l’importance du corps. Il n’est plus seulement une composante de notre physionomie, mais le siège de nos émotions. Les cours de yoga et d’expression corporelle, destinés à laisser « parler » le corps, se multiplient… et la danse africaine n’est pas en reste ! Sortie du village, elle se vide de son contenu symbolique et devient un phénomène de mode. Cette discipline est enseignée de la même façon que les cours de danse classique ou de danse moderne : un professeur montre les mouvements, que les élèves répètent ensuite en phase avec la musique.
« J’ai commencé la danse africaine il y a quelque temps et j’adore, confie Cécile, une élève. C’est un moment qui me permet de laisser parler mon corps et de me vider complètement la tête. »
Car finalement, danser à l’africaine n’est pas si compliqué. La danse traditionnelle a en effet subi une mutation chorégraphique qui la rend accessible aux Occidentaux, souvent novices en la matière. Et à la différence de nos danses « occidentales », l’enseignement est beaucoup moins exigeant.
« Les gens pensent que les mouvements sont trop compliqués pour eux, explique Jacky Essombe. Mais en général, les cours ressemblent plus à des cours d’aérobic, qui sont adaptés à tous. En plus, en Afrique, parents, grands-parents et enfants dansent sur la même musique. On fait les mêmes pas, mais on les ajuste en fonction de nos capacités physiques. »
La danse africaine est donc ouverte aux deux sexes, à tous les âges et à toutes les morphologies. L’objectif n’est pas de réaliser des performances techniques, mais de se laisser aller, de suivre le rythme et surtout, de s’amuser. « Au début, les gens sont timides, puis ils se découvrent un sens du rythme qu’ils ne soupçonnaient pas, et alors tout le reste suit », continue la professeure. Joe, qui prend des cours de danse depuis deux mois, confirme : « Quand je danse, je parviens à me libérer du masque que je porte toute la journée, la sensation de liberté est incroyable. Ce que j’aime surtout, c’est que je peux danser ma peine comme je peux danser ma joie, sans avoir besoin de me justifier ».
Soirées africaines
Chose étrange, les Africains se font rares dans ces cours de danse. Pour Jacky, c’est une question d’ego : « Si tu vas prendre des cours de danse, c’est qu’a priori tu ne sais pas danser, or les Africains ne veulent pas être perçus comme ne sachant pas danser ».
Paul Mulangu, directeur du Centre d’intégration pour les immigrants africains, y voit quant à lui une raison plus terre à terre : « En Colombie-Britannique, l’accès aux cours est assez limité et souvent les gens n’ont pas les moyens de payer ces cours. En ce moment, un des seuls endroits où nous pouvons danser à Vancouver, c’est lors des soirées qui sont organisées à l’association Anza Club. Un DJ vient passer de la musique africaine et nous dansons jusque tard dans la nuit ».
Dans ces manifestations, les immigrés d’Afrique représentent plus de 70 % du public. L’initiateur de ces soirées, Marc Fournier, explique que celles-ci sont indispensables car elles permettent aux Africains de s’immerger au cœur de leur culture, que ce soit au son du mbalax sénégalais, du soukouss congolais ou du coupé décalé ivoirien. « Si les cultures noires ont toutes leurs particularités et leurs musiques spécifiques, la danse demeure l’un de leurs dénominateurs communs, qu’ils aiment partager », souligne pour sa part Paul Mulangu.
Alors, si vous rêvez de libérer le trop plein d’énergie qui est en vous ou que vous voulez laisser vos soucis de côté et découvrir les joies d’une autre culture, la danse africaine, formule cours ou soirée, c’est sûrement pour vous…
Soirées de danses africaines au Anza Club, tous les derniers samedis du mois.
Adresse : 3, 8e avenue Ouest à Vancouver.
Info : 604-876-7128 ou www.anzaclub.org
Editeur : L'Express du Pacifique
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