Le 21 décembre 2005
Volume 92
Numéro 36
La Liberté
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| Vivre dans une remise. Brigitte Carrière et Louis Allain dans le nouveau « bureau » du directeur. En médaillon : sanitaires, ces toilettes ? |
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Saint-Laurent : à quand la nouvelle école?
Par : Daniel Bahuaud
Editeur : La Liberté
Les parents de Saint-Laurent qui attendent une nouvelle école depuis 1994 manifestent leur impatience. Avec raison? La Liberté s’est rendue sur place.
«Il est rendu extrêmement difficile de développer un projet éducatif francophone viable à Saint-Laurent, affirme le directeur de l’école communautaire Aurèle-Lemoine (ÉCAL), Louis Allain. Nous manquons d’espace, nos élèves baignent dans un milieu anglophone et nous sommes à la merci de la bonne volonté du propriétaire, la Saint-Laurent School de la Division scolaire Prairie Rose. Notre propriétaire est bon et très patient. N’empêche que la situation est rendue insoutenable. »
L’ÉCAL ne peut plus s’épanouir et offrir une programmation et des services pouvant répondre aux besoins des élèves et de la communauté. « C’est inquiétant, lance un parent de Saint-Laurent, Lucille Ducharme. Deux de mes enfants fréquentent l’ÉCAL. Et parfois, je me demande s’ils reçoivent une éducation solide, malgré le bon travail des enseignants. Quand on rentre à l’école, on voit souvent des jeunes travailler dans les couloirs. Ils ne sont pas en punition, mais il n’y a pas de place pour eux. Ce n’est pas un beau portrait à présenter aux parents. Ce n’est pas comme ça qu’on va gagner leur confiance et recruter des élèves.
« Et puis, les jeunes paient le prix, poursuit-elle. Il y a du bruit, des distractions, des interruptions constantes. Cela déconcentre les élèves et leur fait perdre beaucoup de temps. Et surtout, il y a beaucoup d’anglais, puisque les élèves et les profs de l’école anglaise circulent dans les couloirs. Ce n’est pas la faute de la Saint-Laurent School. C’est juste que nous sommes obligés de partager le même édifice. Et je me demande comment on peut franciser à fond nos enfants dans un milieu pareil. Mais on n’a pas de choix. Les parents qui, comme moi, veulent que leurs enfants fréquentent une école française doivent inscrire leurs jeunes ici. »
Manque de locaux
Avant tout, l’ÉCAL souffre d’un sérieux manque de locaux. La situation est telle que le directeur a offert son bureau afin que l’école puisse avoir un salon du personnel… salon qui sert également de salle de rencontres et de travail pour les élèves ayant des besoins spéciaux. Louis Allain a installé son bureau dans un ancien entrepôt.
« C’est de valeur que Louis ait eu recours aux grands moyens, mais il n’avait pas de choix, lance à son tour l’orthopédagogue, Brigitte Carrière. J’occupe, moi aussi, un ancien entrepôt de 8 x 12 pieds, que je dois partager avec les auxiliaires. De plus, la pièce contient tous les livres et le matériel pédagogique de la phase d’accueil et du programme culturel, sans parler de mes filières et autre documentation administrative. Il n’y a absolument aucune façon que je puisse travailler avec les élèves dans un espace aussi restreint. On se cogne les coudes et dès qu’on ferme la porte, on ne peut plus respirer. »
Brigitte Carrière est donc obligée d’employer la salle de rencontre lorsqu’elle veut travailler avec les élèves ou accueillir les cliniciens de la division scolaire. Ce qui peut avoir des répercussions sur les autres membres du personnel voulant se servir du local. « On manque tellement d’espace que tout le monde doit accepter de faire des concessions, souligne l’enseignant des sciences naturelles, Jacques Bertrand. Ma salle de classe sert également de laboratoire d’informatique et de chimie. Lorsque j’enseigne un cours, il y a presque toujours des jeunes d’autres niveaux qui y travaillent. Sauf évidemment lorsque je donne des tests! »
Le double usage des locaux affecte toute l’école. Les élèves des deux écoles doivent partager le gymnase et les ateliers d’arts industriels. La bibliothèque sert également de salle à dîner pour les élèves. Le local du programme alternatif contient aussi la cuisine utilisée pour les cours de cuisson. Où on ne peut pas brancher la cuisinière, faute d’installations électriques adéquates. Le poêle est donc dans la classe de la maternelle!
Des installations inadéquates
« C’est pas mal surréaliste, avoue Louis Allain. Même avec l’ajout des huttes mobiles, nous n’y arrivons pas. Sur le plan des relations humaines, il faut être flexible et patient. Sans la cohésion du personnel, ce serait invivable. Mais heureusement, on s’est habitué à ça. »
« Je ne sais pas si c’est bonne chose de s’habituer à une situation aussi malsaine, se demande l’enseignant Serge Carrière. Je doute que les autres écoles de la DSFM aient des conditions pareilles. »
La garderie de l’école est elle aussi affectée par la pénurie de locaux. Étant donné la situation, elle ne peut pas accueillir les nouveaux-nés de la communauté. « C’est légalement impossible, souligne Lucille Ducharme. Et ce ne le sera pas avant qu’on soit installés dans la nouvelle école. »
En plus de manquer d’espace, l’édifice a été construit en 1968. « Certaines sections, comme les salles de toilettes, n’ont pas été réaménagées depuis ce temps-là, précise Louis Allain. Je doute que les parents des autres communautés francophones voudraient voir leurs jeunes boire dans nos buvettes. »
« C’est répugnant, lance Lucille Ducharme. C’est pourquoi nous les parents sommes tellement découragés. Ça fait des années qu’on nous promet une nouvelle école. Ça fait des années qu’on nous dit que la situation est temporaire. Mais l’an prochain, nous aurons des élèves qui auront complété toute leur scolarité dans des soi-disant ‘conditions temporaires’. On nous dit de patienter et que le tout se règlera bientôt. Mais c’est quand ça, bientôt? »
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