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Publié le mercredi 14 octobre 2009 | Mis à jour le mercredi 14 octobre 2009

Nouvelles

Pour Marcel Gosselin, une sculpture est avant tout une idée. On le voit ici tenant une version miniature de sa sculpture de La Fourche.

Quand la sculpture n’est pas sculptée

Manon Rescan

La deuxième œuvre du Jardin des sculptures a été dévoilée le 14 octobre. Son auteur, Marcel Gosselin parle des nouvelles façons d’être sculpteur.

Un sculpteur sachant sculpter doit savoir sculpter sans ses mains. Qui l’eût-cru? « Cette sculpture, je n’y ai pas touché », assure le père de la deuxième sculpture du Jardin des sculptures, sur le boulevard Provencher, Marcel Gosselin. « Je l’ai pensée, dit-il, mais je ne l’ai pas construite. »
Finie l’image d’Épinal du sculpteur frappant la pierre de son burin. Les sculpteurs d’aujourd’hui sont davantage des chefs de travaux que des artisans.
« Certains sculpteurs ont leur équipe permanente d’artisans, continue Marcel Gosselin. Je préfère engager les gens pour chaque projet. »
Pour la sculpture dévoilée cette semaine au Jardin des sculptures, il a fait appel à une entreprise spécialisée dans l’acier. Un ami maçon l’a aidé à couler la dalle de béton pour soutenir les 2 000 livres et les presque cinq mètres d’acier de la sculpture.
« À mesure qu’on vieillit, on se rend compte que son corps n’a plus envie de faire des travaux vraiment durs, explique le sculpteur. Et puis, ajoute-t-il, j’ai beaucoup appris de l’expérience de la construction de la sculpture de la Fourche.
Pour cette sculpture, quatre ans s’étaient écoulés entre le début de la compétition et le jour de l’installation de la sculpture. « Quatre ans, c’est long à l’échelle d’une vie, dit aujourd’hui Marcel Gosselin. Non, à présent ce qui m’intéresse c’est d’avoir des idées, pas de les faire. »

Sculpteur d’idées

Marcel Gosselin a successi­vement rempli des grands et des petits carnets de croquis. Aujourd’hui, il utilise des ardoises magiques pour enfants et son appareil photo pour immortaliser les esquisses de sculptures qui lui passent par la tête.
Mais pour éviter que ces esquisses restent des sculptures de papier, Marcel Gosselin a trouvé comment donner chair à ses idées sans passer par le long processus de construction.
Le monde virtuel et les nouvelles technologies lui ont offert de nouvelles possibilités. « J’utilise notamment la technique du stéréogramme, qui permet de voir des images en trois dimensions », explique l’artiste. Les croquis réalisés à l’ordinateur prennent ainsi forme, sous une autre forme d’art, inclassable cette fois. Entre dessin et sculpture. Marcel Gosselin en a d’ailleurs publié dans des livres.
Marcel Gosselin s’inscrit ainsi dans la continuité de ces artistes qui ont fait des idées leur marque de fabrique. « Marcel Duchamp a été le premier à faire faire par d’autres les œuvres dont il avait l’idée, continue le sculpteur manitobain. Les artistes fonctionnent de plus en plus ainsi. » L’artiste d’origine française est effectivement connu pour ses ready-made, pièces d’art produites industriellement et en plusieurs exemplaires.
Ces artistes-là proposent une autre définition de l’art, dont le mystère n’est plus la dextérité de l’artiste, mais une interaction. « L’art, termine Marcel Gosselin, ce n’est pas l’œuvre en elle-même, mais ce qu’il se passe dans l’interaction entre l’œuvre et celui qui l’observe. »

Editeur : La Liberté