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3 au 9 août 2001
Volume 88 • Numéro 16

Chris Hadfield installe le bras robotisé Canadarm2 à la Station spatiale internationale.

EXPLORATION SPATIALE Retour sur Terre ? Quelques semaines après avoir été le premier Canadien à « marcher » dans l’espace, l’astronaute Chris Hadfield n’est pas complètement revenu de son expérience…

Par : Daniel BAHUAUD
Editeur : La Liberté

«Quatre années d’entraînement pour passer 12 jours en espace, ça vaut la peine ! », s’exclame l’astronaute Chris Hadfield. De retour sur Terre depuis le 2 mai, le natif de Sarnia, en Ontario, est le premier Canadien à effectuer une sortie dans l’espace. Ayant travaillé avec l’équipe de la navette spatiale américaine Endeavour à fixer le nouveau bras robotisé Canadarm2 (1) à la Station spatiale internationale (SSI), il estime ne pas être complètement revenu sur Terre.

« C’était une première pour le Canada, mais pour moi aussi, rappelle Chris Hadfield ! Ça été une expérience très personnelle. Tout au long de la mission, j’ai vécu des émotions fortes, en raison des défis et du succès de notre travail, mais avant tout de l’occasion de m’aventurer à l’extérieur de la navette. Nous étions à notre première sortie pour fixer le Canadarm2 à la station et, à cause d’un problème qu’on avait avec les grands boulons qui retenaient le bras robotisé à la navette spatiale, il nous a fallu prendre des petites pauses., parce que c’était forçant à les enlever. Ça m’a donc donné plus de temps que prévu pour contempler notre planète. L’impact est énorme. Les couleurs sont très vives puisque les océans, les pays et les continents changent de couleur avec le soleil à mesure que nous avançons en orbite. J’ai vu des couchers de soleil à tous les 45 minutes. »

Au dire de l’astronaute, « Marcher » dans l’espace est une expérience paisible, voire spirituelle, mais qui a des moments très désagréables. « Dans les années 1960, “marcher” dans l’espace était une véritable épreuve », constate le parfait bilingue, présentement en tournée du Canada. « En 1966, Eugene Cernan a perdu 15 livres en une demi-heure. On en a beaucoup appris depuis, grâce surtout à l’entraînement dans les piscines. L’eau simule à merveille l’apesanteur, bien qu’il y ait toujours des risques et des imprévus fâcheux. Par exemple, quand tu fais des sorties de huit à neuf heures et que tu travailles fort, tu as besoin d’eau. Alors nos scaphandres sont munis de tubes pour l’eau. Lors de ma première sortie, j’ai eu une petite fuite. Une goutte d’eau a dû toucher le savon sur la visière de mon casque, que nous utilisons pour empêcher de s’embrumer. Éventuellement, cette goutte, je l’ai eu dans l’oeil et le savon me brûlait. Dans l’apesanteur, les yeux ne fonctionnent pas comme sur Terre. Je pleurais, mais ma larme restait dans mon oeil, parce qu’il n’y avait pas d’attraction terrestre pour la faire sortir de là. Aïe ! »

Une fois le Canadarm2 installé et l’équipe revenue à bord de l’ Endeavour, Chris Hadfield a effectué des contrôles informatisés pour s’assurer que tout était en règle. « Dans l’ensemble, tout s’est bien déroulé, mais on a eu des pannes de communication qui ont prolongé notre séjour en espace d’une journée, remarque-t-il sans s’attrister du contretemps. Ça m’a donné l’occasion de travailler sur la SSI comme membre de l’équipage. J’ai aidé à compléter des expériences scientifiques et j’ai contribué à l’installation de deux nouveaux modules, “Destiny” et “Rafaello”. C’était agréable. J’espère que ma prochaine mission sera du genre à passer pas mal du temps sur la station spatiale.

« De plus, j’ai comparé la nouvelle station à l’ancienne MIR soviétique, que j’ai visité en 1995, poursuit-il. La MIR était déjà vieille en 1995. C’était petit et on manquait d’électricité parce que la station n’était pas munie de grands panneaux solaires. La SSI a de plus grands modules et tout fonctionne sans problème. Au fond, c’est un peu la différence entre un vieux sous-marin et un nouveau.

« Oui, quatre ans d’entraînement, ça vaut vraiment la peine, conclut l’astronaute, la tête encore un peu dans les étoiles. Pas uniquement à cause du voyage. J’ai beaucoup travaillé et j’ai fait équipe avec le personnel et les astronautes de l’Agence spatiale canadienne et de la NASA. Ensemble, nous avons réussi notre mission. Grâce à l’installation du Canadarm2, la SSI sera construite plus rapidement. J’ai hâte d’y retourner ! »

(1) Principal élément de la contribution canadienne de 1,4 milliards $ à la SSI, le Canadarm2 est un descendant plus souple et efficace du Canadarm conçu il y a 20 ans.



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