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Le 16 décembre 2005

Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

Ian Johnson (à gauche) et Kenneth Deveau apprécient tous les deux la lutte pour la survie de leur langue respective. Photo : Johanne Leroux

La situation de la langue acadienne n’est pas unique au monde…

Par : Richard Landry
Editeur : Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

« Ta langue est en compétition avec la langue anglaise qui est la langue globale de la politique, du commerce et des cultures. Un gros travail doit être effectué pour qu’une revitalisation de ta langue se poursuive et qu’elle survive », de dire Ian Johnson, sociolinguiste de l’Université Cardiff, de la ville portant le même nom au Pays de Galles (Wales, au nord de l’Irlande). Ce cas ressemble-t-il à celui de la langue acadienne? Oui, il existe en particulier une autre langue qui subit le même sort, la langue galloise.

M. Johnson, qui a pour langue le gallois, doit lutter lui aussi pour que sa langue survive. Représentant du Center for Language and Communications Research à l’Université Cardiff, il présentait une conférence à l’Université Sainte-Anne le mercredi 23 novembre, intitulée « Identité, langue et revitalisation ». Sa présentation faite en anglais portait sur la situation chez lui, à Cardiff, qui ressemble beaucoup à celle de la langue acadienne chez nous.

Actuellement en stage à l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques à Moncton, M. Johnson a été présenté par Kenneth Deveau, professeur au département des Sciences de l’éducation de l’Université Sainte-Anne et chercheur associé à ce même Institut. « Entourées toutes les deux de la langue et de la culture anglaise mondiale, les sociétés galloise et acadienne ont beaucoup de ressemblances, estime M. Deveau. La conférence a décrit le contexte historique et démographique gallois et les développements récents visant à maintenir la langue et la culture galloises. On a abordé des réussites de la dernière décennie et on a établi des comparaisons entre le Pays de Galles et l’Acadie en cherchant à voir comment chacun peut apprendre de l’expérience de l’autre. »

En commençant par un historique ancien (bien plus ancien que celui des Acadiens qui date de 1604), M. Johnson a indiqué que les Gallois se sont d’abord établis au Pays de Galles vers 2 500 avant J.-C. « La région était principalement composée de groupes de principautés jusqu’en 1282 apr. J.-C. lorsqu’elle est devenue sous le contrôle des Anglais. Elle fait partie du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et elle possède deux langues, le gallois et l’anglais, cette dernière étant dominante. »

La région de Galles était surtout rurale jusqu’au 18e siècle. La langue galloise était utilisée au travail alors que les gestionnaires utilisaient l’anglais. L’économie des régions rurales galloises traînait et la fermeture des grosses industries dans les années 1960-80 a détruit l’économie de plusieurs régions rurales où la langue galloise était utilisée. On a tenté de faire revivre l’économie par le tourisme (le traditionnel, l’écotourisme, la culture). Il y a alors eu un nombre important d’emplois dans la langue galloise dans les services publics, les médias et l’éducation.

Du côté de l’évolution de sa langue, M. Johnson a noté en particulier : la traduction de la Bible en gallois en 1588, les premières compétitions nationales Eisteddfod (chant, danse, poésie, druides) en 1819, la fondation du journal Western Mail Daily en 1869, les BBC News en 1923, la première diffusion galloise à la radio en 1978 et la première diffusion galloise à la télévision en 1982.

Depuis les années 1940, il y a eu plusieurs lois gouvernementales et tentatives de lois visant à protéger la langue galloise : la Welsh Court Act en 1942, la Fate of the Language en 1962, la First Language Act en 1967, la First Devolution Bill (rejetée à 4 contre 1) en 1979, la Second Welsh Language Act en 1993 avec l’exigence que les services gouvernementaux soient disponibles en gallois, la Second Devolution Bill (acceptée à 50,3 %) en 1997, la commission Richards qui demandait pour plus de pouvoirs en 2004 et un appel pour une nouvelle Language Act en 2005.

Malgré les accomplissements, « la langue galloise devenait pour les jeunes une langue limitée au contexte de l’école, toujours selon Ian Johnson. Cette situation s’aggrave davantage avec l’arrivée du câble digital en 1998 partout au Royaume-Uni. Les médias britanniques (de langue anglaise) dominent en termes du nombre et de l’influence des consommateurs ». En général, les gens de ce pays écoutent la télévision et la radio et lisent les journaux en anglais.

Il y a eu cependant un certain développement chez les Gallois par la musique traditionnelle, par les médias, par l’exigence que tous les élèves gallois soient enseignés dans la langue galloise comme 2e langue selon le curriculum national de 1988 et par le fait que 18 % des élèves soient éventuellement enseignés comme 1re langue au niveau secondaire. Il souligne toutefois qu’il reste du travail à faire en éducation car seulement 4 % des classes enseignées au niveau universitaire sont enseignées en gallois.

En 2001, on notait que 20,8 % de la population affirmaient avoir la capacité de parler la langue galloise, 28,4 % déclaraient avoir la capacité de fonctionner en cette langue. Chez les enfants âgés de 5 à 15 ans toutefois, 40,8 % pouvaient parler le gallois. M. Johnson a noté qu’une forte proportion de la population a tendance à se définir comme galloise sans nécessairement parler la langue. Diverses combinaisons d’identification ethnolinguistiques se manifestent : gallois seulement, gallois-anglais, anglais-gallois, gallois-autre, etc.

En conclusion, tout comme en Acadie, les efforts de revitalisation ont porté fruit, mais il reste encore du travail à faire. Alors que l’histoire du Pays de Galles est très différente de celle de l’Acadie, le vécu langagier des Gallois ressemble drôlement à celui des Acadiens. Le consensus lors des discussions qui ont suivi la conférence est que les peuples acadien et gallois ont beaucoup en commun et que chacun peut apprendre énormément de l’expérience de l’autre.



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