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Le 15 février 2006
Volume 92 Numéro 43

Infirmière au Centre de santé Saint-Boniface, Sylvie Beaudry a témoigné de la réalité manitobaine des soins à la petite enfance, lors d’un congrès national vendredi dernier à Winnipeg.

Des services de santé autour de l’enfant

Par : François Cavaillès
Editeur : La Liberté

Le congrès national sur la grossesse, la naissance
et la petite enfance en français s’est refermé,
samedi dernier à Winnipeg, sur la signature d’une entente de collaboration entre les deux organisateurs, la Commission nationale des parents francophones et Santé en français.

Venus des quatre coins du Canada francophone, plus de 210 professionnels de la santé de la petite enfance ont convergé sur Winnipeg, la semaine dernière, pour partager en congrès les réalités de leurs métiers et planifier ensemble des actions à court terme.
Pour identifier les enjeux actuels de l’offre de services en français avant et après la grossesse, une jeune mère francophone du Nouveau-Brunswick a bien voulu livrer un témoignage édifiant. Josée Nadeau a su ponctuer d’humour son parcours de combattante. La mauvaise communication forcée en anglais a d’abord rendu sa grossesse difficile. La présidente de l’Association francophone des parents du Nouveau-Brunswick a bien donné naissance à un beau garçon (aujourd’hui âgé de quatre ans), mais après l’accouchement, elle s’est enfoncée dans une dépression longtemps ignorée par les médecins et les aides-soignants anglophones. Josée Nadeau a cherché de toutes ses forces à concilier langue et qualité, sans trouver le personnel nécessaire à Moncton.
« L’expérience de Josée est très fréquente au Manitoba, a commenté l’infirmière au Centre de santé Saint-Boniface, Sylvie Beaudry. Nos familles francophones ont tendance à recourir aux services en anglais. » Au Manitoba, l’offre en anglais est, selon elle, de trois à sept fois supérieure à celle en français. « Le manque de pédiatres et d’obstétriciens francophones frustre beaucoup les professionnels de la santé et les parents. On se retrouve devant des dilemmes et la satisfaction du patient est réduite », a constaté Sylvie Beaudry, qui voudrait plus de professionnels de la santé bilingues.
Le directeur général de l’Association des parents fransaskois, Robert Gauthier, a ensuite montré la stratégie actuelle de gestion des soins dans sa province. « On veut créer un continuum constant de la grossesse jusqu’à l’âge de six ans », a-t-il déclaré. Puis la sociologue Louise Bouchard, de l’Université d’Ottawa, a présenté ses hypothèses de travail sur la santé et la situation minoritaire. Elle a conclu en exprimant la volonté de développer une infrastructure de recherche fonctionnant en réseau à travers le pays.
Un récent rapport sur la situation de la petite enfance au niveau national a été résumé par l’experte-conseil Nicole Lafrenière-Davis. Le document commandé par la Commission nationale des parents francophones (CNPF) pour mettre sa politique à l’épreuve de la réalité montre combien l’accès aux services est encore limité et l’offre variable à l’échelle du pays. Un rapprochement avec les réseaux de santé y est suggéré, alors que les recommandations comprennent un plan stratégique national, une approche de mise en marché socio-communautaire, un forum professionnel et un comité de chercheurs sur la petite enfance en milieu minoritaire.
Vision d’avenir
Après les conférences et les ateliers, les assemblées plénières ont mis en avant des idées de partenariat, de réseau, de regroupement et de répertoire, avant que la CNPF et Santé en français, organisateurs du congrès, ne dévoilent leur vision de l’avenir de la petite enfance en français au Canada.
« On est ici pour rêver, pas pour se plaindre des gouvernements », a lancé Murielle Gagné-Ouellette, habituée à voir les communautés francophones trouver des solutions elles-mêmes. La directrice générale de la CNPF a même tracé une longue équation : « grossesse en santé égale pays en santé » (en passant par l’enfance en santé, la famille en santé et la vitalité communautaire). Son discours a rallié les congressistes aux grands objectifs de la CNPF. « On veut construire des communautés francophones à partir de la base familiale, mais aussi donner un avenir à nos institutions chargées de l’éducation, de la santé et de la culture », a-t-elle ajouté, en reconnaissant s’inspirer d’une approche « multisectorielle ».
« On n’a pas de temps à perdre. Je pense qu’on peut se permettre de rêver ensemble », a poursuivi Hubert Gauthier. Le président-directeur général de Santé en français a évoqué la possibilité pour les francophones de bâtir un nouveau modèle de santé de la petite enfance pour l’ensemble du Canada, ce qui ferait chuter l’assimilation. « Ce rêve ambitieux fait l’objet de notre protocole d’entente avec la CNPF ». En effet, les deux organisations ont signé, en clôture du congrès, un accord de collaboration. L’entente repose sur des valeurs communes, telles que la vision de l’enfant comme fondement social, et sera mise en œuvre de diverses façons, notamment dans les domaines de la prévention, de la promotion, de la recherche et du développement. « On veut créer un système de santé qui fasse l’envie de tous les autres », a ajouté Hubert Gauthier.



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