Le 8 mars 2002
La voix des victimes d’inégalités et de violence
Par : Frédéric Projean
Frédéric Projean
Editeur : Place aux femmes
Lorsqu’elle se fait la porte-parole des inégalités sociales, de la discrimination faite aux femmes et des préjugés qui entourent les mères monoparentales ou celles qui bénéficient de l’aide sociale, Kiera Denault ne parle pas à travers son chapeau : ces situations, elles les a vécu personnellement.
Cette étudiante en étude des femmes et en intervention sociale à l’Université d’Ottawa multiplie les efforts pour sortir les femmes de leur isolement, pour qu’elles soient entendues par la société.
En plus de participer aux différentes marches de femmes depuis sa tendre enfance, la jeune femme de 29 ans originaire d’Ottawa a organisé différentes activités, comme du théâtre populaire en prélude à la Marche mondiale des femmes, des ateliers divers destinés aux femmes à l’Université d’Ottawa et une vigile en mémoire aux victimes de la Polytechnique, en décembre dernier.
Même si ce sont des projets mobilisateurs, elle refuse qu’on lui colle le titre de
« rassembleuse ». « Il y en a d’autres qui en font beaucoup plus que moi. Je le fais avec les limites que j’ai, à titre d’étudiante à temps plein avec un enfant. »
En raison des idéaux de ses parents, Kiera Denault a été sensibilisé dès son jeune âge aux questions sociales. Elle souhaite d’ailleurs cette chance à tous les jeunes. « Je pense que ça devrait faire partie du curriculum scolaire, dit-elle. Il faut semer ces graines-là très jeune. »
À l’âge de 18 ans, la jeune femme n’avait pas envie de compléter ses études postsecondaires. Aventurière, elle a enfilé son sac à dos et est partie « voir autre chose. » C’est ainsi qu’elle a mis le cap sur la République Dominicaine, où elle a travaillé trois ans dans le domaine de l’hôtellerie, ainsi que sur l’Espagne, où elle a séjourné pendant une année.
En République Dominicaine, Kiera vivait dans une famille et elle a été à même de constater les conditions précaires des femmes et des enfants, ainsi que l’importance de la solidarité.
Revenue au pays pour mettre au monde sa fille maintenant âgée de 5 ans, la résidente d’Ottawa a mangé son pain noir, encaissant son chèque d’aide sociale pendant deux ans. Il y a quelques années, elle est retournée sur les bancs d’école parce qu’elle ressentait le besoin de comprendre, de décortiquer en profondeur toutes les questions qui touchent les problèmes que vivent les femmes et les enfants.
Même si elle souhaite évidemment un avenir meilleur pour sa fille, Kiera Denault continue de défendre ses convictions de justice et d’égalité d’abord et avant tout pour elle-même.
« Je veux que mon enfant vive dans les meilleures conditions, mais je le fais pour moi. Je vois encore des obstacles que je vais avoir à surmonter et que je vis. Je ne le fais pas nécessairement juste pour elle. »
Après l’obtention de son baccalauréat, en décembre prochain, elle songe à faire une maîtrise en science sociale. « Je n’ai pas de projet à long terme pour une carrière. C’est important que ma carrière ou mon emploi rejoignent ces convictions-là. »
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