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Publié le mercredi 5 mai 2010 | Mis à jour le mercredi 5 mai 2010

Nouvelles

Bathélémy Bolivar

Donner voix à la terre

Paul Ruban

Le nouveau recueil de poésies de Bathélémy Bolivar retrace le parcours tumultueux de son Haïti natal, sur fond du traumatisme du 12 janvier. Mais il se veut aussi un cri d’espoir, et de jours meilleurs.

Chaîne de dictatures/ des cauchemars qui s’entrechoquent/ la terre s’écroule sous le palais national/ château de cartes/ cartes blanches/ et le néant qu’on a invité arriva.
Ces mots, Bathélémy Bolivar les a écrits alors que la poussière retombait encore sur Haïti, dans les jours suivant le séisme qui a ravagé son pays natal le 12 janvier dernier. Des mots écrits « d’un trait », cherchant à comprendre l’énormité du drame tout en plongeant plus loin dans le passé douloureux de son peuple. « Comme poète, comme écrivain, comme Haïtien, le 12 janvier m’a interpellé, avance-t-il. La catastrophe a levé le voile sur la précarité d’Haïti. »
Au cours d’une semaine d’écriture nocturne, les mots ont coulé jusqu’à donner naissance à un recueil de poésie bilingue, Mots de terre/Voices of the earth.
Le livre de Bathélémy Bolivar, qui prend en fait la forme d’un long poème, évoque entre autres la rupture qui s’est installée entre le peuple haïtien et une « terre saccagée ».
« Je déplore qu’on n’ait pas compris le langage de la nature et reconnu que la terre était à bout de souffle, épuisée, souligne l’écrivain installé à Winnipeg depuis 2002. Haïti tremblait bien avant le tremblement. »
Il illustre cette idée par les aboiements de chiens cherchant, en vain, à prévenir le séisme : et les chiens continuent d’aboyer personne n’y prend garde/ le chien aboie la caravane de la surdité passe/ le dialogue de sourds a implosé.

Reconstruire par le savoir

Les profits recueillis de la vente du livre de Bathélémy Bolivar seront versés à un projet d’éducation à distance qu’il a mis sur pied, École haïtienne sans frontières, afin de soutenir les initiatives de reconstruction en Haïti.
Un passage de son livre met en lumière le fait que le séisme a ébranlé davantage un système éducatif déjà vulnérable : Les écoles se sont écroulées/ des prisons du savoir/ les fenêtres sont en brique/ les élèves et les enseignants s’emboîtent/ attendent.
« L’humanitaire, c’est important, concède l’auteur. Mais après, pour qu’un 12 janvier ne se répète pas, il faut éduquer. Et il faut que cette éducation soit accessible, de haute qualité et elle ne doit pas être l’apanage d’une élite. »
L’écrivain winnipégois, candidat actuellement au doctorat en didactique des mathématiques et des sciences à l’Université du Manitoba en plus d’être enseignant à l’école secondaire Sisler, précise qu’École haïtienne sans frontières cherche plutôt à « complémenter, plutôt que remplacer le système éducatif en place » en Haïti. Il aide notamment à développer un curriculum pour les quatre dernières années du secondaire, axé autour des matières des mathématiques, du français et des sciences. Le projet compte aussi fournir à des élèves haïtiens des ordinateurs portables munis de chargeurs solaires.
Bathélémy Bolivar reconnaît la « déchirure » profonde qui existe entre les Haïtiens et leur monde immédiat. « Il faut panser cette plaie, et c’est par l’éducation que ça se fera, conclut-il. Un autre Haïti est possible. »

Editeur : La Liberté