2 au 8 novembre 2001
Volume 88
Numéro 29
Des juges, s.v.p.
Par : Daniel BAHUAUD
Editeur : La Liberté
La démission, le 23 octobre, de la juge en chef de la Cour provinciale du Manitoba, Judith Webster, a fait réfléchir plusieurs personnes sur la possibilité de voir un jour un juge francophone affecté à ce poste.
L’idée est alléchante. Elle rehausserait le statut et la visibilité de la francophonie manitobaine. Et ce serait du jamais vu (on se rappellera c e p e n d a n t qu’Alfred Monnin a été chef de la Cour d’appel du Manitoba). Mais attention! Avant de faire du lobbying
pour cette cause, bien séduisante pourtant, tâchons
de voir s’il n’y aurait pas moyen de réduire plutôt la pénurie de juges bilingues dans la province.
Cette pénurie affecte la qualité des services en français dans le système judiciaire. Aujourd’hui, malgré les recommandations du rapport Chartier, ça prend encore beaucoup trop de temps pour comparaître devant un juge francophone. Une personne, arrêtée pour voie de fait domestique, par exemple, et qui demande un service en français, devra remettre sa date de comparution en cour de quelques semaines et parfois même quelques mois de plus qu’un anglophone.
Et le couple qui voudrait se divorcer en français ne peut le faire à l’heure actuelle. Du moins, c’est très difficile. Les juges Marc Monnin et Léa Duval, qui siègent à la Cour du Banc de la Reine, ne font pas partie de sa division familiale. C’est une pénurie sérieuse. Bien des divorces traînent en cour; faut-il punir encore davantage les couples francophones?
Seuls les accusés d’infractions mineures ont plus de chance de se faire servir en français.
Aujourd’hui, le Sud du Manitoba ne compte que deux juges bilingues : le juge Richard Chartier et le juge Glen Joyal. Un de plus répondrait davantage aux besoins des francophones. Il y a, bien sûr, le juge Grégoire qui oeuvre à Le Pas, où les occasions de parler en français en cour sont plutôt… rares.
Il est à espérer que les nouveaux Centres de services gouvernementaux, par exemple celui qui ouvrira ses portes dans quelques mois à Saint-Pierre-Jolys, offriront des services plus complets. On nous promet une salle de séance de la Cour provinciale où tout le personnel sera bilingue. C’est un pas dans la bonne direction. Mais si le nombre de juges bilingues n’augmente pas sous peu, les files d’attente pour le service en français risquent d’être toutes aussi longues qu’auparavant.
|

|