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Le 14 octobre 2005

Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

Le comité des langues officielles entend les organismes francophones de la province

Par : Vincent Fortier
Editeur : Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

Du 19 au 22 septembre dernier, le comité sénatorial des langues officielles était de passage en Nouvelle-Écosse. Le tout avait pour but de rencontrer les différents organismes et intervenants de la communauté acadienne et francophone de la province et faire le point sur les problématiques et réalités de celle-ci.

C’est donc avec une approche ouverte que le comité formé de huit sénateurs – dont John M. Buchanan, originaire de Sydney et Gerald J. Comeau de la Station-de-Meteghan – a fait le tour de la Nouvelle-Écosse. Depuis son existence en 2002, le comité sénatorial a pour mandat de vérifier l’application de la Loi fédérale sur les langues officielles. On voulait d’abord et avant tout évaluer la qualité des services offerts en français et ensuite mesurer la vitalité communautaire francophone de la province.

Au total, plus d’une vingtaine d’intervenants ont pu présenter un mémoire devant le comité à Pointe-de-l’Église, Tusket, Halifax, Pomquet, Petit-de-Grat, Chéticamp et Saint-Joseph-du-Moine.

Renouvellement d’entente avec le fédéral en vue?

Bien sûr, il ne s’agit pas d’un élément nouveau, mais les intervenants ont insisté sur le fait que la communauté acadienne est éparpillée aux quatre coins de la province, ce qui rend la concertation et la diffusion de services compliquées à cause de la barrière linguistique. Paul d’Entremont du Réseau Santé en français a aussi indiqué que la réalité rurale des communautés pose un autre problème. Lueur d’espoir pour plusieurs toutefois, la Loi sur les services gouvernementaux en français adopté par le gouvernement néo-écossais en automne 2004 reste à être mise en pratique. Et pour se faire, l’apport du gouvernement fédéral est primordial.

Pour la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE), il y a beaucoup de travail à faire de ce côté. Son directeur général, Jean Léger, n’a pas été tendre lors de la présentation de son mémoire. Il soutient que l’entente Canada-communautés avec le ministère du Patrimoine canadien n’a pas été renouvelée depuis avril 2004. « Ceci crée de l’incertitude dans notre communauté et toute incertitude risque de tuer l’initiative de bénévoles et de fragiliser la situation de notre communauté », a-t-il avoué. Il a bien sûr formulé le souhait de voir cette entente renouvelée.
















Même son de cloche du côté du Réseau Santé qui a indiqué qu’il serait sans appui financier le 31 mars 2006 si le gouvernement ne renouvelle pas son entente. Six projets sont en branle pour le Réseau. M. d’Entremont a simplement posé la question au comité : « Est-ce que le gouvernement fédéral est avec nous dès avril 2006? »

Jean Léger a indiqué que ces partenariats avec le gouvernement ne devaient toutefois pas être décidés par des fonctionnaires dans des bureaux à Ottawa, mais devaient être basés sur « les priorités des communautés ». Encore plus loin, le directeur de la FANE a soulevé l’idée d’ententes spécifiques avec la communauté acadienne, tout comme il a été fait avec les communautés autochtones.

Procédures administratives…

Le fait que des lois aient été votées et des programmes aient été créés au cours des dernières années pour encourager la survie du français dans les milieux minoritaires ne peut que réjouir les différents organismes. Cependant, on digère mal le fait qu’on ne décide pas de ces lois sur le terrain. Pour la FANE, il est clair que la façon de faire doit changer puisque l’assimilation se poursuit. Autre bémol, les programmes ne favorisent que très rarement le développement à long terme. Jean Léger a d’ailleurs indiqué que le financement pour les politiques était « toujours sur une base temporaire quasi incertaine ».

« Nous devons trouver un meilleur moyen pour obtenir un dialogue régulier, constant et respectueux », a pour sa part analysé Jean Léger. Les procédures semblent aussi beaucoup trop longues. On peut compter en moyenne de cinq à sept mois avant de recevoir l’approbation d’un projet et le financement de base pour le réaliser selon la FANE. « Il me semble que les fonctionnaires trouvent plus souvent des raisons pour nous dire pourquoi nous ne sommes pas admissibles à un programme plutôt que de nous orienter vers les bons programmes », a fait remarquer M. Léger. Trop souvent, les projets sont créés pour une durée fixe et ne sont pas renouvelés par la suite. La communauté doit alors se réorganiser.

Donner l’exemple

Le Réseau Santé a tout de même indiqué la bonne foi du gouvernement provincial. Pour Paul d’Entremont, le gouvernement du Canada doit maintenant faire de même. Si la Nouvelle-Écosse s’est dotée d’une loi sur les services en français, le gouvernement fédéral doit l’entériner et y aller de financements pour encourager les autres provinces à se munir d’une telle loi, pour montrer que l’adoption de telles mesures ne se fait pas en vain.

Paul d’Entremont a indiqué que le gouvernement fédéral était le « protecteur des minorités de langue officielle » et qu’il devait ainsi « contribuer de façon évidente à leur développement ». Il a mandaté le gouvernement du Canada de se doter d’un programme fédéral-provincial de services de santé en santé au même titre que le Programme des langues officielles dans l’enseignement.

Discussion sur les médias

La FANE a profité de cette tribune pour parler du conflit qui perdure à la Société Radio-Canada (SRC). « Pour une communauté éparpillée comme la nôtre, les services de la SRC sont très importants pour permettre la cohésion communautaire si importante à son développement », a souligné Jean Léger. Les médias francophones se font rares en Nouvelle-Écosse et la perte de l’un d’eux se fait ressentir. Et même au-delà de ce conflit, M. Léger a indiqué que les ressources manquaient à la SRC Nouvelle-Écosse. Les Acadiens d’ici ne se reconnaissent pas dans le contenu trop souvent à saveur néo-brunswickoise.

Pour Denise Comeau Desautels, directrice du Courrier de la Nouvelle-Écosse, la situation est aussi délicate. « Afin de communiquer efficacement avec la population canadienne, le gouvernement place des annonces dans les journaux, mais nous constatons que trop souvent, les institutions fédérales manquent de les faire paraître dans la presse officielle minoritaire. Chaque semaine, nous devons faire des plaintes au Commissariat aux langues officielles, car un grand nombre de publicités destinées aux francophones aboutissent dans les journaux de la langue majoritaire. Depuis janvier 2005, nous avons fait parvenir 63 plaintes au Commissariat aux langues officielles. Nous avons réussi à en récupérer 16. Avec cette façon d’agir, les francophones de la province sont forcés de lire les publicités en anglais ou en format bilingue dans des journaux anglophones, ce qui mène tout droit à l’assimilation. »

Autres demandes

Les sénateurs du comité des langues officielles ont sans doute pris bonne note des recommandations des intervenants qu’ils ont rencontrés. L’Association des juristes d’expression française de la Nouvelle-Écosse (AJEFNE) a insisté sur la pleine mise en œuvre de l’article 530 du code criminel sur la langue de l’accusé et sur la nomination d’un plus grand nombre de juges bilingues.

Du côté de l’Équipe d’alphabétisation, le comité a grandement apprécié le projet « J’apprends en famille » d’alphabétisation familiale. Le ministre des Affaires acadiennes, Chris d’Entremont, avait d’ailleurs mis l’accent sur les développements en petite enfance. Shirley Vigneault, coordonnatrice de l’organisme, a demandé des appuis remarquables de la part du gouvernement fédéral dans les futurs budgets reliés à l’alphabétisation.







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