Le 21 avril 2006
Volume 92
Numéro 3
Parler en faveur
du bilinguisme
Par : Marie-Chantal Bédard
Editeur : La Liberté
Les Franco-Manitobains sont-ils un microcosme
du Canada bilingue? Selon David Simard, récipiendaire du premier prix du concours littéraire
Jean-Robert Gauthier, il est grand temps
que les francophones hors Québec se prononcent sur la réalité du bilinguisme et de l’unité canadienne.
«Le Canada a deux langues officielles, le français et l’anglais. La diversité culturelle est-elle compatible avec cette dualité linguistique? » Cette question était le thème d’un concours d’essai littéraire organisé par le Fonds Jean-Robert Gauthier. Elle piqua l’intérêt de David Simard, un Manitobain aux études à l’Université du Québec à Montréal, au point de l’amener à participer au concours. « Comme franco-manitobain, je pense que cette question nous habite tous », affirme David Simard. Le seul franco-manitobain sur 66 participants a reçu le 22 mars le premier prix lors d’une cérémonie au Parlement d’Ottawa.
David Simard propose dans son essai que le bilinguisme ne limite pas la diversité culturelle à deux cultures. Au contraire, le bilinguisme ouvre la porte à une authentique diversité culturelle. L’adhésion au bilinguisme suppose une ouverture d’esprit initiale et une volonté de reconnaître d’autres cultures.
Le bilinguisme
au Manitoba
Mais est-ce que la plupart des Canadiens adhèrent au bilinguisme? Selon David Simard, il y a eu un progrès inouï depuis les 30 dernières années. « Au Manitoba, dit-il, il y a plus de francophiles que de francophones, ça montre qu’il n’y a jamais eu une plus grande vis-à-vis de la langue française. Mais il ne faut pas se faire d’illusions, ajoute-t-il, le nombre de Franco-Manitobains diminue. Il faut se demander pourquoi les choses se passent ainsi. D’un côté, il n’y a pas assez de liens entre le Québec et le Manitoba. De l’autre côté, beaucoup de Franco-Manitobains n’assument pas leur langue. »
Les francophones ont obtenu leurs droits grâce à des revendications persistantes auprès des gouvernements et la reconnaissance du public en général. Aujourd’hui, les enfants fréquentent des écoles françaises gérées par des francophones, les Franco-Manitobains jouissent d’une vie culturelle très riche et ont même droit à un procès en français. Pour assurer que les générations futures aient les mêmes droits, il faut rester vigilant. La partie n’est jamais entièrement gagnée… surtout si le Québec se sépare.
Le réseau démocratique canadien
« Je ne sais pas si on aurait affiché dans une université au Québec un concours qui a pour thème la compatibilité du bilinguisme avec la diversité culturelle, avoue David Simard, parce cette question ne se pose pas trop au Québec.
« L’unité canadienne est une réalité difficile au Québec, avoue David Simard. On ne parle pas du Canada au Québec. Les séparatistes ont le monopole des médias et les fédéralistes sont isolés et dispersés. »
L’absence des fédéralistes dans les médias a poussé David Simard à collaborer à la fondation du Réseau démocratique canadien, qui a pour but de promouvoir l’unité nationale, au niveau national. « Nous sommes dans les stades embryonnaires du réseau. Nous menons une campagne pour inscrire des membres, jusqu’à présent nous avons de l’appui de Vancouver et du Manitoba. »
« C’est le temps de ramener les Franco-Manitobains dans le débat sur l’unité canadienne, poursuit David Simard. Les conséquences d’un référendum seraient énormes pour les francophones hors Québec. Présentement, il n’y a pas assez d’échanges entre le Québec et le Canada. Les formules toutes cuites qui promouvoient l’unité ne suffisent pas. Les Franco-Manitobains ont la chance de vivre dans ces « deux Canadas », nous connaissons bien la réalité du bilinguisme, mais ce n’est pas le cas pour tous les Canadiens. C’est pourquoi nous devons nous prononcer et partager cette perspective unique que nous avons. Nous avons quelque chose à dire et nous sommes capables d’intervenir dans ce débat. »
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