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Le 31 mai 2006
Volume 93 Numéro 9

Québec - Manitoba

Par : Sylviane Lanthier
Editeur : La Liberté

Québec, Manitoba. Des liens plus vieux que la colonie de la Rivière-Rouge, qui trouvent leurs racines dans la traite des fourrures. Qui se sont effrités au fur et à mesure que les deux communautés ont développé des personnalités bien distinctes, alors que l’évolution politique du pays n’a pas favorisé leur rapprochement. Pourtant ces liens pourraient peut-être ressurgir de plus belle alors que les premiers ministres des deux provinces s’entendent bien, que celui du Manitoba apprécie la communauté francophone de sa province et que celui du Québec est favorable au fédéralisme.
Des Québécois au Manitoba, il y en a toujours eus. Tout comme des Manitobains choisissent de vivre au Québec pour y faire leur place. Des Gabrielle Roy, des Daniel Lavoie ou des Hubert Gauthier : le Québec a donc eu sa part de talents issus du Manitoba, dans plus d’un domaine. Ces Manitobains, il les a accueillis, parfois fait prospérer, et parfois aussi fait siens.
Mais tous les Manitobains ne trouvent pas leur compte dans la Belle Province. Certains veulent y voir une grande famille francophone à laquelle ils appartiennent encore et sur place, se heurtent au mur de l’indifférence, ou à un esprit de clocher bien réel. Hein? On parle français au Manitoba?
C’est ainsi qu’un Stéphane Oystryck a récemment raconté, dans un texte publié dans Le Réveil, sa douloureuse déception face à l’accueil que les Montréalais lui ont réservé. C’est ainsi, aussi, que des jeunes comme David Simard et David Lemay, à Montréal depuis un an où ils collaborent à un groupe d’études fédéraliste, publient des lettres ouvertes aux journaux, plaidant entre autres la cause des francophones du Canada dans le cadre d’un message sur le fédéralisme qui n’est pas toujours bien reçu. Une lettre d’un de leurs compères, Daniel Laprès, publiée ce printemps dans La Presse, a suscité dans un blogue toutes sortes de réactions montrant à quel point certains, au Québec, ne veulent plus se préoccuper d’une francophonie canadienne qu’ils ne connaissent plus… et pour qui ils n’éprouvent aucune curiosité. (Ces événements nous ont d’ailleurs servis d’inspiration pour notre dossier Québec – Manitoba publié cette semaine.) Tous les Québécois ne sont pas aussi ethnocentristes, ni fermés au monde. Mais il est bien clair que la réalité du ‘Canada hors Québec’ les intéresse peu, et que le principal message qui y circule en ce qui concerne les francophones concerne beaucoup plus leur assimilation que leur dynamisme. Pour séduire le Québec et les Québécois, les Manitobains ont du pain sur la planche.
Des Québécois, il en est d’autres qui choisissent aussi de vivre ici et qui, passés les premiers chocs (une première rencontre avec une horde de maringouins manitobains, par exemple!), découvrent l’extraordinaire obstination des francophones du Manitoba dans leur lutte, apprécient leur chaleur incontestable, mais se butent aussi à cette sorte de distance dans laquelle on les tiendra, avant qu’ils ne passent une sorte de test et ne soient réellement acceptés.
Les relations Québec-Manitoba peuvent-elles aujourd’hui être faites de compréhension plus que d’ignorance de l’autre? Peuvent-elles miser davantage sur les échanges, les découvertes, le respect mutuel? Peuvent-elles réussir à percer le mur de l’indifférence?
La francophonie manitobaine a toujours besoin d’entretenir des relations saines et porteuses avec le Québec. L’idéal serait que ces relations s’établissent d’égal à égal, s’appuient sur la nécessaire solidarité qui doit lier les francophones du Canada, et amène le Québec, lui aussi, à porter le message d’une francophonie bien présente dans toutes les capitales du pays.
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