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Le 2 décembre 2005

Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

M. Jean Léger, directeur général de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse. Photo : Archives

Les relations Acadie-Québec et inter-Acadies

Par : Nathan LeLièvre
Editeur : Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

En mai dernier, la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) du Québec mettait en vigueur des moyens de pression dans les institutions d’éducation québécoises, et comme appellation pour ces pressions, la Fédération avait choisi « le grand dérangement ». Une appellation que l’on pourrait qualifier de mal choisie en ce 250e  anniversaire de la commémoration de la déportation des Acadiens. « Le grand dérangement » décrété visait à perturber la rentrée scolaire 2005-2006 dans les écoles du Québec.

En octobre, la FSE entamait une deuxième phase de moyens de pression. Après avoir été avisée par un journaliste acadien des réactions de la SNA (Société Nationale de l’Acadie) et de la SAANB (Société des Acadiens et des Acadiennes du Nouveau-Brunswick), la FSE a profité de la deuxième phase pour renommer ses moyens de pression « la grande tourmente » . Là où le problème se pose est que lorsque la FSE a premièrement été contactée et confrontée aux réactions de la SNA et de la SAANB, le porte-parole de la Fédération, Jean Laporte, a avoué que ce n’était pas une réaction souhaitée et que la Fédération n’avait pas prévu. En somme, « on n’y avait pas pensé ».

À la lumière de ces événements, Jean Léger, directeur général de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE), a discuté des réactions face à un tel événement et des relations interfrancophones, particulièrement entre Acadiens et Québécois.

La réaction initiale de M. Léger était la déception. Il trouve malheureux qu’on n’ait pas considéré qu’une telle appellation puisse être si importante pour les Acadiens, non seulement ceux des Maritimes, mais ceux de partout à travers le monde, surtout étant donné qu’il s’agissait du 250e anniversaire de la déportation. Évidemment, il a trouvé ceci regrettable, mais il s’est aussi arrêté un instant pour réfléchir à notre apport face à un tel événement : « N’est-ce pas un peu de notre faute aussi? », s’est-il demandé. « Est-ce que les Québécois ne nous connaissent pas suffisamment? L’Acadie n’est-elle pas assez présente auprès du Québec ? » M. Léger faisait la remarque car, une fois sensibilisée, la FSE s’est ravisée quant au nom de ses moyens de pressions.

Selon Jean Léger, « nous avons un meilleur travail à faire en Acadie dans son ensemble pour sensibiliser les Québécois au fait que nous sommes ici, que nous sommes un peuple vibrant au Canada, et il faut respecter les choses qui sont importantes pour nous ». Le directeur général de la FANE ose espérer que ces gens-là avaient une idée de ce que « grand dérangement » voulait dire, parce qu’il faut tout de même supposer que parmi tous les enseignants « en grève », quelques-uns, au moins, devaient être enseignants d’histoire. Toutefois, Jean Léger souligne que « même si c’est important pour les Acadiens, ça ne veut pas dire que ça avait vraiment d’importance pour le peuple québecois, car il n’a jamais été déporté, lui… » Et pourtant, le 250e anniversaire de commémoration du grand dérangement aurait fait l’objet de tout un battage médiatique le 28  juillet.

Pour Jean Léger, le rapprochement entre Québécois et Acadiens est donc un terrain sur lequel il faut travailler de façon importante. Ce qui le surprend toujours, c’est qu’il y a plus d’un million d’Acadiens d’origine au Québec et ils ne le savent même pas. Il est très important que ces Acadiens soient sensibilisés, même si on voit que la sensibilisation se fait déjà un peu sentir, étant donné qu’il y avait des Québécois qui ont posé la candidature d’une région québécoise pour accueillir un Congrès mondial acadien en 2008. Jean Léger remarque que « l’on sent un certain développement dans quelques régions, et il y a tout l’aspect de l’intérêt généalogique, donc si on continue à les sensibiliser, et qu’on a des activités, on ne devrait pas avoir de pareils problèmes dans le futur ».

Certains « blogueurs » avaient également décidé de se prononcer dans Internet quant à ce choix d’appellation. L’un d’entre eux en particulier a fait remarquer que personne n’aurait choisi une appellation comme « l’holocauste » pour décrire des moyens de  pression, et il a dressé un parallèle, considérant que pour les Acadiens, le grand dérangement était un équivalent de l’holocauste. Ce que ce blogueur ne sait pas, c’est que Jean Laporte a avoué en entrevue téléphonique à un journaliste de la région de Moncton, que dans le remue-méninges pour nommer les moyens de pression, le Djihad était tout de même ressorti, mais qu’on avait décidé que c’était trop poussé comme appellation. « Grand dérangement » n’a pas semblé problématique. M. Laporte a tout de même tenu à faire parvenir à la SNA et à la SAANB des lettres d’excuses et a tenu à remercier le journaliste de l’avoir mis au courant. « La sensibilisation a été faite de notre côté », a-t-il précisé.

Si l’on compare la réaction néo-écossaise à celles de la SNA, elles se ressemblent dans la mesure où Michel Cyr et Jean Léger ont tous deux déploré l’utilisation du terme « grand dérangement », et de concert avec Daniel Thériault de la SAANB, que l’utilisation risquait de mener à une banalisation du terme. Seul Jean Léger, par contre, soulève le fait qu’il y a du travail à faire du côté de l’Acadie. Daniel Thériault a réagi de façon plutôt mitigée en disant que ce n’était pas un dossier prioritaire pour la SAANB, évoquant d’autre pain sur la planche. Mais Jean Léger a mentionné que la sensibilisation des Québécois face à un tel choix serait « certainement prioritaire en Nouvelle-Écosse, parce que nous avons été plus affectés par la déportation en raison de Grand-Pré, la genèse de la déportation. À Caraquet, par exemple, ça n’a pas nécessairement la même importance. »

M. Léger a terminé en précisant qu’une présence accrue auprès de nos amis québécois serait plus facilement assurée si les Acadiens et Acadiennes des différentes régions faisaient preuve d’une meilleure cohésion. « Règle générale, les Québécois nous connaissent mal », nous dit M. Léger, mais « on vit une provincialisation de l’Acadie, ce [qui] n’est pas toujours à notre avantage. On ne peut jamais avoir trop de cohésion. Chacune des « Acadie » a développé ses spécificités, et c’est bien, mais il faut transcender les différences et retrouver ce qu’on a de commun, ensemble, la SNA, la SAANB, la Fédération des francophones de Terre-Neuve-et-Labrador et la FANE. Il faut travailler ensemble sur ce qui nous préoccupe : l’éducation, l’ économie et l’immigration (stratégie). Les liens qui nous unissent sont nombreux, mais on n’y travaille pas. »

Pour souhaiter l’avancement de l’Acadie moderne, Jean Léger a évoqué la devise acadienne choisie aux premières heures de l’Acadie moderne, dans une convention nationale : « L’union fait la force. »



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