Le 7 juin 2006
Volume 93
Numéro 10
Charest et Doer vantent la francophonie
Sylviane Lanthier
Il y aura désormais une Journée du Manitoba
au Québec et une Journée du Québec au Manitoba, ont annoncé les deux premiers ministres.
Les liens sont au beau fixe entre Jean Charest et Gary Doer. Déséquilibre fiscal, péréquation, Kyoto et changements climatiques, les deux provinces défendent des visions identiques et partagent des intérêts communs. Gary Doer encense son vis-à-vis québécois pour le leadership dont il a fait preuve dans la création du nouveau Conseil de la fédération. Jean Charest admire Gary Doer pour avoir son nom sur la liste des dix meilleurs politiciens en Amérique du Nord en ce qui concerne les politiques énergétiques.
Le premier ministre manitobain appuie activement son vis-à-vis en ce qui concerne la convention de l’ONU sur la diversité culturelle, qui doit être ratifiée par plus de 30 pays pour voir le jour. Jean Charest lui remet la politesse en appuyant aux États-Unis la position du Manitoba sur le lac Devils.
Le 1er juin, à la suite d’un sommet des leaders qui, à Gimli, a réuni des élus canadiens, américains et mexicains, Jean Charest et Gary Doer n’avaient que des bons mots l’un pour l’autre.
C’est donc dans une ambiance de bonne camaraderie qu’a été faite l’annonce d’une nouvelle initiative Québec–Manitoba, qui devrait permettre de resserrer les liens des deux provinces dans des domaines comme l’éducation, la culture, la jeunesse, le tourisme, le développement économique et le partage d’expertises en matière d’énergies vertes.
Gary Doer a ainsi parlé d’initiatives grâce auxquelles on continuera de promouvoir la langue française au Manitoba. Jean Charest a parlé d’établir des « relations exceptionnelles avec la communauté franco-manitobaine ».
« Notre perspective est fédéraliste, explique le premier ministre du Québec. Le Québec doit jouer un rôle de soutien face à la francophonie canadienne. Nous ne pouvons être ni indifférents, ni inactifs. Nous avons une très grande responsabilité. Il faut être présent. Il faut que la communauté franco-manitobaine sache que nous sommes là. »
Si cette initiative se déroule au Manitoba, indique Jean Charest, « c’est que depuis 2003 Gary Doer est le premier ministre avec lequel j’ai pu travailler sur une vision d’avenir du Canada. Sur des enjeux importants, nous avons la même vision. »
Par ailleurs, Jean Charest a aussi indiqué que son gouvernement annoncera d’ici peu la formation d’un Centre de la francophonie des Amériques : une idée que le gouvernement caresse depuis déjà quelque temps, « parce que le Québec doit affirmer la présence de la francophonie sur tout le continent », et qu’il est conscient d’être le centre de ralliement naturel des francophones, qu’ils soient Canadiens ou Américains.
Un accueil
chaleureux
L’annonce de ces journées Québec-Manitoba a été bien accueillie par la francophonie, dont les représentants se sont déplacés en grand nombre pour l’occasion.
Également présent, le ministre des Services en langue française, Greg Selinger, a commenté : « L’engagement des deux premiers ministres permettra d’augmenter la visibilité du Manitoba au Québec, et du Québec au Manitoba. C’est la première fois que deux premiers ministres provinciaux posent ce genre de geste pour la francophonie et pour créer plus de liens », poursuit le ministre, qui espère que les échanges qui s’ensuivront permettront « d’attirer des Québécois ici ».
Le président-directeur général de la Société franco-manitobaine (SFM), Daniel Boucher, espère aussi que ces « excellentes relations » entre les premiers ministres débouchent « sur une relation de travail où tout le monde se respecte » et « évoluent en quelque chose de concret pour qu’on bâtisse de vrais partenariats durables ».
Devant les francophones réunis pour un dîner à la Maison du Bourgeois, Gary Doer est allé plus loin, rappelant la mission économique à laquelle il a participé en France, avec le Conseil de développement économique des municipalités bilingues du Manitoba (CDEM). Lors de cette mission, il répétait aux Français qu’on peut faire affaire en français au Canada ailleurs qu’au Québec.
Une nouvelle fierté
« Il y a une nouvelle fierté au Manitoba et dans les provinces de l’Ouest, affirme ainsi Gary Doer. Il est derrière nous le temps où les francophones étaient conspués. Ce temps-là est fini. Aujourd’hui, nous célébrons et avons à coeur la langue française. » Cette déclaration, qui lui a valu une ovation de la foule, a aussi fait dire à Jean Charest : « Il y a 20, 30 ans, qui aurait cru qu’un premier ministre du Manitoba aurait fait cette mission en France pour sa communauté francophone? »
« Cette communauté francophone, affirme Jean Charest, mérite et doit connaître un développement », y compris au plan international, note-t-il.
Le premier ministre du Québec a quitté la Maison du Bourgeois, au fort Gibraltar, pour se diriger en Ontario où il annonçait le lendemain une entente sur la mobilité de la main-d’œuvre.
Mais avant son départ, Daniel Boucher lui a lancé un défi. « Je fais appel à vous deux, premiers ministres, pour que le Conseil de la fédération parle de nous, des questions qui nous touchent. Nous ne voulons pas seulement nous maintenir, nous voulons nous développer. Si les premiers ministres s’engagent (à appuyer la francophonie dans un forum aussi important que le Conseil de la fédération), alors le Canada bilingue pourrait devenir une bien plus grande réalité. »
Editeur : La Liberté
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