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Le 21 octobre 2005

Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

Les aînés peuvent-ils choisir leur foyer de soins longue durée?

Par : Caroline Déchelette
Editeur : Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

Actuellement, certaines régions, comme celle de la Baie Sainte-Marie, font face à un problème majeur en ce qui a trait au placement des aînés dans des foyers de soins de longue durée. Ne relevant plus d’une juridiction municipale, mais d’une juridiction provinciale, la Municipalité n’a plus son mot à dire quant au placement des résidants de Clare. Cette situation force donc le placement d’aînés acadiens de Clare dans des régions éloignées, et de surcroît anglophones, telles qu’Annapolis, Digby ou encore Yarmouth.

Le système veut que les aînés demandant à intégrer la Villa acadienne soient inscrits sur une liste d’attente gérée par un bureau à Kentville. « Nous n’avons aucun droit de regard sur cette liste », a expliqué Lucille Maillet, directrice générale de la Villa acadienne. De ce fait, il est possible qu’un résidant de Clare soit placé à Annapolis ou à Digby au lieu de Clare, parce qu’une personne de l’extérieur est située avant lui sur la liste.

Cette situation entraîne une problématique, celle du respect de la langue et de la culture. « À la Villa, les employés peuvent parler français et anglais donc ça va. Mais, si tu dois aller à Annapolis, tu ne peux pas communiquer avec le personnel et les médecins. Oui, certains peuvent communiquer, mais ne sont pas en mesure de s’exprimer et de comprendre correctement le message », a indiqué Mme Maillet.

Arnold LeBlanc, conseiller municipal et sous-préfet, prend cette situation très à coeur et la qualifie de « deuxième déportation ». « C’est déjà pénible pour les aînés de quitter leur maison et de se faire placer, sans en plus ne pas pouvoir comprendre ce qu’on leur dit », a-t-il expliqué. Pour Arnold LeBlanc, il est primordial que les aînés aient une fin de vie qui prend en compte leurs valeurs, leur culture et leur langue. « Donnons-leur la dignité de pouvoir vivre leurs derniers jours dans leur langue. On leur doit bien cela. »

Outre le respect de la langue et de la culture, il est très important pour Lucille Maillet qu’un aîné soit placé parmi les siens. « Quand tu es dans ta communauté, il y a toujours quelqu’un qui vient te rendre visite donc ça joue sur la qualité de vie. » Arnold LeBlanc abonde en ce sens en indiquant que « c’est dévastateur émotionnellement pour les aînés et leurs familles ».

Selon Debra Boudreau, représentante du ministère de la Santé - région du Sud-Ouest, la politique de placement du ministère de la Santé de la Nouvelle-Écosse donne lieu à certaines obligations. Une personne hospitalisée qui est prête à être placée dans un foyer de soins longue durée n’a pas le choix de sa destination. Au lieu de la garder à l’hôpital et d’attendre qu’un lit se libère dans le foyer de son choix, l’hôpital l’envoie dans le premier lit disponible, tout en respectant un rayon de 100 km. De ce fait, si le lit se libère à Annapolis et que cette personne vient de Clare et désire être dans Clare, elle n’aura pas le choix que d’aller à Annapolis.

Par contre, une personne qui vit dans la communauté et qui désire attendre pour avoir une place dans le foyer de son choix, peut le faire jusqu’à ce qu’un lit se libère où elle le désire et qu’elle est en tête de liste. Dans ce cas-ci, si un lit se libère à Digby, mais que la personne veut aller à la Villa acadienne, elle peut attendre d’avoir un lit à la Villa.

Mme Boudreau a mentionné que cette situation arrivait occasionnellement, mais que pour une raison ou pour une autre, la situation a été très présente cet été. « En ce moment, nous regardons à réécrire la politique de placement afin de considérer la langue et la culture acadienne comme une priorité », a-t-elle indiqué. Elle n’est pour l’instant pas en mesure de dire quelle sera la situation dans les prochains mois, mais se dit consciente du problème. « Je ne sais pas à quoi cela ressemblera, mais nous travaillons au problème. »

Un contexte qui ne favorise pas la situation

Cet été, la Villa Saint-Joseph-du-Lac à Yarmouth effectuait des rénovations, ce qui a engendré la fermeture de 13 lits. Ce problème devrait se résoudre sous peu, alors que les lits doivent ouvrir à nouveau en novembre.

Également, les foyers situés en dehors de Clare acceptent des résidants qui sont en mesure d’avoir le suivi de leur médecin de famille. « Pour cette raison, il y a des clients d’ailleurs à la Villa, car ici ils ne sont pas obligés d’avoir le suivi de leur médecin de famille », a souligné Mme Maillet.

Mme Maillet confie que pendant l’été, elle n’a admis personne de Clare. Les résidants arrivés venaient de Yarmouth, de Lunenburg, de Kentville ou encore de Bridgewater. Et selon ce qu’elle sait, Mme Maillet estime qu’il y a plusieurs résidants de Clare en attente.

Un appel au ministère

La Villa Acadienne et son conseil d’administration, appuyés par la municipalité de Clare, a choisi de sonner la cloche plus haut, soit au ministère de la Santé de la Nouvelle-Écosse. « Nous avons communiqué avec quelqu’un de haut placé au ministère afin de remédier à la situation pour ne pas perdre la langue et la culture », a fait savoir Mme Maillet.

Idéalement, Mme Maillet souhaiterait que les Acadiens et francophones qui aimeraient être admis à la Villa aient le premier choix. Également, elle voudrait que la Villa soit agrandie et que 10 lits supplémentaires soient ajoutés en plus d’un salon.

La semaine dernière, Arnold LeBlanc et Jean Melanson, préfet de la municipalité de Clare, ont pu obtenir une rencontre avec le ministre de la Santé, l’honorable Angus McIsaac, l’honorable Chris d’Entremont, ministre des Affaires acadiennes et Keith Menzies, directeur exécutif du ministère de la Santé, département des soins continus; une rencontre qu’ils qualifient de très fructueuse. « Nous avons eu une bonne discussion et le ministère est conscient du problème, a fait savoir M. LeBlanc. Le ministère nous a informé qu’il travaillait à un processus de consultation. »

Malgré cette rencontre encourageante, Arnold LeBlanc n’abandonnera pas ses efforts. « On ne va pas lâcher pour autant et on compte sur les lits qui vont se libérer à la Villa Saint-Joseph-du-Lac. »



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