Le 1 mars 2006
Volume 92
Numéro 45
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| L’avocat des droits de la personne, David Matas. |
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« Un scrutin prometteur et encourageant »
Par : François CAVAILLÈS
Editeur : La Liberté
Observateur du premier tour des élections en Haïti, l’avocat David Matas
garde l’impression optimiste d’un scrutin « prometteur et encourageant ».
«J’ai observé le jour du premier tour des élections en Haïti en visitant 16 bureaux de vote à Port-au-Prince, et ce que j’ai vu me paraît prometteur. Les gens voulaient voter et avoir un scrutin équitable », constate David Matas. Avocat des droits de la personne, il a participé à la Mission internationale d’évaluation des élections en Haïti (MIEEH) composée par huit pays, le Canada en tête.
« Je n’ai remarqué aucune injustice et aucune tentative de manipulation ou de corruption, poursuit-il. Le pire problème qui m’est apparu a été la très longue attente des foules de votants. Mais c’est un signe de réussite en quelque sorte, c’est encourageant. »
David Matas ne rapporte même aucun acte violent, bien qu’il avoue savoir qu’il y en a eu.
Il affirme aussi s’être senti bien accueilli en tant que Canadien. « Les officiers en charge des élections étaient contents de voir une supervision internationale qui pouvait leur apporter de la crédibilité et faire en sorte que le scrutin soit plus efficace ainsi », dit le juriste.
Des problèmes techniques, logistiques et de communication ont tout de même jalonné son travail pendant une semaine dans la capitale haïtienne.
Ainsi, l’absence d’électricité a forcé le report du décompte de la soirée du 7 février au lendemain matin.
Pour échanger avec la population, le recours à un interprète créole a été nécessaire, tandis que le mauvais système de télécommunications a rendu les appels difficiles.
En ce qui concerne les lieux de vote, David Matas trouve discutable la centralisation décidée pour des raisons sécuritaires. « Plutôt que de les éparpiller à travers le pays, on a regroupé les bureaux de vote dans des centres de vote », explique-t-il. Sur les quatre centres qu’il a visités, deux lui ont paru trop petits.
« En moyenne, pour 400 électeurs, il y avait cinq officiers, un vice-président, un président, un garde du corps, un agent de sécurité et deux secrétaires », ajoute l’observateur.
Allégations de fraude
Une semaine après le scrutin, le candidat arrivé en tête des suffrages a contesté les résultats qui impliquaient alors un second tour. (1) René Préval a parlé de fraudes massives, en faisant état de bulletins de vote à son nom retrouvés aux ordures (information relayée par les médias internationaux, et à l’origine d’une enquête en Haïti).
« Je n’ai vu personne jeter des bulletins, assure David Matas. Ce n’est même pas certain que ces faits soient vrais! Ces allégations de fraude ne portent pas sur la période du vote, mais sur celle du comptage. Que des bulletins de vote aient été jetés montre au moins que des gens ont pu voter. Ces bulletins ont pu être mal conservés. Ils ont d’abord été comptés aux centres de vote. Puis, ils sont allés aux départements. Or, je n’ai pas du tout visité ces endroits. Il y a peut-être eu un problème là-bas. » Le mandat de David Matas pour la MIEEH était d’observer le déroulement de la journée des élections.
Par-delà les soucis matériels, la bonne volonté des Haïtiens ne lui a laissé aucun doute. Il s’agit de sa troisième mission du genre, après l’Afrique du Sud en 1994 et l’Ukraine en 2004. « Les conditions de ce type de travail sont difficiles, admet-il. Mais je vise à promouvoir les droits de la personne où je veux, quand je veux. Et la démocratie est la clé de voûte de ces droits. »
À son retour au Canada, David Matas a, par ailleurs, été nommé Personne de l’année par la société Brotherhood Inter-Faith, qui réunit des représentants des communautés catholique, musulmane, juive, italienne et chinoise.
(1) Au final, René Préval a été élu président au premier tour.
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